Agronomie : Le marais Breton en souffrance

Rédaction Vendée agricole

Les trop petites fenêtres de beau temps ne permettent pas à la terre argileuse du marais breton de ressuyer. Des agriculteurs ont fait une croix sur les ensilages et jugent leurs semis de blé compromis. Reportage à St-Jean-de-Monts.

« L’an dernier, au 1er novembre, nous avions fini d’ensiler, d’épandre nos fumiers et de semer nos blés et nos orges d’hiver » lâche amèrement Lina Pelloquin. Autour de leur maison et de la fenêtre de la cuisine, de beaux maïs destinés à l’ensilage narguent les trois associés de l’Earl «Le Grand Querruy ». De l’autre côté de la route, un champ labouré est encore marqué par des profondes ornières et les roues d’un engin. « Quant la terre est tournée, c’est pratiquement impossible ensuite de rentrer pour semer une céréale dans nos terres argileuses » estime Yves, son mari. Leur exploitation constituée sur 275 ha, dont 76 en cultures est aux portes de St-Jean-de-Monts. Tout autour de leurs bâtiments d’élevage, les fossés des marais regorgent d’eau. Les étiers débordent. Des mares d’eau stagnent sur les prairies où des vaches pâturent. Et dans les stabulations, le fumier reste stocké car il n’a pas pu être épandu derrière des maïs ensilage.

Double peine

«En trente ans de carrière, on n’a jamais vécu une telle situation » confie Yves. «C’est arrivé que l’on sème au printemps, mais ne pas pouvoir finir les ensilages et semer les blés, c’est une double peine qui va plomber nos revenus. Et tout ce que l’on a gagné en 2011, va être rogné par ce mauvais automne. » La pluie, ils en sont « saouls ». Depuis fin septembre, «ce sont des trombes d’eau, et on a encore reçu 50 mm pendant le pont du 1er novembre.» Ce mardi, le soleil et le ciel bleu enveloppent le marais et le mercure monte à 15°. Mais au sol, l’eau fait de la résistance.  «Il nous faudrait au moins deux semaines de beau temps pour rentrer dans les parcelles » juge Pierre. «La terre s’est transformée en glue. Elle colle sur nos engins et on massacre les parcelles. »

Désormais, ils ont fait une croix sur leur maïs ensilage encore sur pied. Sur 53 hectares, ils n’ont pu récolter que 30 hectares. Des semis réalisé début avril. Ces éleveurs espèrent battrent les 23 ha qui restent en grain avec une moissonneuse équipée de chenilles d’ici une quinzaine de jours. «Il n’aura pas le même rendement qu’un maïs grain » craint Yves.

Pas d’ensilage pour les allaitantes

Moins d’ensilage sur cette exploitation aux 50 vaches allaitantes, 50 taurillons engraissés et 50 vaches laitières, c’est une tuile. Les vaches allaitantes vont trinquer. «On ne leur distribuera pas d’ensilage. Nos silos seront réservés à nos vaches laitières. Pas question de ne pas réaliser notre quota » relève Lina. Les vaches allaitantes seront donc nourries au foin. Avec leurs prairies naturelles (95 ha), leurs praires temporaires (47 ha), ils ont de quoi voir venir. D’autant que la récolte de cette année a été bonne. «D’habitude, on en vendait. On va tout conserver. »

Pas d’épandage de fumier

Le fumier qu’ils n’ont pas pu épandre, 1500 m3, est vendu à l’entreprise Or brun. «C’est toujours ça de pris. Mais, on va être obligés d’acheter des engrais. » Pour couronner le tout, ils n’ont pas encore semé leurs blés et orges. «La semaine dernière, j’ai essayé. Ça patinait. J’ai renoncé au bout d’1,5 ha. De toute façon, on faisait du mauvais boulot et la graine n’est pas assurée de lever. La terre ne le recouvrait pas » déplore Yves. «Dans les terres labourées, soit environ 50 ha, on prévoyait de semer nos blés. Mais même avec des semaines de sec, on ne pourra plus y rentrer » savent ces éleveurs.

Semer des blés durs en janvier ?

Alors que faire ? «Ici, les orges de printemps, ça ne donne pas assez de rendements. Quant au tournesol, il est décimé par les pigeons et les palombes de la forêt de St-Jean-de-Monts. On sèmera derrière les parcelles de maïs récoltées en grain en espérant avoir du froid et du gel. On pourrait semer du blé dur. » La récolte de blé et de paille risque donc d’être mis à mal pour ces producteurs de viande et de lait. «Habituellement, on vendait de la paille. L’année prochaine, elle risque d’être chère.».

En attendant, ils vont devoir mettre un cran à la ceinture de leurs investissements. «On avait prévu de changer de salle de traite, de construire un hangar à foin et paille et renouveler le tracteur. » Tout est gelé.

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