Aider l’agriculteur à mieux sécuriser son revenu

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Aider l’agriculteur à mieux sécuriser son revenu
Des experts ont apporté des pistes de réflexion pour aider l’agriculteur à mieux sécuriser son revenu (photo Pleinchamp)

Près de 1.000 agriculteurs se sont réunis jeudi 28 novembre à Bourges à l’invitation du Crédit Agricole Centre Loire pour suivre la 7e conférence agricole organisée par la Caisse sur le thème « le monde change, l’agriculture aussi ». Au cœur des débats : comment, dans un contexte de plus en plus complexe, sécuriser son revenu et saisir les opportunités ?

Céréaliers : Un résultat courant 2013 proche de zéro ?

A la caisse du Crédit Agricole de Centre Loire, son président, François Thibault affirme qu’il n’y a pas, pour l’instant, de signes de dégradation de la situation économique des agriculteurs de la région. "Le taux de défaillance est historiquement bas"  confirme-t-il. Le Président reste toutefois prudent sur la réelle situation car «quand la situation se dégrade il y a toujours un temps de latence avant que ça se voit au niveau des enregistrements bancaires», explique-t-il. Il estime que les agriculteurs sont à la veille d’un « effet ciseaux », caractérisé par des prix à la baisse et des charges qui restent élevées. «On peut comprendre leurs inquiétudes (...). On va vers des situations de plus en plus compliquées en terme de trésorerie », précise-t-il.

Une inquiétude fondée puisque d’après Roger Courtinat, directeur du marché de l’agriculture,  « le résultat courant 2013 des céréaliers de la région serait proche de zéro », selon les premières prévisions données par les Centres de gestion. 

« Avant les agriculteurs vivaient avec l’incertitude du climat, maintenant ils doivent composer avec la variabilité climatique mais aussi du prix », c’est le constat fait par François Thibault, président du Crédit Agricole Centre Loire à l’occasion de l’ouverture de la conférence biannuelle organisée par la Caisse. Ce jour-là, différents experts ont apporté des pistes de réflexion pour aider l’agriculteur à mieux sécuriser son revenu et à préserver la capacité de développement de son exploitation agricole.

Une volatilité structurelle

En effet, depuis les années 2000, le cadre sécurisé européen a sauté et l’agriculteur doit apprendre à gérer une donnée nouvelle : la volatilité des prix. Des prix qui fluctuent en fonction des fondamentaux (offre, demande, stocks...) mais aussi au grès de l’évolution de la parité des monnaies, du marché des intrants, du pétrole.... « Nous sommes tributaires d’une galaxie de commodités où les marchés s’interconnectent entre eux » explique Michel Portier directeur d’Agritel.

Une variabilité accrue par l’action de nouveaux intervenants financiers sur les marchés. Des « investisseurs, fonds de pensions et autres fonds indiciels, en quête de profits, qui misent sur la rareté», explique Bernard Valluis, président de la meunerie française. De nouveaux opérateurs qui apportent toutefois la preuve que les matières agricoles peuvent amener des plus-values et « c’est plutôt bon signe pour notre activité », estime Michel Portier.

Mais cette fluctuation des prix n’est pas prête de s’arrêter, elle est devenue « structurelle ». La demande mondiale reste en effet forte et change peu - quelques soient les prix des produits agricoles -  alors que l’offre varie de plus en plus du fait d’incidents climatiques de plus en plus fréquents. 

Retrouver du rendement

En France, ces changements climatiques auraient provoqué une baisse des rendements de «10 quintaux en dix ans pour le blé» affirme Jacques Mathieu, directeur d’Arvalis. Une perte liée aux excès d’eau en hiver, aux stress hydriques de plus en plus fréquents au printemps et aux chaleurs excessives de l’été.  Mais retrouver du rendement reste « un enjeu majeur »  estime l’agronome. Pour cela, il préconise de jouer sur trois volets : la maitrise de l’eau, la génétique et l’utilisation d’outils d’aide à la décision.

Au niveau de l’eau ce n’est pas tant la quantité qui pose problème mais la mauvaise répartition des précipitations sur l’année (trop en hiver, pas assez au printemps et en été), d’où la nécessité de développer des systèmes de stockage. Pour se prémunir de trop fortes chutes de rendements, Jacques Mathieu conseille également à l’agriculteur d’utiliser sur son exploitation un bouquet de variétés (3 ou 4) réagissant différemment aux aléas climatiques.

La France garde cependant un atout important face à ses concurrents de la mer Noire ou d’Australie : son rendement blé varie peu d’une année à l’autre « Le rendement  moyen français va varier au maximum de 10 qx (entre 70 et 80 qx/ha) en fonction des années climatiques alors qu’en Australie ou en Ukraine , il peut varier du simple au double », explique-t-il. 

Sécuriser sa marge

Plus de 1.000 personnes ont suivi cette conférence.

Dans ce contexte de plus en plus complexe, prendre les bonnes décisions devient de plus en plus difficile pour l’agriculteur. « Ce n’est pas possible d’avoir toutes les compétences stratégiques pour prendre les bonnes décisions. Il faut s’adresser à des experts ou à des organismes qui prendront en charge votre risque», explique Bernard Valluis

« Pour gérer son risque, il faut d’abord connaître son prix de revient et sa marge», insiste le directeur d’Agritel qui a lui-même développé un outil de calcul du prix de revient en temps réel : Agrinext. « L’agriculteur peut  ainsi sécuriser sa production, à hauteur de 80% par exemple (...). Même si les prix montent encore de 10% c’est toujours moins grave que s’ils chutent et qu’il n’a rien sécurisé» explique-t-il.

Au niveau bancaire, l’agriculteur a à sa disposition une palette d’outils pour sécuriser son revenu. Le Crédit Agricole propose notamment des produits d’assurances climatiques avec des niveaux de franchises variables, en adéquation avec les marges enregistrées par les exploitants agricoles. En terme d’innovation, José Santucci, directeur général au Crédit Agricole, cite l’assurance chiffre d’affaires qui combine la notion de rendement et de prix ou encore l’assurance récolte fourrage, à  partir d’observations satellites de l’état des parcelles. « On attend des décisions gouvernementales pour développer ses nouveaux outils », explique José Santucci.  « Aujourd’hui, les USA subventionnent à outrance leurs assurances. Une façon plus discrète de soutenir son agriculture », estime Michel Portier.

La conférence a pris fin avec le témoignage de Christophe Praud, président national du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD). A l’image de ce qui se fait dans les entreprises innovantes, ce « Grand témoin »  estime que les agriculteurs doivent développer des stratégies d’alliance et de partage de compétences. « Les groupements d’employeurs sont notamment sous-utilisés » en agriculture, estime-t-il. Il préconise également la création de « Comités de bienveillance ». La démarche est simple : huit chefs d’entreprise se réunissent chaque mois et donnent  leur  avis sur la conduite d"une des entreprises, en toute bienveillance...

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