Après la crue, quelles solutions envisager?

Benoît BRUNSART - Chambre d'Agriculture de la Marne

Après la crue, quelles solutions envisager?

Alors que les parcelles sont encore ennoyées dans les vallées de la Marne, de l’Aube et de la Seine, il est temps d’étudier les différentes possibilités permettant d’envisager une récolte en 2013. Les conseillers de la Chambre d’agriculture de la Marne se préoccupent de cette question et livrent leurs premières analyses.

La connaissance des surfaces concernées par les crues de la Marne, de l’Aube, de la Seine et de l’Aisne s’affinent de plus en plus. L’enquête menée par la FDSEA permet de mesurer l’ampleur des dégâts qui vont bien au-delà de l’inondation stricte. Il est en effet fréquent d’observer des plantes dont le système racinaire est détruit et qui ne pourront pas poursuivre leur développement même en absence d’immersion.

Quelles solutions pour remplacer les cultures de printemps ?

Rémi Vanhaesebroucke, conseiller sur le GEDA de Sézanne et expert en cultures intermédiaires (Chambre d’agriculture de la Marne)

Quelle analyse de la situation faites-vous ?
Les cultures de printemps (maïs, orge, pois) sont majoritairement détruites dans les parcelles concernées par la crue de l’Aube et de la Seine. La situation est plus contrastée pour les cultures d’hiver qui étaient souvent implantées dans des zones moins sensibles. Quelques parcelles d’escourgeon prennent une teinte jaune inquiétante. L’excès d’eau à cette période de l’année aura immanquablement des conséquences sur l’alimentation des plantes via un système racinaire fortement handicapé et donc nous devons nous attendre à des potentiels amoindris en orge d’hiver, colza et blé.

Quelles solutions préconisez-vous en cultures de remplacement?
Derrière les cultures de printemps, il est possible d’envisager des cultures à destination de l’élevage, de la déshydratation ou de la méthanisation. Le maïs est encore possible à condition d’utiliser des variétés très précoces avec des indices très bas de l’ordre de 220/230 pour le maïs. La récolte en grain semble délicate à envisager. Concernant les « cultures fourragères », les associations de céréales et de légumineuses sont recommandées comme l’avoine de printemps et la vesce, le ray–grass d’Italie et le trèfle d’Alexandrie ou le moha et le trèfle d’Alexandrie. On peut aussi envisager des légumineuses pures comme le trèfle d’Alexandrie à destination de la déshydratation. La question de la disponibilité des semences est sûrement prioritaire.

Comment réussir l’implantation ?

Jean-Paul Daouze, conseiller sur le GEDA de Coole et Soude et expert en agronomie machinisme (Chambre d’agriculture de la Marne)

Quelle analyse de la situation faites-vous ?
Dans la vallée de la Marne, les conséquences des crues sont les mêmes que dans les vallées de l’Aube et de la Seine mais le nombre de cultures concerné est supérieur. Il n’est pas rare de rencontrer des parcelles de pomme de terre, d’oignons ou de betteraves en plus des maïs, orge et pois. La situation est contrastée en fonction du stade des cultures et de la durée d’immersion. Les betteraves à six feuilles sont sûrement plus solides qu’on ne le pense mais là aussi l’excès d’eau handicapera le potentiel. Egalement, les pommes de terre éventuellement rescapées donneront lieu à des récoltes difficiles et coûteuses. Les plants n’ont cependant pas résisté bien longtemps à l’immersion.

En cas de retournement, comment réussir l’implantation de la culture ?
En maïs, la date de semis prime sur le fignolage. En cas d’utilisation d’un semoir monograine, il suffira bien souvent de semer et de détruire les éventuelles repousses avec du glyphosate après le semis.Si le semis est effectué avec un semoir plus traditionnel pour des associations céréales légumineuses par exemple, il faut veiller à régler les outils afin de ne pas remuer ni semer dans la terre grasse. Attention aux passages de roues qui nécessiteront sûrement un réglage adapté des dents efface-traces. Une destruction mécanique des restes de la culture en place est hypothétique, il provoquerait des mélanges de terre ou des lissages indésirables.

Quel type de maïs ?

Florent Franzetti, conseiller sur le GEDA de Sainte Ménehould et expert en maïs (Chambre d’agriculture de la Marne)

Quelles sont vos préconisations ?
La problématique est double, il faut prendre en compte un semis tardif vers le 15 - 20 juin tout en prévoyant une récolte précoce dans ces terres inondables, soit avant le 15 octobre. Dans ces conditions, le choix variétal s’orientera donc vers des variétés très précoces. Les besoins en  températures sont de l’ordre de 1380 °C pour les maïs fourrages et de l’ordre de 1635 °C pour les maïs grains. Dans notre région, les sommes de températures du 1er juin au 10 novembre sont de 1550 °C en moyenne avec une variabilité qui peut osciller de 1435 à 1638 °C selon que l’été sera froid ou chaud. Ces chiffres proviennent d’analyses d’ARVALIS à partir de données météo sur 30 ans. Il semble donc audacieux d’envisager un semis de maïs grain après le 15 juin. Concrètement, le choix variétal se portera donc vers des variétés à indice inférieur à 220/230. Il convient également de baisser la densité de semis d’environ 10 à 15 %, soit 90 000 grains/ha, afin de préserver un bon développement du maïs, de réduire les risques de stress hydrique au moment de la floraison et de limiter la verse.

Les possibilités de cultures dépendront des disponibilités en semences et des débouchés potentiels. Actuellement, les coopératives et les négociants s’emploient à trouver des semences permettant de faire face aux besoins en maïs ou en associations fourragères. D’après nos informations, il ne devrait pas y avoir de problèmes de disponibilités, mais simplement un choix restreint.

De leur côté, les coopératives de déshydratation étudient actuellement la possibilité d’inclure des récoltes de maïs ou d’associations fourragères dans leur programme. Il est fortement conseillé de se rapprocher de sa coopérative pour envisager avec elle la meilleure solution afin d’organiser la récolte et d’assurer l’accès aux parcelles.   

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire