AS (Accompagnement Stratégie) : Accompagner cédants et repreneurs

AS (Accompagnement Stratégie) : Accompagner cédants et repreneurs

Accompagner les cédants

L'accompagnement dans ce passage de l'activité vers l'inactivité est indispensable. Sinon cette retraite devient le gouffre qui amène en réaction des comportements d'envahissement et des souffrances inutiles. Ce n'est pas parce qu'il cède à son fils que ça fait un avenir au cédant : ils auront toujours trente ans d'écart et la société dans laquelle le fils vit aujourd'hui n'est pas la même que celle où vivait le père quand il avait de ses 30 ans. Là est la vraie rupture. C'est le rapport de générations. Pour le cédant, il faut arriver à l'acceptation de cet écart, l'acceptation d'admettre que le jeune se comporte différemment de ce que lui croit bon. Pour le père, cela revient à redonner la vie à son fils dans ce monde qui n'est plus le sien et lui permettre de prendre ses risques. La vie c'est un risque, pas simplement économique, sur bien d'autres plans, et ce risque on est là pour le vivre chacun dans sa génération. Tout ceci n'est pas un moment précis dans le calendrier, c'est un mouvement, c'est un chemin peut être pris doucement, mais il ne peut être évité. Le fils arrive. Il a grandi. Il va devenir un adulte… il ne sera plus votre fils. Il sera lui-même père. Pour qu'il puisse devenir père, il faut arrêter de dire, « mon fils quand il était petit etc.. », parce que ça c'est le passé. Le présent, son présent à lui, est là ici… il faut que se crée la distance avec votre Accompagner cédants et repreneurs. Mme Barthez & Mme Dion. enfant. Mettre de la distance avec son enfant, c'est la meilleure solution pour que l'enfant vous demande quelque chose. Il vaut mieux qu'il ait quelque chose à vous demander, qu'à se plaindre de votre envahissement. Mais alors vous ? qu'est-ce que vous allez faire ? Ou plutôt, qu'est-ce que vous allez devenir ? dans le mot devenir, il y a avenir. Ce n'est pas de dire : « Je vais partir à la retraite », mais c'est de dire : « je vais devenir quoi et faire quoi ? ».

J'ai eu l'occasion de me trouver avec des agriculteurs de 58, 59 ans. Tous ne parlaient que de leurs enfants, le plus souvent en mal. Car non seulement ils ne savent pas quoi faire d'eux, mais surtout ils sentent bien que leur place n'est pas bonne. Ils sont en réalité démunis parce qu'ils ont passé leur vie à travailler et à travailler tant, qu'ils ne savent pas faire autre chose que de continuer à travailler avec leur fils.

Se désemplir de cette ferme et renaître

Ceux qui ont peur de perdre leur identité ont raison. Car il est vrai qu'il s'agit d'une perte. Tout ce travail dans l'exploitation agricole, cette l'implication est “l'oeuvre d'une vie”, comme ils le disent. C'est une perte, mais on peut accompagner cette perte d'abord en ne la niant pas, parce que nier, vouloir rassurer les gens, c'est un peu comme leur voler leur mort, c'est-à-dire leur finitude. Il faut se situer avec sa condition humaine, celle qui a conscience de cette fin et de cet au-delà, sans qu'on en sache grand chose... Accompagnons-la, parce que la transmission est un moment qui frôle quelque chose de très important dans l'univers de chacun. Donc accueillir ce sentiment de perte, parfois passer du temps à cette perte. Et aussi, la légitimer, c'est-à-dire reconnaître qu'elle est absolument nécessaire, car tant que vous restez rempli de cette histoire d'exploitation agricole, il n'y a pas de place en vous pour autre chose.. Mais dans ce passage- là, il y a la peur, un sentiment profondément humain. Accepter cette peur, c'est ça aussi accompagner. Accompagner, ce n'est pas donner des infos sur ceci ou cela. C'est amener à dire : « Mais comment je vais être après, qu'est-ce que je vais devenir ? » Franchir ce passage de se désemplir de cette ferme qu'on cède à son fils ou à quiconque, et la voir partir loin de soi. Pendant un temps le niveau baisse et il ne se remplit de rien d'autre. Mais c'est la condition indispensable pour que s'éclaire quelque chose de l'autre côté.. Qu'est-ce qui s'éclaire de l'autre côté? - « vous allez pouvoir vous reposer ! » Mais c'est cela peut être une insulte que de parler de repos à ce moment-là . Le problème, c'est de renaître à autre chose. Tant qu'il y a de la vie, elle ne demande qu'à vivre, la vie. Or le traitement de cet aspect est cruellement absent aujourd'hui : comment renaître à l'issue d'une étape aussi importante dans la vie que la transmission de son entreprise.

