Compétitivité : "OK pour être payé au prix allemand…Mais aux conditions allemandes"

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Emmanuelle Rivière, responsable du groupe lait des JA de Vendée, qui a suivi de très près les négociations du 18 août à Paris, faisait aussi partie d'une délégation de producteurs de lait de l'Ouest qui s'est rendue en Allemagne en juin dernier pour y comprendre pourquoi le lait allemand est dit « plus compétitif » que le lait français. Interview.

Pourquoi les Allemands parviennent-ils à produire moins cher qu'en France ?

Les producteurs de lait allemands bénéficient de plusieurs avantages par rapport aux producteurs français. D'abord au niveau fiscal, ils peuvent d'une année sur l'autre et de manière rétroactive passer du forfait au réel, selon la situation qui leur convient le mieux. Ensuite, leurs coûts de production sont moins élevés que chez nous, notamment les charges de main-d'oeuvre avec des salaires horaires un peu plus faibles que chez nous. Il n'y a pas non plus les 35 heures. Là-bas, la main-d'oeuvre est donc aussi plus facile à gérer. Moi je veux bien être payée au prix allemand mais alors il faut que mes charges soient également au niveau de celles des Allemands. Mais là ça ne peut venir que du gouvernement.

Justement, l'accord qui a été signé stipule que le prix devra dorénavant tenir compte de vos charges. Alors qu'en est-il ?

ER : C'est vrai que cet aspect là devra être pris en compte à partir de l'année prochaine. Jusqu'à la fin de l'année, si les entreprises tiennent leur parole, on devrait être « tranquille » entre guillemets, c'est-à-dire qu'on devrait avoir le respect de l'accord du 3 juin 2009 sur la méthode de calcul et avant janvier 2011 il va falloir se remettre à travailler au niveau interprofessionnel pour définir la méthode pour l'année prochaine.

Mais pourquoi est-ce suspendu au bon vouloir des entreprises. Un accord c'est un accord ! Non ?

ER : Oui, c'est vrai mais nous avons la particularité dans notre département de rencontrer régulièrement nos entreprises principales que sont les coopératives Glac et Eurial et il y a un mois leurs dirigeants nous ont prévenus que, du fait de leurs difficultés financières ils ne pourraient pas respecter l'accord. On n'est pas du tout heureux de savoir qu'il y a un accord au niveau national qui a été respecté et de constater que chez nous on risque de ne pas en voir la couleur.

Que pensez-vous de l'idée de prix différenciés ?

ER : Je suis d'accord pour que dans les zones où la production est plus difficile -comme par exemple les zones de montagne où il y a plus de contraintes– le prix du lait soit plus élevé que dans les zones de plaine. Après il faut une harmonisation des prix au niveau national parce qu'une entreprise ne fait pas que de la poudre, que du beurre ou que du fromage. Même une entreprise qui valorise très bien en fromage a ce qu'on appelle du lactosérum qui est aussi un « produit industriel ». Donc pour maintenir une diversité régionale et pour qu'il y ait un dynamisme rural il faut des producteurs de lait sur tout le territoire.

Comment vont être payés les 31 euros d'augmentation ?

ER : Vu que l'accord vaut pour le troisième et le quatrième trimestre donc y compris juillet pour lequel on a déjà été payé, l'augmentation de juillet sera répartie sur les mois à venir.

Qu'allez-vous entreprendre pour maintenir la pression?

ER : D'abord à partir de septembre les réunions syndicales vont recommencer. Dans un premier temps nous allons réunir les producteurs du département pour les consulter pour savoir ce qu'ils souhaitent ; et dans un deuxième temps nous irons demander des comptes aux entreprises.

Retrouvez l'interview en vidéo sur www.agri85.fr, le site des agriculteurs vendéens.

Source vendee agricole

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