Agroécologie : convaincre par l’exemple

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Agroécologie : convaincre par l’exemple
Philippe Pastoureau, éleveur dans la Sarthe a voulu remettre de la vie dans ses sols (PhotoXavier Remongin. Min.agri.fr)

Près de 500 chercheurs, agriculteurs et responsables professionnels ont assisté le 18 décembre à la conférence « Agricultures : produisons autrement », initiée par le ministère de l’Agriculture. L’occasion d’échanger sur de nouveaux modes de production mis en place par les «pionniers de l’agroécologie» et de tenter de convaincre les autres de les suivre.

Marion Guillou : sur le terrain, ça bouge !

Agroécologie : convaincre par l’exemple

Stéphane le Foll a fait appel à une figure de la recherche agricole française, Marion Guillou, ancienne directrice de l’Inra, pour faire le point sur les bonnes pratiques agricoles en France comme dans le monde, que ce soit au Brésil, champions du travail du sol simplifié, ou aux Pays-Bas où se multiplient les «coopératives environnementales». «Partout, ça bouge» affirme-t-elle. En France, l’association Agreenium, qu'elle préside, suit 20 réseaux d’agriculteurs engagés dans des techniques de production agroécologiques. L’objectif est de «tirer les enseignements de ces expérience et de faire en sorte qu’elles fassent tache d’huile» explique-t-elle. 

Une nécessité de changer les pratiques actuelles que partage Michel Griffon, président de l’association pour une agriculture écologiquement intensive et père du concept de «révolution doublement verte». M. Griffon est convaincu qu’un changement s’annonce et qu’il va s’amplifier dans les mois et années à venir. « Nous sommes à la veille de la 7egrande transformation technologique de l’agriculture depuis son apparition», n’hésite-t-il pas à dire. Et mieux vaut s’y mettre de suite car, selon lui, «les agriculteurs n’auront pas le choix».

«Agricultures : produisons autrement !»  Derrière ce slogan, le ministre de l'Agriculture, Stéphane le Foll, voudrait voir «un enjeu majeur, une voie d’avenir pour l’agriculture française».  Car le ministre fait un constat : les systèmes mis en place actuellement ne sont pas efficaces : l’utilisation des pesticides ne diminue pas, la consommation d’intrants reste élevée, on utilise de l’azote minéral sans pour autant parvenir à valoriser les effluents... Aujourd’hui, le Gouvernement change donc de méthode et affirme vouloir convaincre, plutôt que contraindre, les agriculteurs à changer  leurs pratiques pour atteindre « la performance à la fois écologique et économique ».

Pour cela, le ministre a invité à témoigner, ce mardi 18 décembre au Conseil économique et social, une dizaine d’agriculteurs, chercheurs  et personnalisés  agricoles.

Sur le terrain, les initiatives se multiplient. D’après Vincent Tardieu, journaliste scientifique et grand témoin de cette journée, ils seraient plus de 10% en France à avoir entamé des initiatives pour « produire autrement ».

Avoir des sols vivants

Mais qu’est-ce que « produite autrement » ? « C’est remettre de la vie dans mes sols en les couvrant en permanence, c’est remonter le taux de matière organique en tenant compte des vers de terre» témoigne Philippe Pastoureau, éleveur de poulets de Loué et de vaches laitières dans la Sarthe. Pour lui, qui réduit au maximum traitements et apports d’engrais chimiques, grâce notamment à la rotation des cultures,  « la chimie crée des déséquilibres dans la nature et n’est qu’une béquille dont il faut apprendre à se passer ». Aujourd’hui, avec un sol dont le taux de matière organique ne cesse de remonter, il affirme produire plus, tout en ayant baissé ses coûts de mécanisation et d’intrants.

Mélanges d’espèces et utilisation des légumineuses

Pour Pierre Chenu, éleveur laitier en Côte-d’Or, la  «prise de conscience d’un sol vivant» s’est également faite à l’occasion de l’arrêt du labour, pour réduire ses coûts de mécanisation. Depuis, il  a arrêté insecticides puis fongicides et enfin, tout apport de glyphosate. Il prône la diversification des rotations, le développement des couverts végétaux,  l’utilisation de mélanges d’espèces que ce soit pour les céréales ou les légumineuses et n’hésite pas à semer son blé en semis direct, dans de la luzerne. Des techniques qui ont également abouti à une baisse de ses achats de compléments alimentaires pour ses animaux qui sont aujourd’hui « en meilleure santé et qui produisent un lait de meilleure qualité » affirme-t-il.

