Biogaz : La méthanisation remplit ses promesses mais requiert de la disponibilité

Vendée agricole Rédaction

Eric Froger et Teddy Girard gèrent tous les deux le méthaniseur sur l’exploitation. Les associés passent tous les jours contrôler le suivi du chargement des matières.
Eric Froger et Teddy Girard gèrent tous les deux le méthaniseur sur l’exploitation. Les associés passent tous les jours contrôler le suivi du chargement des matières. (c) Vendée agricole

Mise en fonctionnement en avril 2013, l’unité de méthanisation du Gaec Froger-Girard, à Saint-Michel-de-Chavaignes (Sarthe) produit 180kW/h d’électricité et le chauffage pour quatre poulaillers standard.

Digesteur : Une ration diversifiée

Le digesteur a été mis en route en avril dernier avec du lisier pauvre chauffé pendant trois semaines à 43°C (grâce à un cogénérateur au fioul). Puis le fumier de l’exploitation a été incorporé progressivement pendant deux mois. Au 15 juin, le moteur du digesteur fonctionnait au gaz qu’il produisait. Depuis six mois, les éleveurs alimentent l’unité avec le fumier et le lisier de leurs vaches laitières, 50% de leur fumier de volailles - la règle départementale des 140 U d’azote les oblige à exporter l’autre moitié-, de l’ensilage de cultures dérobées - implantées sur 50 ha pour un coût de 13 centimes/Kwh- et des déchets de céréales et d’aliments fournis par des entreprises locales. “C’est Agrikomp qui réalise les rations, en fonction de la quantité disponible de nos effluents”, rappelle Teddy Girard. Les éleveurs qui apportent environ 12 t/j au digesteur, ont choisi une implantation qui limite les déplacements entre les silos et l’unité. En construisant dès le départ un post-digesteur couvert qui sert aujourd’hui de stockage avant la fosse de récupération, les associés ont la possibilité d’augmenter la puissance de leur unité de 180 à 250 kWh.

Sur leur exploitation laitière de Saint-Michel-de-Chavaignes (72), les associés du Gaec Froger-Girard constataient que la consommation énergétique de leur atelier hors-sol (quatre bâtiments de volailles standard) était une charge de plus en plus lourde. Pour baisser leur facture de gaz (32T), les agriculteurs, disposant d’effluents, ont décidé d’en produire eux-mêmes grâce à une unité de méthanisation. “Le choix de l’entreprise est primordial, soulignent d’emblée Eric Froger et Teddy Girard, car nous devons pouvoir compter sur elle, de l’élaboration du projet, au suivi de fonctionnement. La méthanisation, ce n’était pas notre métier”. Et bien qu’ayant anticipé de nombreux éléments avec la société Agrikomp, les éleveurs ont eu des surprises, notamment dans le temps de travail requis.

Disponibilité 24h/24

“Certes, nous avions prévu de mobiliser trois personnes pendant six mois pour réaliser la maçonnerie -cette main-d’oeuvre était incluse dans l’auto-financement de notre investissement d’1,4 million d’euros(1)- ainsi que quatre personnes pendant six semaines pour participer au montage. Mais nous n’avons pas été avertis de la contrainte 24h/24 et 7j/7 que représentait le fonctionnement d’une unité de méthanisation”, regrettent-ils. Comme pour les deux robots de traite installés en février 2012 sur leur exploitation, les éleveurs reçoivent de leur unité des alertes SMS sur leur téléphone Et cela peut arriver la nuit ou le week-end. “Heureusement, en six mois, nous avons appris à distinguer l’urgence des différentes alarmes du digesteur, concèdent-ils, mais un salarié n’aurait pas pu prendre cette tâche en charge”. Hormis la gestion de ces alertes, les associés consacrent environ une heure par jour à la méthanisation, entre le chargement des matières et le suivi. Mais le fonctionnement de l’unité requiert, globalement, l’équivalent d’un mi-temps entre les cultures dérobées à produire et la tâche administrative. “Pour les six premiers mois, cela s’approche plus d’un temps plein”, reconnaissent-ils.

Gains de production

La performance de l’unité s’est en revanche révélée conforme aux prévisions. Depuis six mois, le Gaec Froger-Girard produit de l’électricité (180kWh) revendue à 97% à ERDF, selon un tarif de base de 13,61 centimes/ kWh. “Avec la prime liée à l’utilisation d’effluents d’élevage et la majoration du coefficient lié à l’utilisation de la chaleur produite (2), nous atteignons un tarif de rachat de 20 centimes/kWh, supérieur aux 18 centimes/kWh prévus dans l’étude”, indiquent les associés. Cette marge de sécurité, conseillée par Agrikomp, leur permettra de constituer une trésorerie “en cas de coups durs”. Avec un plan de financement sur 15 ans, les agriculteurs prévoient un retour sur investissement de 7,5 ans, en prenant en compte l’économie de consommation de chauffage de leur atelier hors-sol. “Grâce à l’installation de 1,7 km de réseau, notre production de 170kWchaleur nous permet de chauffer alternativement nos quatre bâtiments de volailles répartis sur nos deux sites, une maison d’habitation et l’eau consommée sur l’exploitation. Le quart de la production de chaleur servant à maintenir le digesteur à 43°C, détaillent-ils. Même s’il y avait des lots d’été, nous avons pu observer un gain dans la consommation d’énergie. Notre facture devrait, à l’année, être réduite de deux tiers”. Surtout, les éleveurs ont remarqué l’incidence du chauffage issu de la méthanisation sur les performances de leurs volailles qui affichent de meilleurs indices de consommation.Quant à la production de digestat - 70% liquide, 30% solide grâce à un séparateur de phase-, Eric Froger et Teddy Girard n’en connaissent pas encore la réelle valeur. “Nous avons épandu du digestat solide avant les semis de blé dont les taux en NPK étaient faibles (4,6,6) mais il faut attendre une campagne complète pour mesurer les effets des digestats (solide et liquide) sur les cultures”, nuancent les agriculteurs qui espèrent ainsi utiliser un maximum de leurs effluents sur leurs parcelles et ne plus avoir recours, comme actuellement, à des achats extérieurs pour compenser. A ce sujet, ils attendent que leur digestat soit agréé par l’administration.(1) Le Gaec Froger-Girard a réalisé une unité pouvant produire 250kW/h pour laquelle il a reçu une subvention de l’Ademe correspondant à 15% du montant de l’investissement.(2) Le coefficient V valorise de 0 à 4 centimes la proportion de chaleur utilisée par rapport à l’électricité produite.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier