Avortements des ruminants : une méthodologie stricte à appliquer

Dr Didier GUERIN

Avortements des ruminants : une méthodologie stricte à appliquer

Avortements, diagnostic direct => L’apparition d’avortements implique un plan d’action raisonné. Le diagnostic direct, facilité par la Caisse Régionale de Solidarité Santé Animale (CRSSA), montre tout son intérêt si les précautions d’utilisation sont respectées.

Conduite à tenir lors de tout avortement

Avortements des ruminants : une méthodologie stricte à appliquer

1) L’isolement impératif de l’avortée, de l’avorton et duplacenta

La 1èrephase s’avère essentielle quant à l’importance potentielle de l’épidémie ausein du troupeau. Dès la constatation d’un avortement et le plus rapidementpossible, il sera isolé de façon systématique, l’avortée, l’avorton et leplacenta expulsé (en prenant les mesures d’hygiène nécessaires). En élevageovin, on ne fera pas adopter des agneaux bien portants à des brebis avortées.Cela représente les premières dispositions à prendre pour éviter lacontamination des congénères étant donné la forte charge infectieuse quepeuvent présenter ces éléments et ainsi limiter la contamination du cheptel.

2) Lecontrôle de l’eau et de l’alimentation

La qualitéde l’eau et de l’alimentation (ensilages mal conservés et contaminés pardes rats, aliments avec des moisissures) s’avère primordiale car elles peuventêtre de formidables relais de contamination, notamment en matière decontamination bactérienne.

3) Le recueil des commémoratifs

Le recueildes commémoratifs a pour objectifs de définir la nature des avortements, derecueillir des renseignements cliniques (stade d’avortement) etépidémiologiques (lot concerné, mouvement d’animaux, signes particuliers)permettant d’orienter les recherches. Le calcul du taux d’avortement permet dese situer par rapport aux seuils d’alerte de chaque espèce (cf. tableau« Avortements – Seuils d’intervention »).

4)  La prescription des analyses

Les grands principes retenus face à un épisode d’avortements répétéssont les suivants :

· Rechercher l’agent pathogène sur l’avortée et/oul’avorton. Ce diagnostic direct demande un prélèvement d’avorton, de placenta ou d’écouvillonvaginal dans les 48 heures, maxi,après l’avortement.

· Rechercher les anticorps chez les avortées depuisplus 15 jours. L’échantillon pourra être complété par les mères de mort-nés et desfemelles ayant présenté des troubles de la reproduction compatibles avec l’interventionde l’agent pathogène.

Dans tous les cas,les prélèvements devront être identifiés et acheminés rapidement (idéalementmoins de 24 heures), dans un emballage étanche, sous couvert du froid et avec unefiche d’accompagnement.

5)  L’interprétation des résultats

Les résultats d’analyses ne donnent pasforcément « la » réponse : l’interprétation doit être faite defaçon rigoureuse en tenant compte de la nature du prélèvement, du contexte… Lesphases prescription – interprétation s’avèrent donc primordiales. Seuls, unchoix rigoureux des animaux prélevés, des prélèvements, une prescriptionméthodique, une rigueur dans l’interprétation des résultats permettent de posersinon un diagnostic de certitude, au moins un diagnostic de forte présomption,ou, et cela est loin d’être négligeable, d’éliminer certaines causes.

6)  Le “ plan de prévention ”,quelles suites ?

Les suitesà donner seront fonction du diagnostic mais également d’autres critères pourl’utilisation d’une politique basée sur la mise en place des seules mesuressanitaires ou associées à des mesures médicales (vaccinations, antibiotiques…).

Les avortements sont des pathologiesanciennes et persistantes. Tous les élevages sont concernés, 2% des femellesavortent chaque année. En présence de causes infectieuses, parasitaires,alimentaires… des avortements en série peuvent apparaître avec des conséquenceséconomiques toujours préjudiciables, voire considérables.

Lescauses infectieuses et parasitaires, les plus redoutables

Parmi toutes lescauses, celles d’origine infectieuse (bactérienne ou virale) ou parasitaire(toxoplasmose, néosporose…) sont les plus redoutables car contagieuses etdouées d’un grand pouvoir d’expansion intra et inter élevage. Celles-ci sont souventdifficiles à combattre (échecs thérapeutiques), persistantes par les animauxporteurs asymptomatiques et excréteurs et parfois transmissibles à l’hommecomme la brucellose, la chlamydiose, la fièvre Q, la listériose, la toxoplasmose…

Le recoursau laboratoire, un passage obligé pour assurer le diagnostic étiologique

Connaîtrela cause d’une épidémie est indispensable pour mettre en place la thérapeutiquecurative et élaborer la stratégie préventive. Lors d’avortements, lesmanifestations cliniques et les caractéristiques épidémiologiques ne sontjamais suffisamment spécifiques. Au mieux ces éléments peuvent orienter versune suspicion mais le recours au laboratoire est toujours un passage obligé. Ilfait appel à des méthodes directes avec recherche de l’agent causal ouindirectes avec recherche des anticorps.

Un diagnostic direct facilitépar la CRSSA

Pourfaciliter l’utilisation des nouvelles techniques de diagnostic direct (PCR), leGRASL a décidé de consacrer la CRSSA, partie régionale du fonds mis en placelors de l’épisode fièvre catarrhale, au diagnostic direct des avortements dansles élevages bovins, ovins et caprins. Un kit PCR, adapté à chaque espèce, avecune prise en charge de 75% (cf. tableau « CRSSA – Kit diagnostic directavortements ruminants ») est à disposition. En cas de nécessité derecherches sérologiques complémentaires, le plan régional « maladiesémergentes » permet la poursuite de la prise en charge de 50% des fraisd’analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan de lutte et deprévention.

Avortements des ruminants : une méthodologie stricte à appliquer

Des résultats… mais des précautionsd’utilisation à respecter : intervenir 48 h maxi après l’avortement avecprélèvement de sang et d’avorton ou de placenta ; à compléter avecdes recherches sérologiques

Mis enplace au 1er semestre 2012, ce kit a été utilisé dans plus d’une centained’élevages en Creuse (80 bovins, 19 ovins et 4 caprins). Pour 1/3 des cas, unepathologie a été identifiée : ehrlichiose, néosporose, BVD, chlamydiose outoxoplasmose. Trois éléments conditionnent le taux d’élucidation : laprécocité d’intervention (prélèvement dans les 48 heures, maximum, suivantl’avortement pour le diagnostic direct), la présence d’avorton, de placenta oud’écouvillon vaginal et les recherches complémentaires (autres pathologies,sérologies chez les avortées depuisplus 15 jours). La réalisation d’un diagnostic direct adéquat multipliepar quatre le nombre de chances d’obtenir un résultat de certitude. L’applicationd’un protocole « avortements répétés » donne des résultats « favorables »dans plus de 60% des cas. Cela implique une application stricte de la« conduite à tenir lors de tout avortement » par le coupleéleveur/vétérinaire (cf. encadré). C’est une composante de la « Sanitaire’Attitude ». N’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier