Coccidiose : Les espèces mineures trinquent

Pascal Le Douarin

L'interdiction progressive pour les espèces mineures de l'usage des produits anticoccidiens dans l'alimentation a changé la donne sanitaire. Vétérinaires et éleveurs doivent s'adapter.

La coccidiose est une maladie parasitaire bien connue. Son impact économique global est important, mais difficile à chiffrer. En 1999, Williams évoquait plus de deux milliards de dollars de perte au niveau mondial.
Des moyens de lutte préventive existent avec des produits anticoccidiens utilisés à titre préventif. Ces substances chimiques inhibent le développement du parasite au sein même de l'organisme. Plus récemment sont apparus des vaccins vivants.
Tout devrait donc aller pour le mieux dans les élevages de volailles, mais en matière de prévention, « tout le monde n'est pas logé à la même enseigne » résume Jean-Michel Repérant, parasitologue à l'Afssa de Ploufragan. Les vaccins vivants ne sont disponibles que pour l'espèce Gallus et les coccidiostatiques ne sont plus destinés qu'au poulet (espèce Gallus) et à la dinde.

Orphelines de coccidiostatiques, les fillières mineures essaient de compenser par la vigilance et la biosécurité. (P. Le Douarin)

Orphelines de coccidiostatiques, les fillières mineures essaient de compenser par la vigilance et la biosécurité. (P. Le Douarin)

En dehors du poulet et de la dinde, point de salut

Pour les espèces dites « mineures » : pintade, canard, caille, pigeon et gibier (faisan et perdrix), « c'est le néant » ajoute le chercheur. Depuis le début des années 2000, l'arsenal préventif a progressivement disparu. La dernière dérogation concernant le gibier d'élevage est tombée fin 2008. Il leur reste les traitements médicamenteux curatifs, sous prescription vétérinaire.
Cette situation paradoxale résulte de l'évolution de la réglementation européenne sur les additifs alimentaires. Afin de simplifier et d'harmoniser, en 2003 l'Union européenne a changé les règles d'évaluation et d'autorisation de mise en marché. L'emploi d'un anticoccidien est autorisé espèce par espèce, après avoir fourni les preuves d'efficacité, d'inocuité et de sécurité. Défendre un dossier coûte donc très cher. Les laboratoires pharmaceutiques ont d'abord préservé les marchés lourds que sont le poulet et la dinde. Onze molécules sont autorisées (dont 5 en dinde). Les filières des espèces mineures essaient donc de maîtriser la coccidiose sans les coccidiostatiques. En canard mulard élevé en plein air et en pintade les professionnels doivent désormais apprendre à vivre avec la coccidiose, savoir la reconnaître, l'anticiper, pour réagir au plus vite. Depuis l'an dernier la situation des élevages de faisans, et particulièrement de perdrix, est difficile. Avec l'arrêt des coccidiostatiques, les cas de coccidiose sont plus aigus. La maladie a changé de niveau d'expression, reconnaît le vétérinaire Xavier Chatenet. Cette filière s'est techniquement construite avec les anticoccidiens. Sans eux, elle doit réviser son modèle.

Que réserve l'avenir ? Deux laboratoires s'intéressent à nouveau aux espèces mineures. Un premier dossier est en cours d'évaluation scientifique européenne avec un produit déjà employé en Gallus et dinde. Il concerne le gibier, la caille, la pintade, mais pas le canard. L'avis positif est espéré pour le second semestre. Un second dossier, spécifique à la pintade, a été récemment déposé. En attendant leur sortie éventuelle, trois mots sont d'actualité : biosécurité renforcée, vigilance et réactivité.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Aviculture d'avril 2010. (RV n°155, p. 12 à 19)

Source Réussir Aviculture Avril 2010

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