Avec le départ d'un associé : Des solutions pour éviter l'overdose

Thierry Guillemot

Avec le départ d'un associé : Des solutions pour éviter l'overdose

Trouver un nouvel associé, embaucher un salarié, déléguer en partie ses travaux, simplifier sa conduite du troupeau, automatiser (...). Après le départ d'un associé, des solutions existent pour éviter la surcharge de travail mais mieux vaut anticiper.

Antoine Leconte est jeune producteur de lait à Burcy près de Vire (14). Comme des milliers de ses pairs, il s'est installé en GAEC (des Houx) avec son père en 2003. Comme des milliers de ses pairs, il va se retrouver seul dans quelques mois à la tête d'une exploitation de 106 ha avec un quota laitier de 420 000 l.
Le baby-boom d'après guerre a en effet produit toute une génération d'agriculteurs qui font, en ce début du 3e millénaire, valoir leurs droits à la retraite. Une génération qui s'est bien souvent associée à la génération suivante pour développer des outils de production performants. Mais des outils désormais, et au delà de la seule problématique financière, pris à revers sur les volets main-d'oeuvre et partage des responsabilités. Conscient, Antoine a tenté d'anticiper. Il s'est même formé sans pour autant trouver la solution miracle.

A la recherche d'un associé

La première idée d'Antoine était pleine de bon sens. Remplacer son père/associé, futur retraité, par un jeune associé. Il s'est pour cela inscrit au RDI (Répertoire Départ Installation). Chou blanc, il n'a reçu aucune candidature.Il a ensuite été approché par quelques voisins pour envisager la piste de l'association/agrandissement. “Au vu de la conjoncture, ce n'était pas forcément la bonne solution”, estime-t-il. La crise laitière (et les autres !) lui auront donné raison. C'est alors qu'Antoine va se former. Une session de deux jours pilotée par la Chambre d'Agriculture du Calvados avec pour thème central : “Préparer le départ d'un associé en élevage : quelles solutions pour le travail ?”
“Formation” est-il d'ailleurs le terme adéquat ? Peut-on réellement penser solutionner en quelques heures d'apprentissage un aussi vaste chantier ? Bien sûr que “non” reconnaît Alain Guillin, conseiller d'entreprise et spécialiste en organisation du travail à la Chambre d'Agriculture du Calvados. “Il s'agit dans un premier temps de faire le point sur des questions fondamentales et de déterminer le champ des stratégies possibles : un nouvel associé, embaucher un salarié, simplifier ses pratiques, déléguer ses travaux, automatiser...”
Même analyse du côté de notre jeune éleveur. “Ces deux journées m'ont surtout permis d'échanger avec les autres et de me poser beaucoup de questions”.

Des limites quasi atteintes

Les Chambres d'Agriculture de Normandie abordent les questions d'organisation du travail depuis plusieurs années notamment à travers un réseau de références. Des travaux restitués entre autres dans le cadre d'opérations “Fermes ouvertes”. Si la législation récente sur les 35 heures a cristallisé les débats, l'augmentation considérable de la taille des exploitations a aussi nourri le besoin de réflexion.“En exploitation de polyculture/élevage, on touche aux limites”, reconnaît Alain Guillin.Des limites à ne pas dépasser plus particulièrement quand le (a) conjoint (e) travaille à l'extérieur. Et ce n'est pas seulement la surcharge ponctuelle de travail qui pose problème (par exemple au moment des vêlages, des moissons, de l'ensilage...), le simple travail d'astreinte au quotidien peut déjà constituer un écueil. “En gros élevage, la seule notion de surveillance pose la question du modèle et notamment celui de l'exploitation familiale”, n'hésite pas à soulever Alain Guillin.Et même si la vache est de plus en plus branchée (podomètre pour faciliter la détection des chaleurs, mesure de la conductivité du lait pour lutter contre les mammites...), on n'a pas encore remplacé l'oeil de l'éleveur.

