Cinq mois de pluie et des problèmes en cascade

Catherine Perrot

Patrice Hurtaud arpente sa parcelle de colza semée en septembre dernier. Les plants ont souffert de l’eau et de la concurrence des adventices.
Patrice Hurtaud arpente sa parcelle de colza semée en septembre dernier. Les plants ont souffert de l’eau et de la concurrence des adventices.

La pluie qui tombe en abondance depuis le mois d’octobre 2012 a de nombreuses conséquences sur les exploitations de polyculture-élevage. Exemple chez Patrice Hurtaud, du Gaec de l’Oasis, à Grandchamp des Fontaines.

Ça aurait dû être une belle parcelle de colza. Mais en ce mois de février 2013, ça ressemble plutôt à une prai-        rie cageuse, avec des ruisseaux coulants dans les ornières laissées par les roues du tracteur. Des plants de colza, il n’y en a plus beaucoup : les quelques têtes qui émergent de l’herbe n’ont pas belle allure : « Ils sont violacés, ce n’est pas leur couleur normale ! », confie Patrice Hurtaud, l’agriculteur qui les a semés en septembre dernier.
Sur cette parcelle non drainée, ces colzas ont en effet souffert de l’excès d’eau, qui les a privés d’oxygène. Ils ont en plus subi la concurrence des mauvaises herbes, puisque la parcelle n’a pas pu être désherbée après l’implantation. Pour eux, il n’y aura pas de quartier : ils seront retournés dès que les conditions le permettront, pour laisser place à du maïs.
Au Gaec de l’Oasis, à Grandchamp des Fontaines, l’exploitation dans laquelle Patrice Hurtaud est associé(1), ce maïs saura trouver un bon usage, avec le troupeau de vaches laitières Prim’Holstein et brunes (750 000 litres de lait). Et des prairies qui devaient être retournées au printemps vont sans doute faire une saison de plus, « puisque nous aurons suffisamment de surfaces en maïs ».
Dans ce cas, ce sont les finances qui en prennent un coup : « Finalement, heureusement que nous n’avions pas fait trop de frais sur ce colza, en ne désherbant pas ! », et bien sûr, la rotation prévue est perturbée.

Le drainage améliore mais ne fait pas de miracles

Patrice Hurtaud estime cependant avoir fait partie des chanceux qui ont pu récolter leur maïs grain à l’automne dernier, avec une moissonneuse-batteuse classique, et sans trop de dégâts occasionnés aux terres. « C’était des terres drainées ; ça a tassé un peu, mais c’était supportable. »
Chez un voisin, en terres non drainées, le maïs a dû être récolté avec des chenilles. Et la récolte a laissé des traces considérables : impossible d’y implanter du blé par la suite ! « Ce sera sans doute du maïs au printemps… Mais une terre abîmée à ce point va mettre plusieurs années pour se rétablir ! »
Patrice Hurtaud a pu semer une partie de ses céréales, notamment parce qu’environ la moitié de ses hectares de cultures sont drainés. « On a quand même dû laisser des bouts de parcelles et les terres non drainées. On y mettra du maïs, ou du tournesol. »
Cependant, en ce mois de février, les blé et triticales qui ont été semés « ne sont pas terribles ». « Nos terres sont hydromorphes, même drainées, elles ont du mal ! » confie Patrice Hurtaud. « Il y en 50 % de réussies ; et 50 % qui sont gorgées d’eau. Les sols sont asphyxiés, les terrains se salissent et on ne peut pas y aller ! »

La paille va manquer

L’exploitation sait déjà qu’elle aura à faire face à un déficit de céréales : « On va manquer de paille, ce sera notre principal problème. On pourrait envisager de mettre de l’orge de printemps sur certaines parcelles, nous avons jusqu’à fin février pour le faire, mais cela ne donnera pas beaucoup de paille. » Le Gaec avait anticipé ce problème : depuis deux mois déjà, il avait réservé de la paille auprès de collègues céréaliers. Celle-ci vient d’être livrée.
La consommation de paille risque en effet d’être élevée cet hiver, tout comme celle des stocks fourragers. Les animaux sont rentrés tôt en bâtiments, et ne sont sans doute pas prêts de sortir, vu l’état des prairies : « On n’a pas pu faire pâturer tard à l’automne et on ne pourra pas non plus sortir les animaux tôt ! Il y a de l’herbe sur les prairies, mais on ne peut pas y aller ! »
« Autant de pluie, sur une aussi longue période, on n’avait jamais vu cela ! » Patrice Hurtaud est certes un jeune installé, mais son cédant, qui continue à suivre la marche de son ancienne exploitation, le lui confirme : « 200 mm en octobre, 94 en novembre, 160 en décembre, 103 en janvier et déjà 78 au 11 février : c’est énorme ! Surtout qu’il n’y a quasiment pas eu de répit pour les plantes ! »
Cet hiver doux et pluvieux a encore d’autres conséquences négatives : Patrice Hurtaud évoque ainsi le cas des couverts hivernaux gélifs, qui risquent de ne pas geler, et surtout, le problème des fosses à lisiers pleines, avec la pluie. Le Gaec de l’Oasis n’a pas trop de soucis, car il dispose d’un système d’épandage des effluents peu chargés (BTS et tuyau perforé), mais pour de nombreux voisins éleveurs, le problème devient très sérieux. « On risque d’abîmer les sols juste pour pouvoir vider les fosses. »
Comble de malchance, sur des parcelles de céréales déjà très pénalisées, des colonies de vanneaux huppés et d’alouettes ont décidé de s’installer cet hiver. « C’est la première année que nous en avons autant. Ils font des dégâts par le piétinement, et on ne parvient pas à les faire partir ! On n’avait vraiment pas besoin de ça ! »

(1)Samuel Cadiou et Bruno Civel.

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