CETA: éleveurs et Verts dénoncent un risque de "déstabilisation" pour l'élevage bovin européen

CETA: éleveurs et Verts dénoncent un risque de "déstabilisation" pour l'élevage bovin européen

L'accord commercial CETA entre l'UE et le Canada, qui devrait être ratifié le 15 février au Parlement européen, fait planer un risque de "déstabilisation" pour l'élevage bovin et les consommateurs européens, indique une étude commanditée par des éleveurs et les écologistes européens.

"L'élevage et l'engraissement canadien sont beaucoup plus compétitifs qu'en Europe, car les animaux sont regroupés sur des exploitations gigantesques (feedlot en anglais) de 5.000 à 100.000 têtes" explique Baptiste Buczinski, économiste à l'Institut de l'Elevage, l'un des auteurs de l'étude diffusée jeudi soir par les Verts et le syndicat interprofessionnel de la viande, Interbev.

L'avantage compétitif du Canada s'illustre aussi par la concentration de la filière. Deux acteurs seulement, le groupe brésilien JBS et l'Américain Cargill se partagent l'abattage de 90% du boeuf canadien dans l'ouest du pays, souligne M. Buczinski. Face à ces géants qui abattent respectivement 8 et 4 millions de tonnes de viande bovine par an, l'Europe fait figure de nain avec le groupe néerlandais Vion et le Français Bigard qui abattent chacun un peu moins de 500.000 tonnes par an, note-t-il.

Autre problème, les vaches canadiennes peuvent consommer des protéines animales transformées (farines de poisson, de volailles ou de porc, mais pas de ruminants), alors qu'elles sont interdites dans l'alimentation animale en Europe, note-t-il. Selon l'étude intitulée "analyse de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada dans le secteur des produits animaux", réalisée par des universitaires français d'Agro Paris Tech, de l'Institut de l'Elevage et de l'Institut du Porc, l'accord va aussi accroitre le déficit commercial européen sur les oléagineux (colza ou canola) et les céréales entre les deux continents.

Conflits sanitaires à venir

Pour Aurélie Trouvé, maitre de conférence à Agro Paris Tech, le CETA est porteur de conflits sanitaires à venir, où l'Europe risque de perdre la partie. "Les éleveurs canadiens ont le droit d'utiliser la ractopamine, un activateur de croissance dopant interdit en Europe" dit-elle. "Or la présence de résidus de ractopamine dans la viande a été autorisée récemment dans le Codex alimentarius qui fixe les normes commerciales sur lesquelles se baserait l'OMC en cas de différend commercial" UE-Canada.

Idem pour l'emploi de différents stimulateurs de croissance hormonaux, utilisés au Canada, reconnus dans le chapitre 5 de l'accord CETA, alors qu'ils ne sont pas utilisés en Europe, dit-elle. Ou celui de l'acide citrique et péroxyacétique pour le traitement des carcasses.

Pour faire face aux interdits européens en matière sanitaire, le Canada développera sans doute une filière bovine sans hormones à destination du marché européen. Ce qu'ils ne faisaient pas tant que les contingents d'exportation restaient fixés à 5.000 tonnes par an. "Avec un contingent de 70.000 tonnes par an, ils auront tout intérêt à le faire, et cela va complètement déstabiliser l'élevage européen, car ces viandes entreront en concurrence avec les 400.000 tonnes d'aloyau produits par an sur le vieux continent" a souligné M. Buczinski.

Source AFP

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Commentaires 1

Bruno 02

Et dans cette filière de bœuf sans hormones, devinez ce qui arrivera sur nos étals....
La même chose qu'avec le bœuf anglais et l'ESB, que le bœuf brésilien et sa viande avariée, etc, etc...

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