CETA : la goutte qui fait déborder le tank à lait canadien

Raphaël Lecocq

Jean-Claude Poissant, secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture du Canada

Le système protecteur et rémunérateur de gestion de l’offre se fissure sous l’effet du lait diafiltré américain et des projets d’accords de libre-échange CETA et PTP. Les Producteurs de lait du Québec chiffrent l’impact global à 50 000 $ CAN par élevage.

Les arguments de la gestion de l’offre

Pour les Producteurs de lait du Québec, la gestion de l’offre et la mise en marché collective du lait assurent au consommateur un panier de produits laitiers de qualité à un prix raisonnable (1,46 $ CAN/l au Canada contre 1,69 $ CAN/l en Nouvelle-Zélande, 1,72 $ CAN/l en France et 1,27 $ CAN/l aux Etats-Unis). La gestion de l’offre garantit le revenu des producteurs à peu de frais pour l’Etat et favorise une agriculture respectueuse des ressources et des personnes et à taille humaine (68 vaches de moyenne par exploitation au Québec en 2014).

CETA : la goutte qui fait déborder le tank à lait canadien

Le 2 juin 2016, 2500 producteurs, soit un éleveur laitier canadien sur cinq, manifestaient à Ottawa, la capitale. Motif : dénoncer le détricotage du système protecteur et rémunérateur de gestion de l’offre, en vigueur depuis 45 ans, sous les coups de butoir du lait diafiltré. Le lait diafiltré est un ingrédient laitier dont la teneur en protéines atteint 16 % à 17 % contre 3 à 4 % pour le lait. L’ingrédient permet d’augmenter le rendement fromager. Et lorsqu’il provient des Etats-Unis voisins, où le lait est payé moins cher (voir encadré), en étant en prime exempté des barrières tarifaires imposées au lait, il permet de diminuer les coûts de revient du fromage, pour le plus grand bonheur des transformateurs canadiens. A l’exception du cheddar vieilli fabriqué à 100 % avec du lait de consommation, la législation canadienne autorise l’incorporation de concentré de protéine de lait, entre 5 % et 22 % selon les fromages. Un trou dans la passoire qui s’est traduit par l’importation de 32 000 t de lait diafiltré en 2015.

Une perte de 50 000 $ CAN par élevage

Les Producteurs de lait du Québec, la province la plus productrice (37 %) devant sa voisine l’Ontario (32 %), ont fait leur compte : le manque à gagner s’élève à 220 M $ CAN pour les éleveurs. Ces derniers ont par ailleurs l’impression d’être la monnaie d’échange des accords de libre-échange négociés par leur gouvernement, à savoir le CETA (UE) et le PTP (Partenariat Trans-Pacifique), dont la signature se traduirait pas un manque à gagner respectif de 150 M $ CAN et 250 M $ CAN. Ces deux accords sont en quelque sorte la goutte qui fait déborder le tank. En projection par exploitation, lait diafiltré, CETA et PTP équivaudraient à une perte de revenu annuel de 50 000 $ CAN (= 35 000 €) par élevage.

CETA : la goutte qui fait déborder le tank à lait canadien

Les Wallons au secours des Québécois ?

« Le Canada serait très déçu si le CETA n’était pas ratifié ». C’est la déclaration que Jean-Claude Poissant, secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture du Canada, avait faite le 8 juin 2016 à Ottawa, devant une délégation de journalistes agricoles français. Le 23 octobre 2016, ce qui n’était alors qu’une éventualité est en train de virer à la réalité, la Wallonie ayant bloqué le processus de ratification. Des francophones porteraient-ils secours à d’autres francophones ? C’est à voir. Une certitude : le Canada souhaite ratifier l’accord. Et si l’accord est effectivement ratifié, des compensations seront offertes aux éleveurs canadiens. « Le gouvernement canadien est déterminé à protéger les trois piliers du système que sont le contrôle de la production, le contrôle des importations et le contrôle des prix », affirmait Jean-Claude Poissant le 8 juin dernier. « Notre objectif est d’améliorer la situation des producteurs laitiers canadiens tout en veillant à moderniser l’industrie laitière canadienne, d’une importance cruciale, pour qu’elle puisse continuer à prospérer dans une économie mondiale en constante évolution ». Précision : Jean-Claude Poissant tout comme Lawrence MacAulay, ministre de l’agriculture du Canada, sont deux anciens producteurs de lait.

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Commentaires 1

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

si j'ai bien compris les producteurs de lait canadiens ont besoin du CETA pour survivre alors ils s'enffoutent de l'existence des producteurs de lait français.....

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