Commission des comptes : « un portrait très sombre de l’agriculture » (APCA)

Lise Monteillet

Commission des comptes : « un portrait très sombre de l’agriculture » (APCA)

« Les résultats publiés par la Commission des comptes de l’agriculture sont catastrophiques », alertent les chambres d’agriculture. Un constat partagé par l’ensemble des organisations agricoles.

« La crise se confirme » selon l’APCA

En 2016, la valeur ajoutée brute du secteur agricole a reculé de 8,4%, succédant à une croissance de 4,6% en 2015, souligne l’APCA. Ce recul se répercute sur l’excédent brut d’exploitation, lequel diminue de près de –12% sur un an.
À noter une baisse des productions végétales de près de 9% en volume et une moindre diminution des productions animales (–0,9% en volume). 

Autre signal négatif : le recul de l’investissement productif. « La baisse, enclenchée en 2013, semble se poursuivre en 2016 (–2,8%). C’est l’investissement en biens non agricoles (matériel et bâtiments) qui se détériore le plus. Les immatriculations de tracteurs et de moissonneuses reculent de –9% et marquent un palier par rapport aux années précédentes », note l’APCA. « Enfin, le commerce extérieur est en souffrance. En 2016, les échanges de produits agricoles ont enregistré une nette dégradation, passant de +3,3 à +1,2 milliard d’€ », s’inquiète l'organisme.  

« Les chiffres publiés par la Commission des comptes de l’agriculture nationale le jeudi 6 juillet 2017 tracent un portrait très sombre de l’agriculture française », indique l’Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) dans une note d’analyse. Celle-ci observe une baisse des résultats, un recul des investissements, ainsi qu’une érosion de l’excédent du commerce extérieur agroalimentaire français, qui passe de plus de 9 milliards d’€ en 2015 à 5,9 en 2016.

L’APCA appelle les pouvoirs publics nationaux et européens à réagir face au net recul de la valeur ajoutée brute du secteur agricole (-8,4 % en 2016). « Brexit, PAC 2020, la réflexion doit activement s’engager pour redresser une situation agricole qui ne cesse de se détériorer », déclare l’organisme.  

Stéphane Travert veut amorcer une "phase de reconquête"

Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture, « n’entend pas masquer la gravité de la dégradation globale de la santé de l’Agriculture avec un résultat net par actif en baisse de près de 22 % par rapport à 2015 et une perte de richesse globale (valeur brute de la branche agricole) en chute de  8,4 % par rapport à 2015 ».

Dans un communiqué, celui-ci annonce «une phase de reconquête » lors des cinq prochaines années : « la création et la répartition de la valeur, le soutien indéfectible aux jeunes agriculteurs, une stratégie d’investissements ambitieuse qui transformera nos filières, une attention constante portée aux plus fragiles, ainsi que le maintien d’un haut niveau de sécurité sanitaire et de protection du consommateur ».

Les États généraux très attendus

Les Chambres d’agriculture souhaitent également que les prochains États généraux de l’alimentation soient l’occasion « de réexaminer les conditions du partage des valeurs ajoutées déjà créées ».  Tout comme la FNSEA qui insiste pour que « le chantier de la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire » soit « un enjeu prioritaire », comme s’y était engagé Emmanuel Macron le 9 juin dernier. « Il est urgent de payer le juste prix aux agriculteurs ! » écrit le syndicat dans un communiqué. « La Ferme France enregistre une perte de production de 4,9 milliards d’euros par rapport à 2015, ajoute la FNSEA. Dans un contexte global où l’économie française reprend de la vigueur, ce résultat interpelle ».

La FNSEA ne veut pas oublier les agriculteurs en difficulté

Dans l’immédiat, la FNSEA souhaite poursuivre le plan de consolidation et de refinancement des exploitations agricoles mis en place par le précédent gouvernement. « L’accompagnement des exploitations en difficulté constitue plus que jamais une priorité. Le diagnostic financier et économique initié par certaines régions pour identifier les solutions adaptées à la poursuite de leur activité doit être généralisé à l’ensemble du territoire », souhaite la FNSEA. 

