Coopérative Jeune Montagne à Laguiole : André Valadier va passer la main

Eva DZ

Coopérative Jeune Montagne à Laguiole : André Valadier va passer la main

Après 48 années de dévouement à Jeune Montagne, André Valadier a décidé de passer la main. Le relais s'est fait en douceur et c'est tout naturellement que le vice-président délégué Gilbert Cestrières devrait lui succéder le 30 juin prochain (notre photo).

«Même à la fin de la deuxième mi-temps des prolongations, à un moment, il y a le coup de sifflet final», André Valadier s'est joué d'une métaphore footballistique pour annoncer son retrait à la présidence de Jeune Montagne. Depuis un an, il préparait son départ en lien avec le conseil d'administration mais cette fois-ci, l'annonce est bien officielle.
Les adhérents sont donc venus nombreux, les deux tiers d'entre eux étaient présents, remercier le fondateur et dynamiteur de leur coopérative à l'occasion de sa dernière assemblée générale. En soirée, tous ont participé à l'aligot géant qui leur était réservé à La Terrisse, «là où tout a commencé».
Saluant tout à la fois «l'énergie», «la volonté», «les efforts», des producteurs mais aussi des salariés et de l'équipe de direction, André Valadier a mis en avant les points clefs de l'activité 2007 : le chiffre d'affaires, le prix du lait et le résultat «sans doute le meilleur qu'ait connu notre coopérative».
Le fondateur de Jeune Montagne est donc plus que satisfait de «la bonne volonté de chacun pour collectivement, réinsérer la production laitère et fromagère de l'Aubrac dans une démarche d'AOC réelle, authentique, transparente et en totale cohérence avec notre époque».

Progression du chiffre d'affaires

Ainsi le chiffre d'affaires s'élève à 13 millions d'euros soit une progression de 12,5% pour 13 millions de litres de lait collectés. Le prix du lait a augmenté de 1,4%, affiché à 454,44 euros/1000 l auquel il faut ajouter 50% du coût du contrôle laitier, 50% du prix des IA pour des taureaux préconisés dans le cadre de l'AOC ainsi qu'une participation directe au service de remplacement et au fond d'investissement interne de la coopérative. Des chiffres qui placent la production laitière de Jeune Montagne, parmi «les meilleures valorisations au litre enregistrées au niveau national et européen». Et pour 2008, la coopérative a décidé de répercuter sur les livraisons l'intégralité de l'augmentation des prix de vente pour atteindre un prix au litre autour de 0,50 euros en moyenne pondérée. De plus, une nouvelle grille de prix du lait est entrée en vigueur avec une augmentation du prix de base et une incitation à la valorisation des systèmes en foin.
Seule ombre au tableau, la baisse du volume de collecte (4% environ du litrage), due aux conditions climatiques défavorables, l'augmentation du prix des céréales, quelques cessations, ... D'ailleurs, les premiers chiffres 2008 restent dans la même tendance. L'extension de collecte sur les zones AOC Laguiole du Cantal et de la Lozère assurent une certaine stabilité.

Modernisation

Augmenter la productivité, améliorer les conditions de travail et renforcer les garanties sanitaires, pour remplir ces objectifs, la coopérative se lance dans la modernisation et l'adaptation de ses matériels, ses équipements, ses bâtiments. André Valadier l'a répété : «D'importants moyens vont être mis en oeuvre dont la construction d'un bâtiment de 3500 m2». Le fonds d'aide à l'investissement sera renforcé afin d'accompagner les éleveurs à investir dans le mobilier (bâtiment, matériel de traite mobile, bloc traite, séchage en grange, ...) et dans le renouvellement du cheptel (génisses prêtes à vêler ou à saillir).
Pour conforter ses deux piliers que sont le Laguiole AOC et l'Aligot de l'Aubrac, la coopérative affiche ses orientations. Pour le Laguiole, il s'agit «d'accompagner valablement et assurer les conditions d'un affinage plus long donc plus exigeant». Pour l'Aligot de l'Aubrac ou autres plats traditionnels, compte-tenu des volumes atteints (plus de 1000 tonnes fabriquées en 2007), la coopérative veut augmenter sa capacité de production et sa compétitivité. Sans oublier le Retortillat, qui «fait son chemin» et les 40 tonnes de Laguiole AOC vendues outre-Atlantique.

Lait cru exigeant

Des objectifs qu'a repris le directeur Bernard Robert : «Le choix du lait cru est exigeant. Mais les producteurs comme la coopérative ont sû faire les bons choix. Nous devons renforcer la communication sur nos produits différenciés. Nous répondons à la concurrence en étant leader sur la qualité et la quantité». Pour celà, la coopérative se réjouit de voir de nouveaux adhérents offrant des volumes supplémentaires (17 millions de litres de lait à valoriser avec la collecte de Thérondels).
Le partenariat au sein de l'Union Jeune Montagne avec la coopérative de Thérondels affiche d'ailleurs ses premiers résultats positifs.
Les objectifs de Jeune Montagne sont ambitieux mais réalisables. Plaçant la barre assez haut de 3 000 tonnes de tome à mettre en marché, le directeur évoque les efforts sur la productivité, l'innovation dans les produits, la qualité.
S'il quitte la présidence de Jeune Montagne, André Valadier veut aller au bout du dossier IGP Aligot de l'Aubrac. Admettant que «ce plat composé n'entre pas dans le champ des signes officiels de qualité», il compte sur le soutien du ministre de l'Agriculture pour défendre ce projet à Bruxelles. De plus, Jeune Montagne s'associe à l'association de défense de l'Aligot de l'Aubrac pour participer au projet de relocalisation de la pomme de terre sur l'Aubrac.

Aubrac généreux

Autre dossier sur lequel André Valadier a décidé de «rester encore un peu à vos côtés» : le syndicat de défense de l'AOC devenu ODG dans un contexte européen d'abandon des quotas.
Remerciant enfin tous les partenaires, organisations professionnelles, administration, collectivités territoriales, INAO... André Valadier s'est félicité de la constitution d'un «édifice générateur d'emplois et de ressources (74 salariés pour 80 adhérents), sur l'Aubrac, territoire âpre mais généreux», s'appuyant sur un chiffre révélateur : «25 ha affectés à la production laitière peuvent porter un emploi».
Travailler à la reconnaissance de l'identité d'un territoire tel que l'Aubrac à travers ses femmes, ses hommes, ses ressources, c'est le chemin tracé par André Valadier qu'il espère concrétiser dans le futur Parc naturel régional.
L'Homme de l'Aubrac n'en a pas terminé.

Source La Volonté Paysanne

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