Aides à l'agriculture: les Etats-Unis adoptent une "anti-PAC"

Aides à l'agriculture: les Etats-Unis adoptent une "anti-PAC"

Avec l'adoption mardi par le Congrès de la nouvelle politique agricole américaine (2014-2018), les Etats-Unis misent sur un système de garanties différent de la voie choisie par les Européens dans leur PAC. Les explications de David Laborde, de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI) à Washington.

En quoi la nouvelle philosophie des subventions agricoles aux Etats-Unis diffère-t-elle de celle pratiquée dans l'Union européenne ?

En Europe, la quasi-totalité des subventions a été transférée sous la forme de paiements directs, découplés de la production. L'outil principal est le paiement unique à l'hectare, c'est une politique qui minimise les perturbations sur les marchés agricoles, permet de continuer de soutenir votre population rurale, vos paysans ou vos alliés politiques, et respecte les engagements pris à l'Organisation Mondiale du Commerce. On assure une source de revenus constante pour les agriculteurs, et même si certaines années ils gagnent plus grâce à la hausse des prix agricoles, ce n'est pas considéré comme un souci politique majeur.

Les Américains suppriment les paiements directs parce qu'il est politiquement très difficile d'expliquer pourquoi, en période de crise économique et de débat sur l'austérité budgétaire, on continue de donner de l'argent public à une catégorie sociale dont les revenus ont augmenté fortement, et cela indépendamment du travail fourni, c'est-à-dire de la production. Pourtant, les mêmes sommes vont être transférées sur d'autres programmes, liés à l'activité de production, visant à assurer les agriculteurs contre la volatilité des prix et les mauvaises récoltes. Une bonne partie de cette assurance, 60% en moyenne, va être payée par le contribuable.

Comment décririez-vous le "filet de sécurité" pour les agriculteurs américains ?

Le système est conçu pour que les agriculteurs n'y perdent pas. Désormais, c'est très dur de perdre de l'argent en étant agriculteur aux Etats-Unis si vous prenez toutes les assurances qu'on vous propose. On crée un système où, si les agriculteurs produisent plus, ils vont gagner plus.

La logique d'assurance a évolué progressivement : d'abord on a assuré contre le climat, puis les rendements, et enfin maintenant on assure votre argent, majoritairement avec de l'argent public, contre les conséquences économiques du fonctionnement du marché. La logique américaine consiste à vouloir faire de l'agriculture une industrie et un secteur d'exportation actif, alors que cela a totalement disparu de la logique européenne.

Les Etats-Unis s'exposent-ils à des plaintes de leurs partenaires commerciaux étrangers ?

Le fait que les deux grands blocs soient en train d'aller dans des directions différentes va être source de discussions, et même peut-être de conflits. On risque de voir des pays comme le Brésil attaquer à l'OMC contre des nouvelles parties du "Farm Bill". Si les Américains commencent à dépenser des milliards sur des politiques couplées, par exemple si les prix agricoles mondiaux repartent à la baisse, le Brésil va dire qu'ils violent les engagements pris dans le passé ou ceux qu'ils sont en train de prendre durant le cycle de négociations de Doha. Mais à l'inverse, si les niveaux de dépenses de ces politiques restent faibles, les Etats-Unis pourront continuer car ils ne violeront pas les limites admises.

Source AFP

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Commentaires 1

Ch Hubert

Le systeme de prime est abérant.Nous connaissons les coûts de production.Il serait plus logique de vendre en fonction du prix de revient et cela supprimerait tout le systeme d'aides qui coûte a la societé. De plus l'enveloppe des aides n'est pas entièrement perçue par les agriculteurs. Certe le potentiel agricole est différent selon les régions,et différent d'une année sur l'autre mais il faut aussi prendre en compte tout l'entretien du territoire. Pourquoi veut-on uniformiser les agriculteurs par le bas? IL y a bien de très gros écarts de salaires dans d'autre domaine.La societe devrait accepter le prix que les produits agricoles valent (il sont inférieurs a celui des années 80), et cela supprimerait toute les polémiques de budget. Aussi il ne faut pas confondre les investissements (qui sont un facteurs de production pour etre compétitif) avec revenu disponible.

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