Jean louis Peyraud , chercheur à l’Inra, est lui aussi persuadé que l’utilisation des légumineuses est l’une des voies du succès de l’agroécologie. « Ces plantes qui captent l’azote de l’air sont par exemple un excellent compagnon de l’ensilage de maïs », plaide-t-il.

De la haute intelligence agronomique 

Thierry Doré, directeur scientifique à AgroParisTech, explique que ce retour à l’agronomie, c’est avant tout une question de raisonnement : « Se donner les capacités de comprendre comment fonctionnent ses écosystémes et les piloter ».  Des changements de production qui demandent toutefois une période de transition, parfois difficile : « Il faut du temps pour que de nouveaux équilibres s’installent entre les communautés vivantes, il n’y a pas de lendemains qui chantent », estime le scientifique.

« L’agroécologie, c’est tout  sauf de l’archaïsme, c’est de la haute intelligence agronomique », partage Vincent Tardieu. Pas de recettes toutes faites donc,  mais des démarches pragmatiques et beaucoup  de métissage de pratiques avec, en fil conducteur, une même idée : remettre au cœur de la production agricole les  processus agronomiques et écologiques.

Une des clés de la réussite ? Le  travail en réseaux, répondent les agriculteurs qui appartiennent tous à des Cuma  ou à des groupements techniques comme "B.A.S.E"* . « Quand on sort des sentiers battus, le regard de ses voisins, voire de sa famille n’est pas  toujours tendre. Il faut se serrer les coudes et progresser ensemble », résume Vincent Tardieu.

Une démarche longue et complexe mais qui, comme semblent le prouver les témoignages enthousiastes de cette journée, apporte beaucoup de satisfactions, de plaisirs sans remettre en cause la réussite économique : « J’ai rencontré des gens passionnés et passionnants mais surtout, j’ai retrouvé le plaisir du métier de cultivateur», conclut Philippe Pastoureau.

* B.A.S.E. est une association qui regroupe des professionnels passionnés par l’agriculture de conservation.

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Commentaires 19

momo

j'ai investi seulement 2500 euros pour faire du semis direct.il faut avant tout etre pret mentalement et comprendre le principe d'un sol vivant.la question du matériel n'est q'accesoire

DIDIER LOIRET

tout les systemes ont leur limites comment peut on vivre sans rien gagner pedan plusieurs annee

joel

pleinchamp vous avez censuré ma réponse à géo; dans cette réponse je disais que la reconversion vers ce modèle est aussi source d'échec; donc avec des répercussion économiques. Toute la difficulté est de passer le cap pendant l'apprentissage et la maîtrise technique; les échecs ont des répercussions économiques contrairement aux dires de géo





sylvain

polos10, vous avez raison les normes commerciales imposent de livrer des variétés pures. La séparation des espèces par triage ne sera pas neutre; de plus si imparfait des conséquences sur le process transformation agroalimentaire.

joel

Mr geo, un ami habitant à 15 km de chez moi, un pointu technique c'est lancé dans ces techniques.Il considère après 5 ans qu'il a eu beaucoup d'échecs techniques,parfois 15-20 qx de moins en blé, résultat il connait de forte tension économique et se demande s'il ne sait pas engager un peu vite. IL s'est rechargé en investissement. C'est pourquoi, je dis qu'il faut être solide économiquement avant de se lancer dans une nouvelle technique qui peut demander quelques années avant de tout maîtriser. Donc selon la situation de chacun, il n'est pas évident de se lancer dans une aventure, car ce qui est perdu n'est plus rattrapable. Evidemment, sur le principe ces techniques ont des avantages. Il n'est pas exclu non plus que des inconvénients apparaissent. C'est pourquoi il me parait plus judicieux de sensibiliser. Passer d'un modèle à un autre à grand coup de show ministériel, de règlement, de fiscalité me parait être une posture dogmatique. Pour essayer, il faut avoir le semoir adéquate, avec l'équipement "traditionnel", cela ne va pas. donc changer de matériel avant de maîtriser la technique est un risque qui peut être néfaste.
Enfin une dernière remarque quand je compare le surplus de travail pour le semis d'engrais vert et le faible volume de biomasse obtenu avec son corollaire le salissement par des renouées qui font qu'après la seule solution c'est le labour car sans lui aucun outil ne convient (renouée=ficelle). Voila mon propos n'est pas un refus de changement mais de dire aussi que tout n'est pas si simple.

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