Compétitivité : L'agriculture française en train de décrocher

La France dans le peloton de queue des pays européens en terme de compétitivité de ses productions agricoles. Un constat qui inquiète au-delà des seuls acteurs des filières.

Coup de semonce ? Alors que la compétitivité de l'agriculture française fait l'objet de multiples discussions, les chiffres diffusés le 7 mai par Eurostat témoignent des difficultés du pays à se maintenir au rang de leader européen. En un an, la France a vu son revenu chuter de 20 % (et de 19 % sur les neuf dernières années). Parallèlement, l'emploi agricole a baissé sur la même période de 16,6 %. Quelles que soient les incertitudes sur la méthode avec laquelle ces chiffres ont été établis, ils font réfléchir. Surtout parce que l'Allemagne, qui apparaît de plus en plus comme un nouveau modèle à suivre, s'en sort plutôt mieux que la France. Sur les neuf dernières années, elle a connu une chute de ses actifs agricoles plus sévère… Mais elle a su faire progresser son revenu agricole. Tentative d'éclairage.

La France à la traîne

Dans une étude de l'Inra qui repose sur les données du Réseau d'information comptable agricole et porte sur huit pays (Allemagne, Danemark, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni), il apparaît que “la valeur de la production agricole générée par l'emploi agricole à temps plein est plus faible en France que dans les pays du nord de l'Europe hors Irlande, mais supérieure à celle des pays du sud”, indiquait le chercheur de l'Inra Vincent Chatellier au Salon de l'agriculture. Difficile de tirer pour autant des conclusions. Les gains de productivité se révèlent plus faibles en France que dans les pays du nord, mais l'efficacité économique des exploitations y semble plutôt meilleure, grâce, notamment, à une pression foncière moins forte. Comme ses voisins, l'Hexagone a plutôt tendance à enregistrer une baisse des charges en engrais, mais le poids des produits phytosanitaires y est plus fort qu'ailleurs en raison d'une importante orientation grandes cultures. Pour Vincent Chatellier, sur la période de 2002 à 2007, “le revenu des agriculteurs français, qui est inférieur à celui des unités plus productives des Pays-Bas et du Royaume-Uni, demeure assez comparable à celui des unités allemandes”. La donne aurait donc changé plus récemment, les fermes allemandes entrant dans une dynamique plus favorable. La France saura-t-elle les rattraper ? Pour le président de Coop de France, Philippe Mangin, le pays aurait en tout cas clairement intérêt à “moderniser” son agriculture. Et vite. “Les agriculteurs sont constamment découragés par la capacité de la France à passer à côté des grandes innovations, s'exaspère Philippe Mangin. La méthanisation est par exemple absente des exploitations alors qu'elle est très présente en Allemagne. Il faut également accompagner davantage les agriculteurs dans la recherche de la baisse de leurs coûts de production”. Et le président de Coop de France de pointer du doigt “un manque de maîtrise” et de “mauvais choix”.

 

Choix franco-français

“Les conseillers sont essentiellement mobilisés sur la protection de l'eau, la directive nitrates, l'éco-conditionnalité, le bio… C'était probablement nécessaire. Mais aujourd'hui, il faut aussi penser à la compétitivité, à l'innovation, à l'informatisation des fermes… !” Et cette question des écarts de compétitivité n'inquiète pas que les agriculteurs et leurs organisations. Le 11 mai, une réunion de travail était organisée par l'Acta, tête de réseau des instituts techniques agricoles, et par le député UMP des Côtes d'Armor, Marc Le Fur, président du groupe d'études des députés pour l'agro-alimentaire. Outre des distorsions notables constatées en matière de coûts salariaux, avec, par exemple, le recours massif des entreprises allemandes de la viande à des sociétés d'interim ayant leur siège en Pologne ou Roumanie, la question des contraintes imposées aux filières françaises a également été évoquée lors de cette rencontre. “Il faut d'abord arrêter de vouloir laver plus blanc que blanc”, a fait observer Marc Le Fur, citant les délais d'autorisation des installations classées (749 jours dans les Alpes Maritimes), mais aussi des retards dans l'homologation phytosanitaire et dans les nouvelles énergies. “Tous nos maux ne viennent pas de l'Europe, la France a fait des choix fiscaux, qui expliquent une partie des écarts de compétitivité. Balayons devant notre porte”, a résumé Philippe Gosselin, député UMP de la Manche. À gauche, Germinal Peiro, député PS de la Dordogne, a lui aussi estimé “qu'au lieu de stigmatiser les voisins, il vaut mieux accompagner les agriculteurs à améliorer leurs pratiques culturales et d'élevage”. Il faudra aussi selon Marc Le Fur que la France trouve elle-même des solutions pour que les produits importés ne restent pas indéfiniment exonérés d'impôts et aménager la TVA pour qu'elle pèse moins sur le travail.
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Source L'Union du Cantal

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