Cantal : Quand les éleveurs de lapins se prennent en main

Patricia Olivieri

La production cunicole a subi une crise grave en 2008. Peu médiatisée, elle a laissé des traces chez les éleveurs cantaliens, mobilisés depuis pour sauver leur groupement.

L'agriculture, le Massif central : il y a neuf ans à peine, c'était pour Tina Jacket une autre planète. “Je travaillais dans un hôpital en Angleterre, je m'occupais des commandes, de l'approvisionnement”, explique, dans un bon français teinté de sonorités caractéristiques héritées de la langue de Shakespeare, celle qui depuis juillet est à la tête d'un élevage cunicole de 350 mères à Laborie des Puech d'Aubespeyre. Une production qu'elle connaît bien puisqu'en épousant un agriculteur charentais en 2001, elle étreint le métier d'éleveur, déjà avec un cheptel de lapins (voir ci-dessous). Si cette reprise sonne comme un nouveau départ pour Tina, son installation dans ce coin de Châtaigneraie a aussi apporté un bol d'air au Gepacc, le Groupement d'éleveurs et de producteurs avicunicoles du Cantal. Un groupement qui en l'espace de sept ans a perdu les deux tiers de ses effectifs pour atteindre le seuil critique de dix éleveurs. Il faut dire que depuis le début de la décennie, la production a connu des heures noires, sans forcément beaucoup faire parler d'elle, surtout dans un département majoritairement tourné vers les bovins.

Grand écart en 2008

“En dix ans, on a assisté à une véritable restructuration de la filière en France et dans le Cantal, commente Serge Bastide, technicien de la SA Jambon. De 200 lapines en moyenne, les élevages cantaliens sont passés à 350-400 mères”. Et de fait, si le nombre d'éleveurs s'est réduit comme peau de chagrin (ils sont 14 au total dans le Cantal, 200 à peine dans le Massif central), l'effectif cantalien de mères a proportionnellement moins régressé (4 000 mères aujourd'hui recensées). “On a fait le grand écart en 2008, explique Nicolas Bardy, président du Gepacc : avec une consommation en repli de 10 % sur 2008 (- 4 % prévus sur 2009) alors que le lapin était l'une des rares viandes à voir sa consommation progresser”. Dans le même temps, le coût de l'aliment s'envole de 30 % pour atteindre 290 e / t en juillet 2008. Pourtant, les éleveurs du Gepacc ne baissent pas les bras et face à la perte de nouveaux producteurs et de volumes de production, ils décident de s'organiser pour pérenniser leur structure. “On s'est pris en main”, explique N. Bardy qui, avec un autre adhérent, se charge de la commercialisation, de la facturation et de l'ensemble de tâches inhérentes au fonctionnement du groupement. Quant au suivi technique des élevages, il est assuré par S. Bastide dans le cadre d'une convention de partenariat avec la SA Jambon. “Pour l'instant, on assure le boulot, mais ce n'est pas une fin en soi. Pour redémarrer sur de bonnes bases, il nous faudrait quelques éleveurs de plus”, conclut N. Bardy.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du Cantal

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