Christiane Lambert : “Les Français soutiennent les agriculteurs”

UAR (L'Union Agricole et Rurale) 15 .

Christiane Lambert : “Les Français soutiennent les agriculteurs”

Même si sur le front des prix, les euros ne sont pas au rendez-vous, la vice-présidente de la FNSEA estime que les actions de cet été ont suscité un énorme élan de sympathie.

L’agriculture a focalisé les médias et les esprits cet été avec un courant de sympathie de la part des Français par rapport aux revendications sur les prix portées par les éleveurs. On a l’impression que le soufflet médiatique et populaire est retombé...

Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA : “Il faut aussi savoir se réjouir quand on est syndicaliste. Les 500 actions syndicales de cet été ont été un appel au secours, en disant : “Nous n’avons plus de revenus, nous sommes mal payés, sous-considérés, stigmatisés, brocardés, avec chaque semaine une émission négative sur notre métier.” Mais finalement, les agriculteurs ont pris la parole, ont dit les choses clairement : “On veut plus de prix, moins de charges, moins de normes.” C’est un message qui a fait mouche auprès des Français. Beaucoup se sont identifiés à ce désarroi, dans la crise du moment. Ça a suscité un énorme élan de compréhension et de soutien dont l’apogée s’est traduite lors de la montée à Paris avec tous ces pouces levés pour nous dire “bravo, chapeau”... Même si ça n’a pas apporté un euro dans la poche, ces messages ont fait du bien au cœur, au moral des agriculteurs.”

Deux mois après, qu’en reste-t-il ?

C. L. : “Il en reste beaucoup : on voit des articles de presse plus positifs, des reportages avec des problématiques bien posées sur les questions de revenu, compétitivité, d’isolement, de peur de l’avenir. Les agriculteurs ont la cote et leurs témoignages sur les efforts réalisés en termes de qualité, d’origine des produits, ont été entendus. Tous les sondages qui sortent en ce moment sur l’alimentation témoignent de la confiance des Français envers le secteur : 74 % font confiance aux agriculteurs pour leur alimentation, mais seulement 34 % à l’industrie agro-alimentaire. Et à la question “êtes-vous prêts à payer des prix plus justes, la réponse est oui à + 70 %. La pédagogie de cet été porte ses fruits.”

Y compris dans la restauration hors domicile sur la provenance des produits ?

C. L. : “L’origine France est devenue un vrai critère pour les consommateurs, il y a eu une prise de conscience suite à l’action de nombreuses FDSEA qui ont pointé du doigt les pratiques de restaurants sous la responsabilité de collectivités où 70 % des produits servis étaient étrangers. Nous avons obtenu que Stéphane Le Foll publie enfin le guide des achats du manger français. Cet été, la loi Macron a aussi relevé à 25 000 € le seuil des appels d’offre par lot et la Restau’Co, la fédération des opérateurs de la RHD (restauration hors domicile), a signé une convention avec le ministre s’engageant à privilégier les produits français. Depuis, certaines villes, certains conseils territoriaux ont aussi mis clairement cette priorité. Il faut surfer sur cette volonté politique sachant que la restauration hors foyer représente 1,6 milliard de repas par an, c’est énorme. Ça ne résoudra pas tout mais ce sont des éléments qui contribueront à tenir les prix plus hauts.”

Les actions de l’été ont aussi amené des critiques ciblant spécifiquement Xavier Beulin. La FNSEA en sort-elle affaiblie ?

C. L. : “Il y a eu des attaques personnelles en direction de notre président à la fois de la part de certains politiques, qui ont eu peur d’un risque de contagion du mouvement, et d’autres syndicats. Mais cela a eu l’effet contraire : ces critiques et coups tordus ont été tellement excessifs que cela a plutôt resserré les liens dans notre réseau. Et puis Xavier Beulin a posé les bons problèmes : celui des prix, de la compétitivité, du trop plein de charges. Il l’a dit avec son charisme, en s’appuyant sur son réseau, ce qui a aussi permis au mouvement de remonter très haut...”

Christiane Lambert : “Les Français soutiennent les agriculteurs”

Comment ne pas sombrer sous les déferlantes qui, une semaine, accusent l’élevage d’être responsable du réchauffement climatique, la semaine suivante de causer des cancers...

C. L. : “Pour faire du lobbying, convaincre et rallier, il ne faut pas pleurer, il faut être offensif ! Nous avons de nombreux alliés, sur des sujets différents. Nous travaillons ainsi de plus en plus avec les autres organisations patronales - CGPME, UPA, Medef - avec lesquelles nous faisons cause commune pour faire diminuer les normes. Nous sensibilisons aussi les parlementaires, notamment ruraux, car avant d’être promulguées, ces lois, ces normes, sont votées par les élus. D’ailleurs, je rappelle que le Grenelle de l’environnement a été voté par les représentants de tous les partis politiques...  De plus en plus aussi, nous travaillons avec des nutritionnistes, des cuisiniers qui en ont assez du “french bashing(1)”. Notre pays est celui de la bonne bouffe, le repas gastronomique à la française est classé au patrimoine de l’Unesco alors qu’on a l’impression qu’à chaque fois, on va s’empoisonner en mangeant ! Certains médias commencent aussi à trouver que l’anti-FNSEA, l’anti-agriculteurs, va trop loin. Si Yves Calvi, comme BFM business nous invitent régulièrement dans leurs émissions, c’est qu’ils ont compris qu’on est un vrai secteur économique. On arrive aussi aujourd’hui à travailler avec des ONG(2) sur certains sujets, à trouver des alliés dans les think thank qui ont vu qu’avec une association comme Solaal, créée par Jean-Michel Lemétayer (NDLR : ancien président de la FNSEA) pour lutter contre le gaspillage alimentaire, on était à la pointe mais aussi source de solutions sur pas mal de sujets.”

(1) Autodénigrement anti-français.

(2) Organisations non gouvernementales.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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Commentaires 1

AIGLE201

" des prix plus justes ", donc plus chers: oui à + 70%, mais à la caisse il y a sûrement un 0 de trop au %.

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