Chronique d'une transition écologique

Yannick Groult

Chronique d'une transition écologique

Semis direct, diagnostic énergétique, panneaux photovoltaïques… Petit à petit, laurent Poirier réduit l’impact environnemental de sa ferme céréalière de 185 ha. un chemin éprouvant, fait de satisfactions et de difficultés.

Des champs de blé ou de colza de 30 hectares, un tracteur de 200 chevaux quasi neuf, des semoirs rangés sous un hangar… La ferme de Laurent Poirier, à 30 kilomètres de Bourges, ressemble à une exploitation céréalière comme les autres. rien n’indique qu’une petite révolution écologique s’y déroule en silence. Une démarche née au départ d’un besoin économique. « Mon objectif était de réduire mon coût de production », affirme ce berrichon de 32 ans.

Le 1er janvier 2008, Laurent reprend l’exploitation familiale. 185 hectares de terres argileuses où il cultive blé, orge d’hiver, colza, tournesol et maïs. Depuis 2009, il y expérimente le semis direct sous couvert. Une technique qu’il a découverte avant son installation, alors qu’il gérait une entreprise de travaux agricoles. «Pendant quatre ans, j’ai exploité à façon une ferme de 100 ha. Le voisin travaillait en semis direct depuis plusieurs années, ça m’a interpellé. » La graine du changement était semée. Mais elle ne germe véritablement qu’en 2009, après l’effondrement du prix du blé « jusqu’à 70€ la tonne». Par rapport à 2007, année de flambée des cours, Laurent perd 100000€ de chiffre d’affaires. Son exploitation en porte encore les traces.

Semis direct : un apprentissage long

Dans un premier temps, Laurent lance son essai sur 20ha, puis sur 60. Le principe? Supprimer le labour (voire tout travail du sol) et implanter un couvert végétal entre les cultures. Cette pratique permet d’économiser du carburant et de « réduire le tassement des sols ». « Le travail du sol se fait par les plantes et les lombrics », résume le céréalier. Une idée que tous les agriculteurs ne sont pas prêts à entendre. Mais le jeune céréalier est prêt au changement, conscient que « la demande de la société n’est plus la même ». Même s’il n’aime pas s’en vanter, son parcours lui a ouvert les yeux sur d’autres secteurs que l’agriculture : il a été pion, serveur, animateur commercial…

Trois ans après le début de son expérience, le résultat est-il probant ? « Non. Pour le moment, c’est un investissement », tranche Laurent. Sans matériel spécialisé pour le semis direct, il doit sous-traiter cette opération à un autre agriculteur. Ce surcoût de 62€ par ha grève la rentabilité de ces parcelles, sachant que les rendements y sont plus aléatoires que dans les champs labourés. «Après la récolte 2010, j’ai implanté de l’orge d’hiver derrière un couvert. J’ai fait 50 quintaux, contre 65 dans les parcelles labourées, a-t-il calculé. C’est là que je me suis rendu compte que j’avais encore besoin d’apprentissage.» La leçon qu’il a tiré de cet échec ? «Il faut semer le couvert tôt et, surtout être très rigoureux.» Le céréalier n’a pas encore testé de cultures de printemps, plus délicates à mener en non labour : «Mes sols ne sont pas encore assez réactifs, je dois attendre 3 ou 4 ans.»

Trop d’investissements freine le changement

Acheter un semoir spécialisé lui permettrait de réduire ses coûts. Mais Laurent s’avoue « suréquipé ». Quand je me suis installé, j’ai racheté tout le matériel de mes parents », explique-t-il. Ses seuls outils partagés ? Un semoir en copropriété et un autre en Cuma. Charrue, pulvérisateur, remorques, tracteurs, moissonneuse-batteuse… Tout le reste lui appartient. «A quoi bon avoir autant de matériel pour s’en servir quelques jours dans l’année ? », s’interroge celui qui veut développer la copropriété.

En 2010, il a réinvesti, dans des panneaux photovoltaïques cette fois. Depuis son installation, le jeune agriculteur a emprunté en tout 480000€. « Pendant les premières années, c’est difficile pour les jeunes installés de changer de système », résume Laurent. « Les nouveaux agriculteurs ont pris conscience qu’il faut s’adapter. La question, c’est comment leur en donner les moyens?» Lui espère avoir plus de marges de manœuvre à partir de 2015, une fois une bonne partie des emprunts remboursés.

Autre facteur qui ne facilite pas la transition : « En céréales, quand je fais un choix, j’observe le résultat un an et demi après sur le bilan comptable. »

La ferme idéale de laurent

Heureusement, Laurent a déjà franchi une étape cruciale : changer de regard sur son métier. « Mon but n’est pas de faire un maximum de quintaux, mais de voir comment être rentable. » Un travail qu’il a commencé dès 2007, en réalisant un diagnostic énergétique et gaz à effet de serre sur son exploitation. Cette méthode, baptisée Planète a montré que «mon exploitation captait plus de gaz à effet de serre qu’elle n’en rejetait ».

La ferme de Laurent est située en zone vulnérable pour les nitrates. Le non-labour a transformé « cette contrainte en atout », explique-t-il. Cette pratique « repose la question de l’agronomie et de la biodiversité ». C’est par ce biais que Laurent en est venu à envisager de replanter des haies sur son exploitation. «Avec des rotations courtes pour produire des copeaux, leur entretien rapportera de l’argent au lieu de m’en coûter. »

Dans la ferme idéale de Laurent, il aura étendu son expérience à toutes ses terres. Avec des haies délimitant des parcelles de 10 à 15 ha, il espère « pouvoir se passer d’insecticides ». Il valorisera ses terres les plus ingrates avec des chênes truffiers ou « en installant un jeune sur un projet de poulailler ». Il construira un bâtiment de stockage pour mieux gérer sa commercialisation. Autant de projets qui se basent sur sa surface actuelle, car il n’a « pas besoin de plus de terres. » Cet idéal, « j’en suis encore loin », soupire Laurent. Le changement demande aussi de la patience.

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