AOC : Le Camembert AOC sauve son lait cru

Thierry Guillemot

AOC : Le Camembert AOC sauve son lait cru

Michel Barnier, qui concluait la table ronde consacrée aux AOC dans le cadre du festival de Cambremer (14), a indiqué qu'il signerait le décret de réforme des conditions de fabrication du Camembert AOC imposant notamment le lait cru s'il lui était proposé.

La messe n'est pas totalement dite mais tous les clignotants sont au vert. “Oui”, a dit le ministre de l'Agriculture à un Camembert AOC au lait cru si le comité national de l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) lui proposait le 21 mai prochain. Un SI qui est de moins en moins de circonstance. “On va confirmer le lait cru”, a lâché Jean-Charles Arnaud, président du comité national des produits laitiers agroalimentaires et forestiers de l'INAO avant d'ajouter : “la plupart des AOC sont nées dans la douleur et ce sont celles qui se sont imposées les cahiers des charges les plus drastiques qui ont le mieux progressé.” Les nouvelles conditions de fabrication du Camembert AOC s'affinent ainsi de jour en jour. Outre le lait cru, c'est l'aire géographique qui est redessinée avec 3 000 communes qui vont disparaître de la zone AOC. Race Normande et alimentation à base d'herbe vont compléter le dispositif.

Les AOC doivent-elles douter ?

Mais ajouter des contraintes de production supplémentaires aux AOC dans un contexte de hausse des produits agricoles et de marchés affamés est-il opportun ? On peut effectivement se poser la question.
Alors que le prix des 1 000 litres de lait payé au producteur a progressé de 80 e en quelques mois, la plus-value AOC n'est que de 18 e. Les AOC doivent-elles alors douter ? “Non. Elles sont dans un processus historique et lent indépendant d'éléments conjoncturels” a insisté Michel Lafont, chargé de mission Economie à la CRAN (Chambre Régionale d'Agriculture). “Les modes de fonctionnement des AOC sont profondément modernes et les consommateurs font confiance aux agriculteurs pour les rassurer sur leurs produits. Les AOC doivent s'emparer de cet élément, prendre le micro, se mettre sur le devant de la scène pour expliquer ce qu'elles font”. Et Michel Lafont de préciser que s'ouvrait en Chine, en Inde (...), un marché de 470 millions de consommateurs à fort pouvoir d'achat, “l'équivalent d'une petite Europe”.
Il faut cependant replacer les AOC dans le contexte laitier mondial. “Le lait est consommé là où il est produit, a temporisé Anne Richard, directrice du CNAOL(Comité National des Appellations d'Origine Laitière). Seulement 6 % du lait mondial voyagent et le marché laitier est extrêmement segmenté”.

Quelle place sur le marché mondial ?

A l'échelon hexagonal, 34 % des produits laitiers partent à l'export dont 24 % au sein même de l'Europe. Côté fromages, 17 % des affinés sont des AOC. “Même le Comté et le Roquefort ont du mal à exporter”, a souligné Anne Richard. A ce constat, s'ajoute un gros risque d'usurpation des noms qui ne sont pas protégés à l'échelon mondial.
C'est dans ce contexte que l'Europe tente d'harmoniser la visibilité et la lisibilité des signes de qualité. Le logo français AOC est amené à disparaître au profit d'un logo européen AOP (Appellation d'Origine Protégée). On se bataille encore sur la couleur pour le différencier du visuel de l'IGP (Indication Géographique Protégée). Les pays de l'Est n'en voient pas l'intérêt. Comme quoi, les goûts et les couleurs, ça se discute aussi !

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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