Aides européennes : Les tabaculteurs craignent pour leur survie

Inquiétude énorme et belle dose de sinistrose » : tabaculteur dans le Périgord, Philippe Saphary résume l'angoisse d'une filière qui compte sur une hausse du prix du tabac pour compenser la perte des aides européennes et assurer sa survie.

Dans le séchoir saturé par l'odeur du tabac où ils effeuillent les pieds récoltés depuis la mi-août, Philippe et son cousin Pascal font les comptes :
sans les aides de la PAC, supprimées en janvier par Bruxelles, « on est à 3 euros le kilo, alors que le seuil de rentabilité minimal est de 4 euros », explique Philippe.

Leur collègue Christian Carrier approuve : à ce prix-là, « moi, je ne peux plus faire du tabac: travailler pour ne rien gagner, ce n'est pas une solution ».

Les trois hommes, exploitants à Saint-Laurent-la-Vallée, à 70 km au sud-est de Périgueux, ne cachent pas leur crainte quant à la pérennité de leur activité : « ce n'est pas un vain mot, on est en péril ».

Les tabaculteurs mutualisent leurs efforts

Les trois exploitants ont acquis du matériel en commun et chacun met la main à la pâte sur l'exploitation des autres. Membres de la coopérative Périgord Tabac (l'une des deux coopératives du grand Sud-Ouest avec Tabac Garonne Adour, chacune rassemblant 500 producteurs), ils pratiquent la polyculture et exploitent à eux trois 8 hectares de tabac, l'essentiel de leurs revenus annuels (entre 50 et 60%).

Si on arrête le tabac, ça sera difficile de faire autre chose« , s'inquiète Pascal, la configuration du terrain, vallonné dans cette partie du Périgord, et le morcellement des exploitations ne laissant que peu de possibilités.

Aux côtés d'autres producteurs, ils devaient aller manifester devant l'Assemblée nationale à Paris. Objectif : que leur soit redistribuée une partie des 700 millions d'euros que va générer à partir de lundi la hausse de 6% du prix des cigarettes. »Sur ces 700 millions, 15 (soit 5 centimes par paquet) suffiraient« à compenser les aides communautaires »pour les 2.600 producteurs français« , résume Thierry Van Gestel, président de la coopérative Tabac Garonne Adour.

La tabaculture française en voie de disparition

Certes, les industriels ont augmenté leur prix d'achat de plus d'un euro en moyenne depuis un an, reconnaît-il. Pourtant, « sans aide, personne ne replantera en 2011 et la production de tabac, gourmande en main d'oeuvre, cessera », prévient M. Van Gestel, qui rappelle que la filière fait vivre, directement et indirectement, quelque 10.000 personnes.

La production française a grimpé jusqu'à 20.000 tonnes mais plafonne depuis trois ans à 13.000 tonnes, rappelle de son côté Eric Tabanou, responsable administratif et financier de l'usine France Tabac de Sarlat, unique site de transformation du tabac en France. Créée en 1985, elle emploie 110 salariés permanents et travaille notamment pour Philip Morris, Japan Tobacco et Imperial Tobacco.

« Entre 8 et 10.000 tonnes, on peut déjà s'interroger sur l'utilité de maintenir cet outil industriel », estime M. Tabanou. « Et s'ils (les tabaculteurs) disparaissent, nous disparaîtrons aussi ».

Source AFP

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