Comme un parfum de Lavande

JA Mag

Comme un parfum de Lavande

A quoi ressemblerait la Provence sans la lavande ? Maxime Méjean, producteur drômois, cultive, distille et vend la précieuse fleur mauve. visite guidée.

La France perd sa place de premier producteur mondial

Comme un parfum de Lavande

85 tonnes en 2005, seulement 30 en 2011. Ces dernières années, la production française d’huile essentielle de lavande s’est effondrée. La sécheresse de 2003 a affaibli les cultures et favorisé les attaques de cicadelles. Malgré une hausse historique des prix, les producteurs ne s’en sont pas encore remis. A tel point que la Bulgarie a ravi à l’Hexagone sa place de leader mondial en distillant l’année dernière 45 t d’huile essentielle.

Avec 15 t chacune, la Chine et l’Ukraine se mettent aussi à concurrencer la lavande made in France. Producteur dans la Drôme, Maxime Méjean reste pourtant confiant. « Les pays de l’Est sont capables d’inonder le marché, mais pas de manière durable, affirme-t-il. Les industriels veulent un approvisionnement sûr et ils savent que les Français sont capables de le fournir. » En lavandin par contre, la suprématie de la production française est incontestée. Pour Maxime Méjean, « notre principal concurrent, ce sont les arômes de synthèse ». Un argument qui sert aux industriels pour réclamer des baisses de prix.

Chamaloc, au coeur de la Drôme. Le Vercors offre aux visiteurs une trilogie de couleurs éclatantes. Le bleu azur du ciel sans nuage, le vert profond des forêts accrochées aux montagnes… et quelques carrés mauves aux stries bien régulières : la lavande, culture emblématique de la provence. Le massif du Vercors marque la frontière nord de la zone française de production. C’est ici que Maxime Méjean cultive une trentaine d’ha de lavande et de lavandin avec ses associés Alain et Cécile Aubanel.

Issu d’une famille non agricole, il est arrivé comme salarié au Gaec des quatre vallées en 1992. Depuis, ce passionné de la lavande n’a jamais quitté l’exploitation, dans laquelle il a pris des parts en 2002. Outre un troupeau caprin, leur ferme compte 3ha de lavande et 25 de lavandin.

Pas une, mais des lavandes

Car il n’y a pas une, mais des lavandes. La lavande vraie, ou lavande de montagne, « pousse naturellement au-dessus de 400m d’altitude, précise Maxime. Les Romains connaissaient déjà son parfum et ses propriétés antiseptiques et calmantes. » Elle est cultivée sous deux formes : clonale ou lavande fine. Aussi appelée population, c’est un mélange naturel de plusieurs variétés : il en existe 500 à l’état sauvage, ce qui crée « un effet terroir», souligne le cultivateur. La lavande a une cousine des plaines, l’aspic, qui s’épanouit dans la vallée du Rhône. Le croisement naturel de la lavande de montagne et de l’aspic a donné le lavandin, un hybride, stérile mais productif. Il est utilisé dans les lessives. De son côté, l’huile essentielle de lavande est destinée aux parfums, cosmétiques et à l’aromathérapie.

Comment les cultive-t-il ? «Une bonne année à blé, c’est une bonne année à lavande », résume Maxime Méjean. A la différence que lavande et lavandin occupent leur parcelle pendant dix ans. Le renouvellement s’effectue à partir des graines (lavande fine) ou par bouturage (lavande clonale et lavandin). Le travail de l’année commence en mars avec un traitement insecticide. Un mois après, les cultivateurs appliquent les déchets de distillation compostés en fumure de fond. Un procédé qui permet de diviser l’apport d’engrais par deux.

Quotas fixés par l’interprofession

Maxime accorde une attention particulière au désherbage, mécanique entre les rangs (binage) et chimique sur les rangs. Mais, pour le jeune agriculteur, « les véritables fléaux de la lavande, ce sont deux insectes : la cécydomyie et la cicadelle. » La larve de la première s’attaque au lavandin et « peut détruire une plantation en trois, quatre ans ». La seconde transmet une bactérie qui fait dépérir la lavande en rétrécissant les canaux de transport de la sève. Face à la cicadelle, les producteurs ne peuvent pas utiliser d’insecticides car « les vols se déroulent en même temps que ceux des abeilles ». Favorisées par les sécheresses, ces attaques ont fait perdre à la France sa place de premier producteur mondial (lire ci-contre).

L’hexagone reste toutefois le leader mondial en huile essentielle de lavandin. La production, 1000 à 1 200t, est exportée dans sa quasi-totalité. Les clients ? Une poignée de géants mondiaux de la lessive comme Unilever et Colgate-palmolive. La lavande suit un modèle économique à l’opposé : la France a produit 30t d’huile essentielle de lavande en 2011, vendues à une myriade d’acheteurs. « Les parfumeurs font la pluie et le beau temps sur le marché », constate Maxime.

« Nous faisons notre meilleure marge sur la lavande », confie-t-il tout le même. Distillée et commercialisée à la ferme, l’huile essentielle de lavande est vendue plus de 100€ le kilo. C’est cinq ou six fois plus que le lavandin. L’interprofession (le Comité interprofessionnel des huiles essentielles françaises, qui réunit acheteurs et producteurs) régule le marché en fixant des quotas de production.

Comme un parfum de Lavande

Distillation et vente directe

Au Gaec des quatre vallées, la transformation et la vente directe sont pratiquées depuis longtemps. Dans cette région appréciée des touristes, Maxime travaille avec les campings locaux. En juillet et août, la période de récolte, les curieux se succèdent toute la journée, attirés par l’odeur délicate de la lavande fraîchement coupée. Avant de passer à la boutique, l’agriculteur leur fait visiter la distillerie. La distillation doit intervenir «au plus tard 24h après la récolte». Une urgence due au procédé de récolte “en vert broyé”. Ramassé et broyé avec une ensileuse à maïs modifiée, le lavandin peut fermenter s’il n’est pas transformé rapidement. En 1994, le Gaec fut parmi les premiers à choisir cette méthode plus pratique. Finie la manutention: la distillation est réalisée directement dans le caisson qui sert à collecter la récolte en bout de champ. La lavande de son côté, doit toujours être séchée avant distillation. Fonctionnant au fioul ou au gaz naturel, la chaudière envoie de la vapeur sous haute pression qui entraîne avec elle les huiles essentielles. Ce mélange gazeux se condense dans un serpentin plongé dans l’eau froide. La précieuse huile, plus légère que l’eau, est enfin récupérée dans un essencier. Avec des rendements très variables selon le type de culture : 20 kilos par ha pour la lavande fine, 60 pour la clonale, entre 100 et 150 pour le lavandin. Il faudra encore qu’elles passent dans de nombreuses mains avant de ravir les narines sous forme de savons, de lessives ou de parfums.

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