Approches quantitative et qualitative

La première formation proposée par les Chambres s'est déroulée début 2009 sur deux journées. Base du travail : une approche quantitative et qualitative du travail de chacun sur son exploitation.
Sur le premier point, on manque cruellement de références sur les temps de travaux. Antoine s'est donc recentré sur le travail d'astreinte : traite, soins des animaux, affouragement surveillance... Du travail quotidien auquel on ne peut pas se soustraire. “Cela permet de quantifier le temps qu'on peut passer ailleurs”, argumente Alain Guillin. Une façon aussi pour notre éleveur d'acter qu'en novembre, période de vêlages groupés, le timing se resserre.
L'approche qualitative est plus ludique. “Il s'agit d'appréhender le ressenti de l'éleveur à partir d'un questionnaire (lire ci-contre), de bien cerner le coeur de son métier en répondant à cette question : qu'est-ce que j'aime ? Cela doit permettre à l'agriculteur de faire des choix par rapport à ce qui colle le moins”.
Au terme de ce quiz et de cette formation, l'esprit des stagiaires a évolué. “La majorité pensait s'associer mais a finalement fait marche-arrière. L'alternative qui consiste à embaucher même à temps partiel et voir après a été privilégiée”, se souvient Antoine Leconte.

Déléguer voire embaucher

notre jeune éleveur avec une dose de délégation de travaux.“Jusqu'alors, on faisait tout sauf la moisson et les ensilages. Il est possible que je fasse appel à l'ETA (Entreprise de Travaux Agricoles) pour le labour et les semis”. En jeu : deux heures par hectare de gagnées. Soit avec 30 ha de maïs et autant de blé, 120 heures dans l'année ou bien encore 31/2 semaines normalisée à 35 heures. Gain de temps mais aussi d'argent grâce à l'ETA car pas question pour Antoine d'investir dans du matériel de culture.Par contre, du matériel d'élevage qui lui simplifierait la tâche du lundi au dimanche : “oui !”
Reste la traite qu'il n'affectionne “pas plus que cela” même bien équipé avec une 2X6 pour 60 vaches.Il n'y a pas urgence. Comme dans bien des situations, son futur ex-associé pose ses valises de retraité à portée de coup de main. Et même s'il raccroche officiellement, on ne décroche pas aussi radicalement les griffes chez les laitiers. Mais la solution n'est pas durable. Et puis, il y a les congés, le risque maladie qui ne prévient pas... Autant d'arguments qui poussent notre jeune éleveur à étudier la faisabilité d'embaucher. Une autre façon aussi d'aborder à nouveau le chantier d'une éventuelle association en passant par exemple par un contrat de parrainage. On se donne alors un peu de temps pour quantifier la qualité des atomes crochus que l'on partage.

C'est la piste que va emprunter A moyen terme, Antoine Leconte évoque également la restructuration foncière. “La fin des quotas laitiers va peut-être favoriser les mouvements parcellaires”. Des terres plus groupées, une surveillance des troupeaux plus efficace, moins de temps passé sur les routes avec le tracteur..., il y a aussi sur ce plan quelques dizaines d'heures à gagner par an.
Des gains de temps en modifiant la conduite d'élevage sont également dans les petits papiers de notre éleveur : ration complète plutôt que semi-complète, une buvée par jour au lieu de deux, amélioration de la moyenne d'étable ce qui permettrait de diminuer le nombre de vaches... Tout est envisageable mais encore faut-il valider techniquement et en terme de coût ces différentes options.
Dernier point à régler, non pas dans les champs ou sous la stabulation mais au bureau, le travail administratif. C'est sa maman qui s'en chargeait. “Je vais récupérer du boulot, surtout le soir”.
“Marie toi et délègue le secrétariat et la comptabilité à ton épouse”, aurait-on envie de lui souffler à l'oreille. Encore faut-il rencontrer l'âme soeur. Pour cela, il faut disposer de temps. “Les sorties le samedi soir, ça va être terminé. Même mes deux semaines de vacances, une en été et l'autre en hiver, sont remises en cause”, regrette Antoine.
Comme quoi la question de l'organisation du travail est un dossier à prendre à bras-le-corps !

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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