Ambroisie : agir avant l’invasion

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15 .

En Auvergne - Rhône-Alpes, plus de 4 200 signalements ont été adressés à la plate-forme ambroisie, le double du nombre de 2014. (Ici, zone infestée en Isère en bord de route).

Un second foyer d’infestation de l’ambroisie repéré dans le Cantal où la lutte préventive s’organise pour ne pas subir le sort des Rhônalpins.

“Mais qui arrêtera l’ambroisie ?” titrait en début de semaine le quotidien Le Parisien, faisant état de l’expansion inexorable de cette plante invasive qui, chaque année, conquiert 800 hectares en Rhône-Alpes, région de loin la plus impactée de l’Hexagone par cette espèce annuelle signalée pour la première fois en France en 1860 dans l’Allier. Si la presse généraliste s’est emparée du sujet, c’est que l’ambroisie à feuilles d’armoise, importée accidentellement du Canada, est devenue un véritable problème de santé publique. Selon les chiffres de l’agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, ce sont près de trois millions de Rhônalpins qui ont été fortement exposés en 2015 à son pollen, l’un des plus allergisants, qui pénètre profondément dans les bronches, et, qui plus est, produit en très grande quantité(1). Quelques grains par m3 suffisent ainsi à déclencher des symptômes, y compris chez des personnes n’ayant jusqu’alors présenté aucune allergie. Ces allergies de fin d’été (mi-août à octobre) se manifestent par des rhinites, conjonctivites, trachéites, de l’asthme...  Un problème de santé publique doublé d’une considération économique puisque l’ARS estimait en 2014 à plus de 13 millions d’euros les dépenses de santé liées à l’allergie à l’ambroisie pour cette seule région (remboursements de médicaments, consultations, désensibilisations, arrêts de travail...).

Deuxième foyer dans le Cantal

Présente dans l’Allier, en Limagne mais aussi en Haute-Loire, l’ambroisie, dont seuls les moutons raffolent, a fait l’objet jusqu’en 2013 dans le Cantal de quelques signalements très ponctuels, par exemple sous des mangeoires d’oiseaux, avant que l’ARS Auvergne décide cette même année d’une campagne de prospection confiée au CPIE de Haute-Auvergne. Une mission qui s’est d’abord concentrée sur les zones “les plus à risques”, à savoir les bords de route, les zones artisanales nouvellement créées, les chantiers de construction... car l’ambroisie n’aime rien de plus que les terrains remaniés par l’action de l’Homme. C’est d’ailleurs ainsi, portée par les grands travaux routiers, autoroutiers,... qu’elle a colonisé toute la vallée du Rhône et au-delà. “Cette petite graine, dont le pollen est facilement transporté par le vent, se diffuse par les routes, les rivières, les échanges, les engins contaminés, des apports de terre...”, explique Marie Lacassagne, de la délégation cantalienne de l’ARS Auvergne - Rhône-Alpes. Le premier vrai repérage par le CPIE remonte à septembre 2015 avec une présence avérée le long de la RD920 en Châtaigneraie. Courant juillet 2016, un second est identifié cette fois le long de la RN122 entre Massiac et Murat par les agents de la Dir(2) Massif central. Dans le département comme en Auvergne, on a décidé d’agir collectivement et précocement pour éviter de subir la même invasion que les désormais cousins rhônalpins. Un plan de bataille préventif qui associe au sein d’un comité technique de nombreux acteurs : Chambre d’agriculture, Fredon, CPIE, ARS, Conseil départemental, DDT, Dir Massif central et Conservatoire botanique national du Massif central. Avec une priorité : former à la reconnaissance de la plante dont la destruction est rendue obligatoire dans le département par un arrêté préfectoral en date du 1er juillet 2015.

Bientôt un réseau de référents communaux

Agents des routes, de la SNCF, mais aussi associations de randonneurs et autres acteurs de terrain ont ainsi appris à identifier l’ambroisie, tandis que le CPIE a mené de nombreuses opérations de communication à destination du grand public ainsi que dans les lycées agricoles. “On essaie de prendre le problème le plus tôt possible, avance Marie Lacassagne. On est dans une démarche de repérage avec l’objectif de donner tous les moyens pour former les acteurs de terrain, les élus, afin de la gérer et de la contenir.” Des élus en première ligne puisque c’est à eux qu’incombe, sur les terrains communaux, la responsabilité de détruire la plante(3). Dans le cadre de la coordination du plan régional de lutte contre l’ambroisie, la Fredon devrait mettre en place en 2017 un réseau de référents communaux ou intercommunaux, comme il en existe déjà chez les voisins auvergnats. Ainsi, en 2016, quelque 1 087 référents (élus et agents municipaux ou intercommunaux) ont été désignés par 643 collectivités dans l’ancienne région. Des réseaux auxquels la Fredon vient en appui en apportant son expertise en cas de doute sur l’identification d’une plante ou encore pour les mesures de destruction. Cette dernière s’opère par arrachage manuel : la méthode la plus efficace pour réduire la quantité de pollen et de graines, à utiliser quand la quantité d’ambroisie est faible, en portant gants, masque, et éventuellement lunettes. Les plants arrachés doivent être laissés sur place pour prévenir toute dissémination. Au bord des routes, lorsque les surfaces infestées sont importantes, c’est le recours à la fauche qui s’impose avec une coupe haute (supérieure à 10 cm pour que la plante ne talle pas) entre juillet et début août puis entre fin août et fin septembre.

Dans les cultures aussi...

Jusqu’à présent peu concerné, le secteur agricole cantalien est ­aujourd’hui appelé à la vigilance : l’ambroisie a été repérée dans des céréales dans le sud-ouest du département. “De toute façon, si elle est présente en bord de route, c’est qu’elle l’est aussi dans les cultures et parcelles qui les jouxtent”, analyse Pierre Lestrade, technicien à la Chambre d’agriculture et à la FDGdon 15, qui évoque le témoignage d’un exploitant de l’Allier, contraint à faucher les restes de sa culture de printemps complètement anéantie par l’ambroisie. La lutte dans les cultures passe par du faux semis pour réduire dès le départ le stock de graines dans le sol, associé à du binage, seul ou en complément. Encore faut-il reconnaître l’ambroisie. “On en parle dans les formations Certiphyto mais la plante reste largement méconnue”, concède Pierre Lestrade. Aussi, une communication renforcée sur cette invasive est-elle annoncée par la Chambre d’agriculture.

(1) La plante libère jusqu’à 2,5 milliards de grains de pollen.

(2) Direction interdépartementale des routes. (3) Du ressort du propriétaire sur des terrains privés, du gestionnaire des routes le long des axes routiers.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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