Altitude : Garder le cap malgré des marchés turbulents

Patricia Olivieri

Même si ce début 2010 marque le retour à une certaine stabilité, les coopératives du groupe doivent de plus en plus s'adapter aux conséquences de la volatilité des marchés.

Née de la volonté des agriculteurs de ne plus être réduits au simple rôle de fournisseurs de matières premières, en créant leurs propres outils d'approvisionnement, collecte, transformation..., la coopération agricole, a ces derniers temps, dû aussi s'aguerrir à l'art de l'équilibrisme, voire du funambulisme, volatilité des marchés agricoles oblige. Une adaptation permanente et contrainte à un environnement mouvant qu'ont évoquée jeudi trois des coops constitutives du groupe Altitude - Volcalis, Centraliment et Les Éleveurs du pays vert - réunies en assemblée générale plénière à Arpajon-sur-Cère.

Gérer les yoyos

Activité du groupe la plus soumise à ses effets yoyo, l'agrodistribution est ainsi passée d'un contexte de flambée des cours des intrants en 2008 à un atterrissage délicat à gérer en termes organisationnels l'an dernier, même s'il a été synonyme de moindres charges pour les
6 000 adhérents du groupe. L'évolution des prix de l'ammonitrate illustre parfaitement la difficulté pour une coopérative comme Centraliment à faire face en interne à ces aléas. Après avoir atteint plus de 470 euros la tonne il y a 18 mois, cet engrais a ainsi connu son point bas l'été dernier à 150 e / T. “Depuis le début d'année, on voit une reprise relative du marché des fertilisants, mais sera-t-elle durable ?” s'interroge Jean-Luc Doneys, responsable de la branche appro. Côté alimentation animale, la situation semble évoluer vers l'équilibre : les prix des céréales et du complexe cellulose devraient rester relativement bas, la campagne démarrant avec des stocks importants. D'autres baisses sont attendues au cours de l'année : sur les protéines (d'ici l'été), les fourragères, films-ficelles, glyphosates, le tubulaire. “Grosse inconnue et grosse inquiétude” : de son côté, Xavier Bel, secrétaire général du groupe, n'a pas caché que si des signaux étaient passés au vert début 2010 sur les marchés laitiers, cette reprise demandait à être confirmée. “Mécaniquement, l'amélioration des marchés qu'on constate ces derniers mois devrait amener une augmentation du prix du lait sur le second trimestre. Pour autant, rien n'est encore inscrit dans le marbre au niveau interprofessionnel”, a-t-il précisé(1). Malgré ces incertitudes, le message de Volcalis reste inchangé.

Produire plus

“Face aux opportunités structurelles ou ponctuelles de produire davantage, il faut se préparer à développer et produire sa référence, tout en continuant à travailler sur la maîtrise des coûts de production”, a plaidé X. Bel, relevant une sous-réalisation très marquée et historique des producteurs de Volcalis, malgré une nette reprise de la production depuis l'automne 2009. Et un adhérent d'abonder : “En soupoudrant des attributions partout sans donner véritablement des références à ceux qui veulent et peuvent produire plus, on va finir par décourager la production laitière dans le département”. De son côté, Jacques Espinasse, directeur général du groupe, a profité de l'occasion pour exprimer la vision plus que tranchée d'Altitude en matière de contractualisation : “La contractualisation, on ne veut pas en entendre parler. Apparemment, certains, qui ont tenté l'aventure libérale, redécou-vrent aujourd'hui les vertus de la coopération”. Et de conclure : “Quelques fois, il fait bon être au cantou quand il fait froid dehors”.

 

Embellie en bovins

Après deux années perturbées par les conséquences sanitaires et commerciales de la fièvre catarrhale ovine, c'est finalement sur le marché des animaux vivants et de la viande que l'optimisme était plus de mise : ainsi, même si les cours sont encore en-deçà des espérances, le marché des veaux naissants s'est stabilisé et l'adéquation amont/aval paraît effective. De même, le marché des broutards se normalise après la crise FCO - avec la réouverture de l'export vers l'Espagne, des volumes conséquents vers l'Italie, les opportunités vers le Maghreb - mais demeure difficile. 2010 s'annonce également plus florissante du côté du gras avec des prix qui devraient logiquement remonter du fait d'une consommation quasi stable et d'une baisse des sorties d'animaux. Tirer toutes les opportunités de la redistribution des aides de la Pac : tel était enfin le message des responsables des Éleveurs du pays vert en direction des éleveurs ovins et de veaux sous la mère, en insistant sur la nécessité de réinvestir en productivité et technicité. “On a une belle entreprise, certes tout n'est pas parfait mais on a su prendre des décisions de restructuration suffisamment vite, concluait pour sa part le président d'Altitude, Jean-Pierre Chateau, résolument optimiste. À nous de maintenir et de faire prospérer nos outils en les mettant à l'abri de ceux qui voudraient les anéantir pour développer leurs propres outils”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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