Broutards : Conforter la filière franco-italienne

E. DI ZAPPALORTO - La VOLONTÉ PAYSANNE

La coopérative a convié l'Institut de l'élevage à dresser un panorama de la filière broutards.

“L'engraissement en Italie est un peu sous pression. Deux solutions s'offrent à vous : renforcer la filière franco-italienne et renforcer les autres marchés.” Pour Mélanie Richard, de l'Institut de l'élevage, invitée à la récente assemblée générale de la Cemac-Cobévial, le tableau est clair. L'Italie pèse plus de 60 % des recettes françaises d'exportations de bovins et de viande bovine. Et le déficit se creuse. Les Transalpins sont les premiers importateurs européens et les seconds consommateurs de viande bovine. La viande importée représente un tiers de l'approvisionnement italien. Huit cent soixante-dix mille bovins maigres et 120 000 animaux finis alimentent un tiers des abattages de gros bovins en Italie. “C'est un marché rémunérateur que tous les exportateurs convoitent”, commente Mélanie Richard. “Le partenariat avec la France est fort car plus de 85 % des broutards importés en Italie viennent de France et 85 % des broutards français sont destinés à l'Italie.” Cependant, cette filière franco-italienne rencontre quelques difficultés. La première d'entre elles est le changement de stratégie de la distribution en Italie. La part de viande vendue en GMS progresse. “Le consommateur n'est plus prêt à payer le cahier des charges et la viande importée constitue dans les rayons des GMS un segment premier prix à côté d'un segment haut de gamme pour les viandes du monde type USA, Argentine,...”, explique-t-elle. Du coup, la valorisation des jeunes bovins engraissés en Italie à partir de broutards français pâtit de ces évolutions.

La collaboration plutôt que la confrontation

Et l'engraissement en Italie rencontre lui aussi quelques difficultés : coûts de production en hausse et difficilement répercutables sur les prix de vente, pression foncière sur la plaine du Pô, contraintes liées à la Directive nitrates, réglementation sur le bien-être animal. Sans oublier le développement du bio-gaz à partir de l'ensilage de maïs qui pourrait à terme concurrencer l'engraissement. Malgré ces difficultés, le marché italien reste leader. De son côté, le broutard français reste incontournable du fait de sa bonne image (races connues et appréciées), de sa proximité géographique, de sa large disponibilité, de l'homogénéité de ses lots, de circuits commerciaux bien établis, de son ancrage dans les filières GMS. “La filière franco-italienne a besoin d'être renforcée”, estime la jeune femme, et ce dans le cadre d'une négociation “gagnant-gagnant”. Les éléments de discussion pourront porter sur l'étalement des sorties, la précocité, la complémentation, les gabarits, la sélection génétique,...

 

Une ouverture sur le Maghreb ?

Quant à l'ouverture de nouveaux marchés, Mélanie Richard estime qu'il existe aujourd'hui peu d'alternatives. Ainsi, l'Espagne n'est pas une opportunité pour les animaux lourds de qualité. Le Maghreb pourrait constituer un marché de proximité à renforcer. L'Algérie, le Maroc et la Tunisie voudraient favoriser leur production nationale mais l'engraissement souffre du manque de fourrages et de matières premières. D'autre part, les conditions sanitaires exigeantes excluent certains élevages (tuberculose,...) et le poids de la politique dans les conditions d'échanges est un critère à ne pas négliger. Enfin, ces marchés peuvent être influencés par l'évolution des taux de change. “Si l'on veut que ces marchés se stabilisent et deviennent des débouchés fiables et réguliers, il faut développer de véritables filières transfrontalières”, assure Mélanie Richard qui a aussi laissé en suspens la question de l'engraissement en France.
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Source L'Union du Cantal

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