Biotechnologies : Le Brésil fait le pari des OGM

B.BOUCHOT d'après lefigaro.fr

Dans ce pays aux immenses potentialités agricoles, on a fait le pari des biotechnologies en général et des OGM en particulier. Des canes à sucre offrant une plus grande résistance à la sécheresse et d'autres un meilleur rendement en sucre sont au coeur des travaux.

«Nous avons commencé en 2008 nos recherches sur des canes offrant 20 % de sucre en plus. Nous espérons pouvoir la mettre sur le marché en 2017», explique William Lee Burnquist, un des responsables du centre de recherche de Sao Paulo.

3ème producteur de cultures OGM

Au Brésil, l'histoire des OGM a pris son envol il y a une quinzaine d'années avec le soja d'abord et, très récemment, le maïs et le coton. «En 2008 la culture des OGM arrivait en troisième position avec 15,8 millions d'hectares après les États-Unis (62,5 millions d'hectares) et l'Argentine (19,1 millions d'hectares)», soulignent le CIB (comité d'informations sur les biotechnologies). Dans l'État du Parana, l'un des greniers du pays, près de 70 % du soja est transgénique et plus de la moitié du maïs. «Il n'existe pas d'exploitants au monde qui ne voudraient pas de cette technologie», assure Edilson Paiva, agronome chez Embrapa (l'une des entreprises parapubliques brésiliennes de biotechnologie) et vice-président du comité de surveillance des biotechnologies. Selon lui, les multiples étapes de contrôle auxquels sont soumis les projets avant de pouvoir prétendre à la certification offrent toutes les garanties nécessaires.

Aucun doute pour les agriculteurs

«Les plantes résistantes aux herbicides ou aux insecticides sont bonnes pour l'environnement. Elles nous permettent de déverser moins de pesticides», assure l'un. «Cela nous donne une très grande flexibilité pour la date des semences», précise un autre. «Une quinzaine d'années de recul est suffisante en matière de sécurité sanitaire», estime un troisième. «Il faut bien comprendre que les gènes utilisés sont déjà dans notre alimentation», affirme Alda Lerayer, la directrice du CIB.

Un enjeu économique de taille

Pour éviter de créer des résistances, les professionnels insistent : il faut faire des rotations de culture et impérativement garder des zones refuges dans tous les champs d'OGM : «Au Brésil on conseille de systématiquement maintenir 10 % de la surface cultivée en plante conventionnelle», insiste Marcelo Gravina, enseignant à l'université de l'État du Rio Grande do Sul.

Les couacs rencontrés n'ébranlent pas leur conviction. Le plus important d'entre eux est la dissémination à d'autres plantes du gène résistant. Résultat, certaines mauvaises herbes résistent à leur tour à un herbicide ou un insecticide et se propagent rapidement. C'est notamment le cas avec le glyphosate. Ce qui fait l'objet d'interrogation au Brésil est un véritable problème chez leurs voisins argentins, le deuxième plus gros producteur mondial de soja transgénique avec la dispersion sur quelque 10 000 hectares d'une mauvaise herbe résistante.

Une chose est sûre dans le plus grand pays d'Amérique latine, l'enjeu économique est de taille. À écouter Dilvo Grolli, le président d'une très grosse coopérative agricole, le Brésil est l'un des derniers grands pays au monde à disposer encore de dizaines de millions d'hectares disponibles pour l'agriculture. Pour lui il n'y a pas d'hésitation à avoir : une immense partie de ces terres doit être consacrée aux OGM. D'autres experts sont plus prudents : la décision est entre les mains des consommateurs. «La perception du public et les connaissances scientifiques sont très difficiles à accorder», rappelle William Lee Burnquist. Des opposants aux OGM sont relativement nombreux dans au moins cinq pays européens, ce qui ne va pas sans inquiéter les Brésiliens. Ils redoutent que ce marché leur ferme leurs portes.

Source lefigaro.fr

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