AOP, bio, conventionnel : quelle stratégie pour le lait ?

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15 .

AOP, bio, conventionnel : quelle stratégie pour le lait ?
De gauche à droite : Nicolas Cussac, Patrick Bénézit, Laurent Duplomb, Benoît Aurière (président des JA), Michel Lacoste.

Discussion entre la profession agricole et les responsables industriels autour des filières en Auvergne.

“Notre souhait était de rencontrer Sodiaal”, a indiqué Patrick Bénézit, président de la FDSEA pour qui “la profession a fait le choix de différencier au maximum ses productions : AOP, montagne, bio… un choix qui va donc au-delà de l’AOP car, dans le cadre d’un marché ouvert, le risque existe d’arriver à une délocalisation comme cela s’est produit pour le porc. Dès cette année, nous souhaitions donc un prix de l’AOP différencié et voir avec le groupe les différentes possibilités qui se présentent par rapport au lait bio. Nous avons donc échangé avec Sodiaal, qui plus est dans un contexte actuel de crise…” Une réunion jugée “très constructive” par Laurent Duplomb, responsable Sodiaal au niveau régional, qui a reconnu “une conjoncture économique et laitière grave”, mais promis que “Sodiaal va essayer de valoriser au mieux le lait de nos producteurs, le plus élevé possible”.

Un AOP en moyenne à 364 euros

“Premièrement, a-t-il poursuivi, nous allons payer le lait 320 € en août et septembre. Nous savons que ce n’est pas suffisant, et nous comprenons le désarroi des producteurs laitiers. J’en suis un moi-même… mais on ne peut pas prendre le risque inconsidéré de grever Sodiaal sur les investissements en cours et à venir, sachant que nous devons répondre à la demande des producteurs et transformer le lait. Deuxièmement, nous annonçons donc un prix AOP en direction de nos producteurs. Nous avons commencé de payer un acompte fin juin de 35 € pour 1 000 litres. Nous allons en outre rattraper les trois mois que nous avons à rattraper, tous les mois. Troisièmement, en conseil national, nous avons aussi décidé de supprimer le volume B sur les volumes AOP (annoncé aux AG de section) car nous voulons industriellement améliorer la qualité des produits, ceci afin de fidéliser notre clientèle, de façon à faire évoluer nos volumes et pour les producteurs à avoir un prix supérieur au standard. En 2015, si la conjoncture le permet, et si les éléments d’appréciation demeurent, nous payerons donc 364 € les 1 000 litres en moyenne (acompte compris). Nous émettons cependant une clause de revoyure à la fin de l’année.”

Le lait bio pourrait aussi être une piste de valorisation pour les producteurs : “Interpellé sur ce sujet par le président de la FDSEA Cantal, Sodiaal annonce un investissement de 15 millions d’euros sur Montauban avec des partenaires clients chinois. L’objectif est la valorisation de lait bio pour l’export par la production de laits infantiles bio. Ceci implique une vraie politique de développement des volumes bio que nous estimons à 40 millions de litres supplémentaires dans le sud de la France dans les trois à quatre ans et plus à l’horizon 2020. Mais nous avons pour cela besoin du soutien et de l’aide des producteurs du Cantal.” Pour Patrick Bénézit, “nos producteurs peuvent être sur ce créneau demain (le lait bio, c’est 90 à 100 euros la tonne de plus) donc en termes de valorisation, ce peut être une réponse pour certains. Sodiaal est la première entreprise qui a donné le ton sur le sujet. Nous espérons que les autres vont au moins faire au moins aussi bien.”

Respecter le “made in France”

Patrick Bénézit a cependant relevé dans ce contexte de crise, “une grande distribution qui fait trop d’import de lait à bas prix. Pour le lait conventionnel, a-t-il ajouté, il y a une réponse politique à avoir. Il est impossible que la production laitière tienne le coup avec moins de 300 euros les 1 000 litres”. Une cause partagée par Laurent Duplomb, pour qui “on se doit de respecter un lait et des produits made in France et cesser les importations qui mettent à mal la production française. Il faut en outre alerter les pouvoirs publics sur la situation de l’agriculture et notamment celle des producteurs de lait en zone de montagne pour la mise en place rapide d’actions de régulation de marché et aides financières. Sans cela, le désarroi chronique des producteurs s’amplifiera. Mais ce ne sont pas les industriels laitiers, pris entre l’étau des producteurs et la grande distribution, qui peuvent à eux seuls régler le problème…”

Chrisitan Fournier

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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