« Annus horribilis » pour la Coordination rurale

L’organisation des producteurs de grains (OPG) de la Coordination rurale a, elle aussi, réagi à la publication des Comptes provisoires de l’agriculture. « 2016, annus horribilis pour les agriculteurs français », s’exclame-t-elle. « Les aides ne suffisent plus, et du fait de leur complexité, l’État n’est même plus capable de respecter les échéanciers de versements ! Face à l’évidence de ce constat, la PAC doit être réformée en profondeur avec des prix agricoles couvrant les charges via une exception agricole dans les accords commerciaux », explique Nicolas Jaquet, président de l’OPG. La section viande de la CR propose l'arrêt des négociations sur les accords de libre-échange, le découplage des aides bovines, la révision du droit de la concurrence, la maîtrise des volumes ou encore la segmentation des marchés.

Une crise décuplée par les retards de paiement

« Ce qui est inquiétant, c’est la chute du résultat net par actif, de l’ordre de 21,9 %. C’est sans compter le fait que ce résultat prend en compte les subventions dues et non les subventions versées. La réalité est donc d’autant plus effarante quand on connaît les retards de paiement », réagit enfin la Confédération paysanne.

Si elle salue le travail réalisé sur les petites fermes, la Confédération paysanne appelle aussi à une amélioration de la connaissance des revenus agricoles, en mettant à disposition  « lors de la prochaine réunion de la commission des comptes de l’agriculture, des données par secteur de production, par département et par taille d’exploitation, afin d’avoir un paysage économique de l’agriculture française le plus précis possible».

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Commentaires 18

elevaub12

Le résultat de tout cela est du a une politique mise en place par l'Europe et les citoyens consommateurs qui ont vote des politiques qui ont mis lAgriculture dans cette situation depuis les années 70 . On a voulu nourrir pas cher donc on a provoqué la surproduction et on a calme les réfractaires en promettant des subventions qui ne couvrent pas les charges et les normes aberrantes et on a gardé le forfait agricole afin de limiter les charges sociales avec des retraites de misère aujourd'hui !! Le consommateur citoyen est coupable de cela . Et demain il n'y aura plus d'agriculture mais on achètera plus cher l'alimentation dans d'autres pays sans les mêmes normes !!

PàgraT

A @fred Les coops sont cadenassées depuis bien longtemps; elles ont créé des filiales, écartent rapidement les râleurs. C'est l'ensemble des structures crées par les agriculteurs qui a été investi par la technocratie et qui vit bien à nos dépens et joue même contre nous. Ex: doses IA bien françaises top niveau qui partent à l'étranger et reviennent chez nous à trois fois moins cher. Déjà dans les années 80 les coops et leurs administrateurs rêvaient d'intégration, but toujours présent mais inavoué : mainmise sur les exploitations en difficultés, pression politique pour investir dans le foncier... Comme salut je pense comme vous , c'est bien malheureux mais c'est la guerre commerciale! Coop ou privé ça n'a plus d'importance!

@fred

Ca ressemble au discours du syndicat , produire polluer peu importe le reste
Mais sinon une partie du constat est juste , mais bon les paysans devraient s intéresser à leur Coop de pres surtout au comptes aux salaires aux avantages.... Ici un type qui s occupe d un silo est payé 2000 euros par mois hors week end , séjour offert par la Coop etc... Alors on imagine les cadres etc....
Moi en investissant dans mon stockage je gagne des ronds par rapport à la Coop, groupement d achat je gagne 17 €/ha sur de l archipel par rapport à la Coop , soyons réaliste les Coop st inefficace mal gérée , et trop grasse d administratif

bernichot

merci les médias et les bureaucrates de nos administrations (extrémistes écolos ) !
De toute façon, les agriculteurs sont enfermés dans une prison à cause de la sur règlementation ( elle freine d'ailleurs le développement dans tous les domaines ) et je ne sais pas qui trouvera la clé.

fred

an quelques années, les coop les négoces sont passés de 15€ à 25€ (la base) sur la tonne de blé. les gms créent des sociétés "écrans" qui masquent leur vrai marge. Les grosses fermes tournent parce que l'ancien retraité bosse comme avant, ; cela fausse la course aux hectares que la société s'empresse de spolié le gain de productivité. Mr Macron doit se bouger le c.. pour l'agriculture, remettre Mr Hulot à sa place, faire taire les ong, la minorité insignifiante de france nature environnement.Nos députés européens doivent défendre l'agriculture française; stop à la réglementation à la c.. (cf les sie).
le piège est le narcissisme franco français de croire que seule la france fait de la qualité.

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