Avis d'expert : Agriculture et économie circulaire

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Avis d'expert : Agriculture et économie circulaire
Audrey Trévisol, ingénieur au service Agriculture et forêt de l'Ademe

Optimiser l’utilisation des ressources tout en réduisant les impacts environnementaux et en re-territorialisant l’économie, c’est l’objectif de l’économie circulaire. Un enjeu de compétitivité. Et ce, quel que soit le secteur. L’agriculture fait partie de ce cercle vertueux.

Peut-on dire qu’économie circulaire = économie du recyclage ?

L’économie circulaire inclut la  notion de recyclage mais ne s’y limite pas. Selon l’Ademe, l’économie circulaire peut se définir comme un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bien-être des individus. Elle se traduit par divers aspects. Sur le plan de la production et de l’offre des biens et services, elle se traduit par l’approvisionnement durable en ressources, l’écoconception des biens et services, le développement de l’écologie industrielle et territoriale, et l’économie de la fonctionnalité. Sur le plan de la consommation, de la demande et du comportement du consommateur, l’économie circulaire se retrouve dans l’achat responsable, la bonne utilisation des produits, le recours au réemploi et à la réparation. Et enfin, sur le plan de la gestion des déchets, elle est illustrée par le recyclage, et si besoin, par la valorisation énergétique. Il s’agit d’abord de moins consommer de ressources qu’elles soient fossiles ou renouvelables.

Comment traduire ce concept en agriculture?

En agriculture, l’économie circulaire se traduit par des modes de production en cohérence avec les principes de l’agro écologie, qui en ré-associant cultures et élevage, et en visant la diversification des cultures et des rotations, recouplent les cycles de l’azote et du carbone, et aboutissent à une activité biologique des sols plus riche et une moindre consommation d’intrants ; dans la gestion des déchets et des ressources, elle se retrouve notamment dans la valorisation des déjections animales via la méthanisation et le compostage. Enfin, elle se manifeste par la demande et le comportement des consommateurs, via une consommation alimentaire responsable (régime alimentaire adapté, gaspillage alimentaire réduit), les achats responsables (emballage, produits de saison) et la distribution de proximité.

Avez-vous des exemples qui incluent toute la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur ?

Diverses collectivités visent à intégrer les principes de l’économie circulaire dans la restauration collective qu’elles gèrent. C’est le cas de Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes qui très tôt a intégré. cette problématique dans son PLU (plan local d’urbanisme) et développé la chaîne alimentaire de la production jusqu’à l’assiette : une production agricole locale bio fournit les cantines de la ville. Ce programme a par ailleurs intégré des actions de sensibilisation auprès des enfants des écoles en les faisant jardiner auprès de l’agricultrice et récolter par la suite les productions agricoles auxquelles ils ont contribués. Les déchets alimentaires ont par ailleurs été réduits dans les cantines grâce à un ajustement des rations.

Avis d'expert : Agriculture et économie circulaire

Témoignage

Julien Curdy, 35 ans, en Gaec avec son père et sa femme, produit du lait transforme en tomme de savoie IGP et vend en direct de la viande en caissettes à Marin (74). Le Gaec Savoie Gasconne, également ferme pédagogique, s’est engagé dans le projet Terragr’Eau, qui a décroché le label GIEE. Bien plus qu’un projet de méthanisation collective, le principe est de rendre la fertilisation la plus efficiente possible. La gouvernance est originale puisqu’elle associe 41 agriculteurs, la société des eaux d’Évian et la communauté de communes du Pays d’Evian. 

« Depuis 1992, au sein de l’Association pour la protection de l’impluvium de l’eau minérale d’Évian, nous réfléchissons à la création d’un projet qui permet à la fois de protéger la ressource en eau et de conforter la pérennité des exploitations. Cela fait huit ans que nous travaillons sur le projet de méthaniseur.

Nous avions d’abord réfléchi à un projet de compostage en plein champ mais cela ne correspondait pas à toutes les exploitations. Puis nous avons planché sur un méthaniseur en cogénération avec trois unités réparties sur le territoire mais le projet s’est heurté à des problèmes de voisinage. Pas facile de chauffer avec la vapeur d’eau produite des logements sans créer des nuisances (bruit, circulation, odeur...).

Nous avons finalement opté pour une unité centrale avec injection directe de gaz dans le réseau GRDF. La construction a démarré début octobre 2015 pour une mise en route à l’été 2016. Le biogaz produit ira chauffer l’équivalent de 800 foyers. Aux 91 % de déchets agricoles viendront s’ajouter 9 % de déchets issus de la restauration collective avant assiette et de déchets verts. Notre objectif est de valoriser au maximum nos engrais de ferme qui ne sont pas des déchets mais bien une source de fertilisants renouvelable et gratuite. Ainsi, les épandages doivent correspondre aux périodes où la plante en a besoin c’est-à-dire au printemps. Mais cela implique deux conditions : une capacité de stockage suffisante (au moins six mois) pour passer l’hiver et une forme rapidement assimilable par les plantes pour éviter les risques de lessivage. Le méthaniseur est la formule la plus adaptée pour y arriver. Un conseil personnalisé sera mis en place pour la réalisation du plan de fumure prévisionnel ainsi qu’un enregistrement des épandages par GPS. Nous produisons du fromage de qualité (AOC reblochon, AOC abondance, IGP tomme de savoie), entretenons le territoire et investissons dans les énergies renouvelables. C’est une valeur ajoutée pour nos exploitations et pour l’ensemble des acteurs économique du territoire. L’écosystème (système économique) fonctionne durablement puisque les touristes venus pour profiter des paysages façonnés par les agriculteurs consomment du «local» et font travailler tous les corps de métier (fromage mais aussi hôtel, restaurant, magasin de ski...). Nous souhaitons également acheter du matériel d’épandage en commun, par le biais de la Sica sans avoir à créer une Cuma en parallèle (double structure, comptabilité...).

Nous espérons parvenir à convaincre l’administration car la Sica est labellisée GIEE mais ne peut pas bénéficier des avantages Cuma. Même s’il est parfois compliqué et semé d’embuche, ce projet est passionnant. Il permet de recréer du dialogue entre tous les acteurs, d’expliquer le pourquoi de nos pratiques et de trouver des solutions durables pour concilier protection de l’eau et agriculture performante. Bref, un vrai retour aux sources. »

Source : JAMAG - n° 721 - Déc. 2015

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