Accompagner les repreneurs

Comme le dit Philippe Monnet, l'accompagnement des cédants et des candidats, il faut le faire mais ce n'est pas le même. C'est même l'opposé. Pour l'un, l'entreprise agricole doit devenir du passé pour laisser place à du futur, ce passage là est indispensable. Celui qui se propose de s'installer doit créer le lien avec un avenir qu'il prétend vouloir et sa trajectoire personnelle jusque là. Et il ne faut pas se contenter de ce que les gens disent : les mots ne sont pas toujours justes, les propos manquent de réflexion. Pourquoi je veux rentrer dans l'agriculture ? Qu'est-ce que je veux y faire ? Dans le cas que je vous ai indiqué, j'ai compris grâce à un entretien très long que le jeune voulait quitter le contrôle laitier, parce qu'il ne serait jamais reconnu comme il le souhaitait depuis la formation en génétique qu'il avait suivie. En creusant encore, il a révélé un handicap sérieux du point de vue familial : Son épouse est salariée aussi, d'origine ouvrière, d'un milieu syndiqué. Ils fondent leur ménage, ils ont deux salaires, 35 H. Puis arrivent deux enfants, après dix ans le projet de faire construire leur maison. Mais lui dit alors : « Moi, j'arrête ça, j'en ai marre. Je veux m'installer en agriculture ». Son épouse lui répond : « je ne suis pas d'accord, on devait construire la maison. Regarde, mon frère a déjà construit sa maison… ». Donc, aujourd'hui, il se trouve face à un dilemme : va t-il poursuivre ce projet de s'installer en agriculture avec le risque de rupture de son ménage ou bien va t-il se contenter de rester salarié ? La suite de l'entretien a été de cerner sa détermination. Je lui ai proposé qu'au moins on puisse parler des risques personnels qu'il courait parce que j'ai rencontré beaucoup de candidats qui en s'installant en agriculture ont divorcé.

C'est facile de conseiller les gens quand ils ne sont pas pris dans de tels dilemmes, mais ça, ce sont des dilemmes énormes. Donc, vous voyez à quel point l'accompagnement des candidats est nécessaire particulièrement les hors-cadre familiaux, tout comme celui des cédants. Leur projet peut être très sérieux, mais il nécessite de mûrir et d'être accompagné. Il y a des processus, des procédures d'accompagnement à leur proposer.

Entre les frères et soeurs, éclairer les points de vue

La question est de savoir quels sont les termes de l'échange entre ce fils qui va reprendre et les autres enfants. C'est une construction interne à la famille, c'est tout ce qu'il y a à négocier entre les cohéritiers par rapport à ce patrimoine. Vous en avez un qui dit « c'est mon outil de production, moi je gagne ma vie avec ça, tandis que mes frères et soeurs ont leurs métiers », vous avez des cohéritiers qui ont fait des études pendant que l'un des enfants mettait en valeur la ferme, ce qui justifiait le salaire différé… C'est un patrimoine et en même temps c'est le moyen de production de l'un des enfants. Donc, il faut tour à tour se situer d'un côté et de l'autre, jusqu'à ce qu'on arrive à trouver un équilibre, jusqu'à ce que les cohéritiers puissent prendre conscience que pour leur frère ou leur soeur qui reprend, c'est pas tout à fait pareil que pour eux qui ont déjà leur métier les deux points de vue sont contradictoires. Une ferme n'est pas une maison de vacances, c'est l'outil de production des agriculteurs, d'un des fils qui en fait son métier. Mais en même temps, c'est une maison de vacances, c'est la maison où l'on est né et remplie des souvenirs d'enfance. Justement c'est les deux, donc il faut le considérer tour à tour et laisser chacun avancer ses arguments. Ce sont des temps d'analyse dont il ne faut pas brouiller la moindre séquence. Et le conseiller n'est pas un partenaire, c'est un éclaireur, celui qui s'attaque aux zones d'ombres auxquelles les intéressés n'arrivent pas à s'attaquer. Et dans la famille, il y a beaucoup de secrets, de tabous. Le conseiller prend sa torche et leur dit « accompagnez-moi un peu, je vais vous aider à y voir clair », et il guette la façon dont se passent les échanges à ce moment là. Son rôle n'est pas de prendre parti, pas de prendre une position univoque.

La position du conseiller est délicate, il doit savoir comment fonctionne une famille, entendre si les gens parlent au niveau de la famille ou parlent au niveau de la profession.

L'accompagnement : donner de l'autonomie

Pour que ce service d'accompagnement soit de bonne qualité, le conseiller doit rester centré sur les objectifs de l'adhérent. Il n'est pas partenaire d'une décision, il est là pour aider à clarifier la situation. Le conseiller peut apporter certaines propositions mais c'est l'agriculteur qui prend les décisions. Le rôle du conseiller est de donner du pouvoir, de l'autonomie aux adhérents et de faciliter leurs décisions. Il les aide à prendre de plus en plus en main les divers aspects de la gestion de leur entreprise, et à développer avec leur environnement des liens de plus en plus créatifs.

L'accompagnement : pour mieux assumer la fonction de chef d'entreprise

Il ne suffit pas d'acquérir une entreprise ou de la créer. Il faut ensuite la faire vivre, c'est-à-dire la gérer pour qu'elle se développe et se prolonge dans le temps. Or gérer conduit à prendre les décisions qui engagent l'avenir en estimant les risques correspondants. Les techniques de gestion sont là pour rationaliser les choix possibles du chef d'entreprise et c'est à ce niveau que se situe la contribution essentielle du conseiller. Il n'est pas partenaire de la décision mais au cours de la période préparatoire à la décision, il a un rôle de clarification de la situation économique de l'exploitant et des objectifs qu'il vise. C'est du débat qui s'instaure entre conseiller et exploitant qu'apparaissent les différentes possibilités. Le but du conseiller est que l'exploitant puisse prendre ses décisions en toute connaissance de cause. En mettant sa compétence à la disposition de l'exploitant, le conseiller le conduit à reconnaître l'importance de la prévision gestionnaire pour acquérir l'aptitude à discerner et ainsi à mieux accueillir les changements qui s'imposent au cours de la vie de son entreprise. Il l'aide à prendre de plus en plus en main les divers aspects de la gestion de son entreprise, et de plus à développer avec son environnement tant familial, social que professionnel des liens de plus en plus créatifs.

Source AS (Accompagnement Stratégie)

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