Circuits courts : un « décodage » s’impose pour les consommateurs

Lise Monteillet

Circuits courts : un « décodage » s’impose pour les consommateurs

« Et si on mangeait local ? » Tel est le titre d’un livre qui vient d’être édité aux éditions Quae et qui prétend faire toute la lumière sur les circuits courts. Il a été rédigé par le journaliste Patrick Philipon, en concertation avec deux chercheurs de l’Inra.

Un renouveau pour l’agriculture du milieu ?

À défaut d’être la seule solution à la crise, les circuits courts sont « une piste » à explorer, selon Yuna Chiffoleau. « Il faut sauver cette agriculture du milieu, trop petite pour être compétitive et trop grande pour s’insérer légitimement dans les circuits courts », alerte-t-elle. Ces exploitations pourraient fournir la restauration collective, en quête de volumes trop conséquents pour s’approvisionner auprès de petits producteurs. 

L’ouvrage s’adresse aux consommateurs désireux de tenter l’aventure du « manger local ». Il retrace la diversité des circuits courts, explique pourquoi ce mode de commercialisation se développe et évalue ses performances. Il répond à des questions très pratiques : où trouver ces produits ? Sont-ils plus chers, de meilleur goût ? Quel est leur impact environnemental ?

« Un laboratoire d’innovations »

Le poids économique des circuits courts reste difficile à évaluer car ils sont très divers. Selon la définition officielle, ces circuits ne tolèrent qu’un intermédiaire, au maximum, entre le producteur et le consommateur. Mais ces produits peuvent tout aussi bien être vendus à la ferme, dans un magasin de producteur, sur Internet, en GMS ou être destinés à la restauration collective. Tous les circuits courts ne sont donc pas locaux….

En 2017, une exploitation agricole sur cinq serait concernée par les circuits courts. Le profil des acheteurs, lui, se diversifie. Au-delà des « bobos », les circuits courts attirent les jeunes ainsi qu’un nombre croissant d’employés et d’ouvriers.

« Pour nous, les circuits courts ne sont pas un nouveau dogme qui aurait vocation à remplacer les circuits longs », explique Yuna Chiffoleau, agronome et sociologue à l’Inra. Ils constituent « un laboratoire d’innovations » à étudier. Depuis 2015, un réseau mixte technologique (RMT) « alimentation locale » regroupe à cet effet une quarantaine d’organisations.  

Le transport : point noir des circuits courts

Les circuits courts sont-ils plus vertueux ? Ils permettent de maintenir de l’emploi en ruralité et favorisent grandement l’installation de nouveaux agriculteurs.

Du point de vue environnemental, la question est ouverte. Selon les auteurs de l’ouvrage, le passage en circuits courts s’accompagne très souvent d’une démarche d’amélioration des pratiques en faveur de l’environnement. « La tendance est donc favorable », estime Yuna Chiffoleau. « Mais certains producteurs, débordés par la multiplication des tâches, peuvent en venir à supprimer des traitements, ce qui peut engendrer des risques sanitaires », nuance-t-elle.

La logistique reste le point noir des circuits courts. Une étude allemande a révélé que de la viande d’agneau de Nouvelle-Zélande ayant parcouru plus de 20 000 km a un meilleur bilan carbone que la viande locale transportée par camionnette…

Plateformes d’achat : des succès et des échecs

Afin de mettre en relation acheteurs et vendeurs, de nombreuses plateformes ont fleuri sur Internet. « Certaines fonctionnent bien, d’autres sont plus fragiles » constate Frédéric Wallet, économiste à l’Inra. Toute la difficulté est de parvenir à traiter un volume suffisant de matière. « On sait que certaines plateformes ne tiendraient pas si les acteurs publics qui la soutiennent venaient à se retirer », précise l’économiste.

L’idée de « drive fermiers » montre aussi ses limites. Selon les spécialistes de l’Inra, certains consommateurs délaisseraient ces points de vente « hybrides » pour revenir vers des formes plus traditionnelles de circuits courts, offrant davantage de convivialité.

De même, les produits locaux vendus en supermarché ne rencontreraient pas le succès escompté. « Ces rayons ne sont pas viables, ils sont présents pour une question d’image et de réputation des grandes surfaces. Mais ils ne répondent pas complètement aux attentes des consommateurs », explique Yuna Chiffoleau.

« Un sursaut citoyen » pour Nicolas Hulot

Il n’empêche que le développement des circuits courts représente « un sursaut citoyen », rappelle Nicolas Hulot, qui a préfacé ce livre en tant que président de la fondation pour la nature et l’homme. « La multiplicité des formes que prend le manger local est une preuve de la créativité présente dans les territoires et de l’appropriation par les acteurs agricoles de ce besoin, déclare le ministre de la Transition écologique. On ne peut que s’en réjouir, sans oublier toutefois que l’enjeu n’est pas de choisir le local au détriment de la qualité. Les deux vont de pair car l’agriculture doit répondre aux besoins alimentaires locaux tout en se tournant vers l’agroécologie ». 

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Commentaires 3

COEUR8898

Si la ferme est proche d'une ville, dans une région peuplée, proche d’accès routiers, limité en surface pourquoi pas.
Il faut savoir que tous les marchés sont en déperdition, que les foires/salons/marchés terroirs du terroir ne sont plus que des vitrines pour badauds en manque d'animation et cherchant à se divertir les jambes et montrer à leurs gosses ce qu'est un marché de producteur.
Les gens déclarent vouloir : des aliments de qualité, du coin, frais etc...
Mais, quand ils voient les prix, les contraintes de faire le marché (pas de parking, pas de chariot...), ils préfèrent retourner au supermarché

fairytales

Merci utopie ton témoignage est véridique , a l heure çe n est pas cher payé

Utopie

Pourquoi pas sur des petites surfaces et bien situées ! mais attention ! combien d'heures de travail ? Quel revenu net ?....... Nous on a fait de la vente directe il y a 20 ans : marché, vente aux CE d entreprises, dans des restos.... il faut vendre cher pour se rémunérer correctement ! et être jeune pour des heures et des heures, en + des travaux physiques.... Essayez !

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