Cuniculiculture : Une diversification durable

Thierry Guillemot

Cuniculiculture : Une diversification durable

Suite aux quotas laitiers en 1983, beaucoup de niches de diversification sont tombées sur le chien. A contrario, la production de lapins de chair s'est inscrite durablement dans le paysage agricole

Jean-Pierre Cavelier présidera, le 15 mai prochain à Bagnoles-de-l'Orne, sa dernière assemblée générale de Normandie Lapin. Une coopérative qui puise ses origines dans les années 1980. La mise en place des quotas laitiers avait alors ouvert les portes d'un vaste et ambitieux chantier de diversification (foie gras, escargot, lombric...). Presque trente ans plus tard, la cuniculiculture est une des rares rescapées. 70 éleveurs, tous très techniques, persistent et signent.

Un prix de l'aliment insuffisamment en baisse

La conjoncture est pourtant délicate. L'effet ciseau (prix de l'aliment en hausse et prix du lapin en baisse) enregistré en 2007/2008 devient certes un peu moins coupant mais le compte n'y est toujours pas. “Le prix de l'aliment qui avait augmenté de 70 e/t n'a reculé que de 40 e/t. Un poste qui représente 70 % de nos coûts de production”, analyse Jean-Pierre Cavelier.Philippe et Isabelle Lecerf, 474 cages mères à Billy (14), confirment. “Nous consommons 26 tonnes d'aliment toutes les 6 semaines soit 220 t/an. Cette baisse de 40 e équivaut donc à une économie de charges de 8 800 e”. Du mieux, mais encore insuffisant pour prendre la décision d'investir dans un bâtiment neuf. Les installations datent pourtant de 1985 et n'offrent ni les meilleures conditions de travail ni l'optimisation des performances techniques.
Du côté de Normandie Lapin, on ne sombre cependant pas dans le misérabilisme. “Le prix du lapin s'est maintenu chez nous. Ailleurs, il a baissé”, fait remarquer Jean-Pierre Cavelier. Le fruit d'une contractualisation donnant/donnant entre la coopérative et son débouché unique, la SNV (Société Normande de Volailles, Groupe LDC).“Nous avons négocié des volumes par rapport à un prix”. Et Normandie Lapin a mis la main à la poche. Elle a financé sur ses fonds propres une dizaine de cessations d'élevages.

Devenir cuniculiculteur ?

Des cessations qui ont permis à d'autres élevages de monter en puissance. Mais peut-on sans gageure envisager de devenir cuniculiculteur demain ? “Le discours est compliqué, reconnaît Jean-Pierre Cavelier. Aucun de nos éleveurs n'est en situation financière dramatique mais ce n'est sans doute pas le bon moment pour s'installer”. Il est vrai que l'investissement de départ est de 250 à 300 000 e pour un UTH.
La sérénité retrouvée passe donc nécessairement par la (re) conquête du consommateur. L'épisode de la crise aviaire a un temps masqué la réalité du marché. Depuis, la viande de lapin a retrouvé sa portion congrue dans les linéaires des grandes surfaces : 20 m pour la volaille, 50 cm pour le lapin avec seulement 5 ou 6 références et peu de nouveautés en termes de produits élaborés. Pas toujours facile pour le “Père Guillaume” ou le lapin estampillé “Gourmandie” d'y faire sa niche. Heureusement, la communication collective arrive en appoint. Mais une autre communication menace la filière. De puissants lobbies, plus intégristes qu'environnementalistes, mènent des campagnes d'une rare violence contre la production de lapin de chair. Pourtant, du côté des éleveurs comme Philippe et Isabelle Lecerf, on attend de pied ferme les normes bien être animal. Un dossier qui frise la cinquantième lecture au Parlement de Strasbourg.
L'autre écueil, c'est le lapin en peluche ou le lapin nain. Pas facile dans ces conditions de séduire un consommateur jeune.

La production française

Selon les différents indicateurs, la production française de lapins serait en hausse modérée en 2007 autour de 80 000 t de viande. En 2008, avec la mise en place de l'accord interprofessionnel de maîtrise de production par la filière, la production française serait en forte baisse autour de 5 %. La FENALAP suit l'évolution du potentiel de production résultant des cessations, agrandissements et créations d'élevage enregistrés par les organisations de producteurs à partir des données transmises chaque trimestre par 16 groupements, représentant 630 000 femelles soit 95 % de la production organisée nationale. A la fin de l'année 2007, ce bilan s'établissait à + 8 772 femelles, soit l'équivalent de 600 t de lapins abattus en plus au niveau des groupements enquêtés. Par contre, compte tenu de la situation critique d'un bon nombre d'éleveurs, le bilan est largement négatif sur l'ensemble de l'année 2008 à – 40 098 femelles, soit l'équivalent de 2 600 t de lapins abattus en moins.
Le CLIPP, grâce à la participation des centres d'insémination artificielle, suit le nombre de femelles inséminées hebdomadairement. En 2008 selon cet indicateur, le nombre de femelles inséminées a reculé de 7,3 % par rapport à 2007, résultat conforme à l'effet attendu de l'accord interprofessionnel de maîtrise de production mis en place par la filière. Sur les treize premières semaines de 2009, les IA enregistrent une nouvelle baisse de 3,9 % par rapport à la même période 2008. Selon COOP de France NA et le SNIA après la petite hausse constatée en 2007, les fabrications d'aliments pour lapins en 2008, dans le contexte de crise de la filière cunicole, enregistrent un repli de 7,5 % par rapport à 2007. Source ITAVI

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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