Bio 15 s’organise pour anticiper la réforme territoriale et la nouvelle Pac

C.Dubarry

Bio 15 s’organise pour anticiper la réforme territoriale et la nouvelle Pac
L’évolution de la réglementation sur l’attache des animaux a suscité de vifs débats au sein de l’assemblée générale. - C.Dubarry

Réunie en assemblée générale jeudi matin, l’association cantalienne a élu un nouveau conseil et exposé ses projets pour faire face aux défis des années à venir.

Membre de la Fédération nationale d’agriculture biologique ( Fnab), du Groupement régional des agri-culteurs biologiques ( Grab) et du réseau Celavar Auvergne, l’ association Bio 15 a pour vocation d’encourager les installations, d’accompagner les producteurs, de développer les échanges et de structurer les filières bio sur le département. Créée en 1992, elle compte aujourd’hui plus de 93 adhérents sur les 146 exploitants cantaliens actuellement certifiés bio ou en cours de conversion. Comme l’a souligné son président, Géraud Dumas, en préambule de l’assemblée générale qui s’est déroulée le jeudi 19 février à Saint-Jacques-des-Blats, “au-delà du strict respect du cahier des charges de l’agriculture biologique et des aspects techniques ou économiques de sa mission, Bio 15 est également porteuse de valeurs favorisant une agriculture autonome, solidaire, en lien avec le reste de la société”.

Treize conversions en 2014

Loin d’un feu de paille ou d’un simple effet de mode, le succès du bio, qui répond à une demande croissante de la société en matière de santé, qualité de l’environnement ou développement du territoire, s’est encore confirmé l’année dernière avec 13 nouvelles conversions dont sept installations. Par ailleurs, l’animatrice de l’association, Lise Fabries, a annoncé que les demandes de documentation ont explosé en 2014 avec 63 demandes contre 36 en 2013. Une tendance qui semble clairement se confirmer en ce début d’année 2015. “Aujourd’hui, nous en sommes déjà à 20 envois de documentation, suite aux annonces de la Pac.” Les nombreuses opérations de promotion du bio menées par l’association y sont
aussi probablement pour beaucoup. Ainsi en 2014, outre une journée des adhérents et cinq formations, Bio 15 a co-organisé deux marchés bio (Champs-sur-Tarentaine et foire éco-biologique d’Aurillac) et a participé à six autres (Ytrac, Ferrières-Saint- Mary, Calvinet, Festa del Païs, Brezons, Pierrefort). La filière des Coopains bio, qui rassemble des cultivateurs de blé et de seigle en Châtaigneraie  a  été  inaugurée le26   septembre  à    l’Arbre  à  Paind’Aurillac avec la mise en rayon et laprésentation des premiers sacs de farine étiquetés en commun. En lien avec la mission régionalisée à laquelle Lise Fabries consacre la moitié de son temps, cinq visites de fermes ont en outre été organisées entre mars et juillet 2014, et une lettre régionale des producteurs a été lancée.

Des enjeux de taille en 2015

Si Bio 15 a pu se contenter d’un fonctionnement assez informel pendant plus de 20 ans grâce à la bonne volonté de ses membres, les bouleversements qui se profilent obligent désormais à se structurer rapidement pour gagner en efficacité et travailler à une plus grande échelle en concertation avec les autres associations. En effet, avec la réforme territoriale entraînant la fusion de l’Auvergne et de Rhône-Alpes, Géraud Dumas relève qu’il faudra par exemple que “les producteurs bio du Cantal trouvent le moyen de fonctionner avec les producteurs bio de Savoie”. Avec la réforme de la Pac aussi les Régions seront en première ligne de la répartition et la distribution des aides. “Il faut que les producteurs bio se fassent entendre et parlent d’une seule voix. Il y a un grand enjeu démocratique à l’intérieur du réseau de producteurs bio pour arriver à coller le plus possible au territoire et défendre la bio auprès des élus.” Enfin, le président souhaite que l’association se donne les moyens de répondre au regain d’intérêt actuel pour le bio. Pour atteindre ces objectifs ambitieux et insuffler une nouvelle dynamique, un conseil d’administration restreint de neuf membres a été réélu et des discussions ont été entamées avec la Chambre d’agriculture pour que Lise Fabries passe à temps plein sur la bio tandis que de  nouveaux statuts sont à l’étude. Comme en 2014, de nombreuses formations, journées techniques, marchés, visites de ferme et autres opérations de promotion sont prévus tout au long de l’année.

L’attache des animaux en question

Très sereine dans son déroulement, l’assemblée générale de Bio 15 s’est rapidement animée lorsque la contrôleuse Barbara Modde de l’organisme de certification  Écocert a confirmé que plus aucune dérogation ne serait désormais accordée en matière d’attache des animaux (article 39). Concrêtement, tout producteur bio est donc tenu de sortir ses bêtes au moins deux fois par semaine pour conserver sa certification. Or, les conditions climatiques ne le permettent pas toujours et certaines exploitants n’ont pas les moyens matériels ou humains de le faire. Pour un éleveur comme Daniel Delrieu de Saint-Simon, “c’est impossible, la moitié des agriculteurs du Cantal vont sortir du bio. On devrait tous se mettre en défaut pour le faire comprendre à l’Inao(1)”. Claude Mezange de Narnhac acquiesce : “Les gars qui ont pondu la loi, ils imaginent le travail que ça représente de détacher et rattacher nos vaches deux fois par semaine ?” Selon Géraud Dumas, qui a consulté des juristes et envisage une action syndicale, les conditions climatiques priment sur les autres articles, ce qu’a immédiatement démenti Barbara Modde. Affaire à suivre donc...

(1) Institut national de l’origine et de la qualité.

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