Besoin d'un Etat arbitre

T.Guillemot

Besoin d'un Etat arbitre
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Le vent de fronde qui gronde dans les campagnes n'épargne pas le Calvados. En parallèle aux multiples actions nocturnes menées par les Jeunes Agriculteurs devant les laiteries et les abattoirs, une délégation FDSEA/JA 14 a rencontré, vendredi 22 janvier, Laurent Fiscus (préfet du Calvados). Le syndicalisme réclame non pas un Etat providence mais un Etat arbitre.

Actionner tous les leviers
La FDSEA actionne tous les leviers pour tenter d'entrevoir la sortie du tunnel. Après la rencontre, il y a quelques jours, avec le directeur départemental des Finances publiques et ses acquis syndicaux puisque l'administration fiscale s'est engagée à revoir avec bienveillance certains dossiers rejetés, c'est le sous-préfet de Vire, mandaté par le préfet du Calvados, qu'a rencontré Patrice Lepainteur mardi dernier. Des axes de travail «lait» et «viande» ont été clairement dégagés. Des rencontres avec les acteurs locaux sont en cours de finalisation avec pour objectif la revalorisation des prix payés au producteur sans s'attirer les foudres de l'autorité européenne de la concurrence.
Autre action, un travail de sensibilisation auprès des élus. Lundi soir, Patrice Lepainteur a rencontré Alain Tourret pour une explication de texte. «On a beaucoup à leur apprendre sur le sujet», a-t-il constaté. Le relai devrait être pris demain vendredi par la FRSEA Basse-Normandie qui a invité autour de la table tous les députés bas-normands. «On met en place des actions différentes mais complémentaires», souligne le président de la FDSEA du Calvados mais de dénoncer l'hypocrisie de certains acteurs «qui déclarent soutenir le monde de l'élevage mais refuse de payer le travail des producteurs à sa juste valeur». Les futurs débats seront sans doute sans concession.

«L'agriculture dans le département est à la fois dynamique et en difficulté». Propos tenus par Laurent Fiscus, nouveau préfet du Calvados, lors de sa visite sur une exploitation laitière le 14 janvier dernier (voir notre édition du 21 janvier).
Mais pour que ce dynamisme perdure, il est grand temps d'affronter les difficultés. A peine une semaine après sa première prise de contact avec le monde agricole, le préfet a de nouveau ouvert le dossier. Vendredi dernier et «parce qu'il y a urgence», martèlent Patrice Lepainteur et Philippe Marie (président et responsable de la section lait de la FDSEA) et Charles Henry Lebrun et Cédric Mette (président et vice-président des JA), il a reçu une délégation FDSEA/JA.

Urgence absolue
«Le préfet a une bonne connaissance de la situation mais nous allons lui rappeler les points d'inquiétude». Lors de la conférence de presse FDSEA/JA précédent ce rendez-vous, Patrice Lepainteur a insisté sur «une situation qui ne cesse de s'aggraver», évoquant notamment le prix du lait sur le 1er semestre 2016 ou bien encore l'effritement continu des cours de la viande. «Dans ces conditions, beaucoup d'éleveurs risquent de ne pas passer l'année». Depuis 2015 et malgré les engagements de l'Etat, graduellement, la situation s'est détériorée.
«Après la table ronde du 24 juillet dernier, la distribution a joué le jeu sur les marques distributeurs. Par contre, sur les grandes marques, on n'a rien vu venir. Cela représente 200 M€ qui devaient revenir aux producteurs mais qui sont restés dans les laiteries», se fâche Philiipe Marie. «Le prix du lait payé au producteur se situait aux alentours de 300 € fin 2015 et il vient de tomber à 270 - 280 € en ce début d'année sans aucune raison,» rebondit Charles Henri Lebrun.
Sur le dossier «viande», c'est l'absence de Bigard à la table des négociations que déplore Cédric Mette.
De la méthodologie
«Inutile de s'imaginer qu'on va obtenir à Caen une augmentation du prix du lait ou de la viande, reconnait cependant Patrice Lepainteur. Mais aujourd'hui, il faut aller au-delà de la contestation et rentrer dans une phase de propositions. Je vais donc demander au représentant de l'Etat d'organiser des tables rondes pour discuter point par point, filière par filière. Il faut de la méthodologie pour affronter toutes ces difficultés. Il nous faut un arbitrage et le préfet, de par son autorité, peut obliger tous les acteurs à la discussion pour construire un autre avenir à l'élevage français. On souhaite que les autres départements nous copient. C'est l'addition de toutes ces initiatives qui fera avancer les choses».
Pas d'Etat providence mais un Etat arbitre. «Puisque les interprofessions ne fixent plus le prix du lait, que l'Etat nous aide à construire des OP (Organisation de Producteurs) indépendantes des laiteries», propose à titre d'illustration Cédric Mette. Outre ce travail sur le prix payé «sortie ferme», c'est sur les charges d'exploitation qu'il faut également remettre le couvert.  Le travail syndical estival s'est traduit par une aide moyenne de 4 000 € par éleveur en 2015. Parallèlement, il en a perdu 40 000. «Le ministre de l'Agriculture a été courageux mais pas téméraire», insiste-t-on du côté de la FDSEA et de JA.

Source l'Agriculteur Normand

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