Avis de tempête sur la station de Langres

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

La France entière, plongée dans l’attente d’une improbable saison estivale, est pendue aux lèvres d’Evelyne Dheliat. Derrière le sourire et les cartes hautes en couleur de l’emblématique présentatrice se profile une organisation complexe en pleine restructuration : le réseau Météo France.

MÉMOIRE DU TEMPS

En Europe, c’est sous Napoléon III que sera institutionnalisée une véritable observation des phénomènes climatologiques, et ce, suite à une lourde perte militaire. Le 14 novembre 1854, au cours de la guerre de Crimée, une violente tempête provoque le naufrage de 41 navires français en mer Noire. Cette tempête avait traversé toute l’Europe de l’Ouest, mais personne ne fut en mesure de prévenir la flotte de l’armée française du danger. Face à ce constat, Urbain Le Verrier, directeur de l’observatoire de Paris, est mandaté par l’Empereur pour initier un vaste réseau de stations météorologiques couvrant l’ensemble de l’Europe, en mettant à profit l’innovation technologique que représente le récent télégraphe électrique. Ce réseau regroupe au départ 24 stations dont 13 reliées par télégraphe, puis en 1 865 il s’étend à 59 observatoires. L’Organisation Mondiale Internationale est fondée à Vienne en 1 873. Elle réunit tous les pays disposant de réseaux météorologiques.

Puis l’OMM, Organisation Météorologique Mondiale est fondée au sein de l’ONU. Il s’agit du plus vaste réseau d’échange de données, et pour cause, tout le monde a besoin des données de tout le monde.

En France, la Météo Nationale est devenue Météo France à partir de 1993, un EPA (Etablissement Public à caractère Administratif), chargé d’une mission de service public, qui s’autofinance en partie par de la prestation à des opérateurs privés.

DE LA CLIMATOLOGIE A LA PRÉVISON

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, les scientifiques se contentaient d’enregistrer en temps réel les phénomènes climatologiques. La mémoire du temps fait d’ailleurs partie intégrante de ces missions régaliennes encore dévolues à Météo France. Néanmoins, à partir des années cinquante, des programmes informatiques sont élaborés afin de prédire le temps par la résolution d’équations complexes prenant en compte la pression, la température, la densité de l’air et son contenu en eau.

TIROS1 est le premier satellite météorologique lancé avec succès en 1960. La collecte des données météorologiques fait un bon en avant, même dans les zones les plus inaccessibles comme les pôles, les océans et les déserts.

Le « quartier général » de Météo France se trouve à Toulouse. La majeure partie des serveurs informatiques s’y trouve. Pour chaque prévision, les équations sont recalculées une cinquantaine de fois, ce qui permet d’élaborer un indice de confiance.

En 2015, la station de Langres tire sa révérence

La Haute-Marne fait partie de la DI du Nord, basée à Villeneuve Dasq, une des sept directions interrégionales qui maillent le territoire métropolitain. La station de Langres fonctionne sept jours/sept et édite quotidiennement trois bulletins météorologiques avec des prévisions à sept jours. Elle compte cinq prévisionnistes et un responsable, Philippe Berthet, interlocuteur direct de Monsieur le Préfet en cas de catastrophes naturelles. Il a notamment participé au comité sécheresse par l’apport de données en temps réel via son réseau d’observation. Il est également sollicité par les assureurs privés dans le cas de sinistres liés au climat.

En plus des données satellites, la station collecte les données via le réseau RADOME composé de cinq capteurs automatiques répartis à Langres, Chaumont, Saint-Dizier, Semoutiers et Blécourt. Ces appareils relèvent automatiquement les précipitations, les températures, l’humidité et la vitesse du vent. Le responsable s’appuie également sur un réseau de dix-huit observateurs bénévoles chargés de faire un relevé précis des précipitations (voir encadré).

RGPP et privatisation obligent, le « marché » de la prévision climatique s’est ouvert à la concurrence. Le système français à trois niveaux d’analyses (national, régional, départemental), parmi les plus fiables au monde, est en passe d’être démantelé. Pourtant, estime Philippe Berthet, un euro investi dans la météo permet à la collectivité d’économiser 10 euros : qu’il s’agisse de salage pour le Conseil Général ou de lessivage de matières actives pour les agriculteurs... 

La station de Langres, comme la moitié des stations départementales, fermera donc ses portes en 2015. Elle avait rendu célèbre le plateau de Langres pour la rigueur de son climat, au grand damne des élus locaux. Notre territoire sera alors rattaché à Troyes. 

Pour autant, le gel des emplois rendra-t-il la célèbre présentatrice météo de TF1 plus chaleureuse à l’endroit de notre département ? Rien n’est moins sûr...

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