Décès de Jean-Michel Lemétayer, ancien président de la FNSEA

Décès de Jean-Michel Lemétayer, ancien président de la FNSEA

L'ancien président de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), Jean-Michel Lemétayer, est décédé brutalement mercredi en Ille-et-Vilaine, victime d'un accident cardiaque.

"JM Lemétayer, Pdt SOPEXA, ancien Pdt FNSEA, nous a quittés ce soir", écrit Guillaume Garot, ministre délégué à l'Agroalimentaire, sur son compte Twitter avant de rendre hommage à "un homme battant, ouvert et constructif."

Jean-Michel Lemétayer, âgé de 62 ans, marié, père de trois enfants, faisait une sortie à vélo avec l'un de ses fils, quand il a été victime d'un accident cardiaque. Malgré l'intervention des secours, il n'a pu être ramené à la vie. Il est décédé vers 19h.

Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA s'est dite "abasourdie". "Il venait de boucler un projet pour lequel il se battait depuis deux ans... Il était content et fier. On s'était dit "on se revoit à la rentrée", indique-t-elle.

Jean-Michel Lemétayer a présidé pendant près de dix ans la FNSEA de 2001 à 2010. Il était aujourd'hui à la tête de la Sopexa, agence de promotion des entreprises de l'industrie alimentaire française à l'étranger.

"Syndicaliste dans l'âme" depuis plus de trois décennies, il n'a jamais cessé de traire ses vaches dans la ferme que cet éleveur, exploitait avec sa soeur et son beau-frère à Vignoc, près de Rennes.

Né le 2 juin 1951 dans cette même ferme qu'il n'a jamais quittée, Jean-Michel Lemétayer ne se destinait pas à l'agriculture. Après un bac D, le futur dirigeant se retrouve dans un cabinet d'assurances où il se révèle "incapable d'être scotché à un bureau".

 "J'étais fait pour le commerce et l'animation. J'aime convaincre. J'aurais pu être banquier mais le syndicalisme m'a rattrapé", résume-t-il dans un livre-entretien avec Thiébault Dromard, "Confidences d'un leader paysan" (ed.Bertrand Gobin).

Dans les années 70, l'homme intègre le syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA). En 1977, il rejoint la ferme familiale qui se développe. Il grimpe dans la hiérarchie des JA dont il devient le secrétaire général en 1984.

En même temps, il rallie la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), branche spécialisée de la FNSEA, qu'il présidera pendant plusieurs années. En 2001, après la démission de Luc Guyau, il est élu pour quelques mois à la présidence de la FNSEA. Il se verra confirmer à la présidence à chaque nouveau suffrage, en 2002, 2005 et 2008.

Au moment de son départ de la FNSEA, il déclarait: "Je quitte la FNSEA mais je ne rendrai jamais les armes. Je n'ai pas fini de combattre la distribution."

"La famille de l'agriculture perd un grand leader"

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a rendu hommage  à Jean-Michel Lemétayer,  en soulignant qu'avec sa disparition la famille de l'agriculture perdait un grand leader.

"La famille de l'agriculture vient de perdre l'un des siens, un des grands leaders de cette grande famille", a souligné le ministre sur la radio Europe 1.

Saluant "une figure attachante", le ministre a souligné que le leader syndical avait été "un professionnel de l'agriculture avec une grande sincérité".

"Un grand dirigeant agricole"

François Hollande a rendu hommage à un "grand dirigeant agricole" en la personne de Jean-Michel Lemétayer.

"Son action, depuis 1974, a été marquée par un engagement sincère au service des agriculteurs et de l'agriculture française", a souligné le chef de l'Etat dans un communiqué rendu public par l'Elysée.

"Lors de ses différents mandats et notamment comme président de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles entre 2001 et 2010, il a défendu une vision de l'agriculture à taille humaine contribuant à la création de richesse et d'emplois sur les territoires", a ajouté le président de la République.

M. Lemétayer était "un Européen convaincu et un humaniste impliqué dans les questions de développement", fait valoir encore le communiqué de l'Elysée, rappelant que, "profondément attaché à sa région", l'ex-patron de la FNSEA avait aussi créé à Rennes le salon des productions animales, "qu'il a porté au tout premier plan mondial".

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a salué pour sa part une "personnalité dynamique, convaincante et chaleureuse", qui "a contribué au rayonnement international de l'agriculture française et participé au développement de ce secteur, conscient de son importance économique et de son rôle dans la vitalité des territoires ruraux".

"Un ami engagé et pédagogue"

Le président de l'Association des Chambres d'Agriculture Guy Vasseur déplore la perte d'un "ami" dont il salue "l'engagement et la pédagogie" en faveur des productions et des territoires agricoles.

"Il a apporté le souci de l'équilibre entre les productions, toutes les productions même si lui venait de la filière laitière, et entre les territoires, avec le souci d'organiser les producteurs. Et il a apporté le tempérament de quelqu'un qui ne baisse pas les bras notamment au niveau européen", a témoigné M. Vasseur.

"Avec sa conviction et sa pédagogie il mettait son coeur à défendre l'agriculture française", a poursuivi M. Vasseur qui avait rencontré l'ancien président de la FNSEA quand ils siégeaient au conseil national des Jeunes agriculteurs (JA).

"Cette camaraderie puis cette amitié" a perduré au fil des ans et, plus récemment, les deux hommes se sont retrouvés à siéger au Conseil Economique et Social et Environnemental, à la commission des affaires européennes et internationales, ainsi qu'à la Sopexa, l'organisme de soutien aux exportations agroalimentaires, ainsi qu'à la tête de l'Association de soutien alimentaire aux plus démunis, la Solaal, créée il y a quelques mois par la FNSEA pour palier le désengagement de l'Europe. M. Lemétayer en était le président et M. Vasseur le vice-président.

"C'était un garçon profondément humain", insiste ce dernier en se souvenant aussi de "son humour".

"Une vie consacrée à l'engagement professionnel"

Le président de la FNSEA Xavier Beulin a déploré la perte de Jean-Michel Lemétayer saluant "une vie consacrée à l'engagement professionnel" et l'avènement avec lui d'un "nouveau visage du syndicalisme agricole".

"On est tous bouleversés, c'était un très grand dirigeant avec beaucoup de charisme et de chaleur", a déclaré M. Beulin qui fut le vice-président de M. Lemétayer pendant six ans, estimant avoir "appris de lui" notamment pendant les âpres négociations européennes à Bruxelles ou commerciales au sein de l'OMC.

"Jean-Michel Lemétayer, c'était d'abord un homme de conviction qui avait toujours le sens de l'intérêt général, l'envie de faire aboutir les projets, avec un tempérament très engagé, très généreux de sa personne, toujours de bonne humeur, très drôle et poussant aussi des coups de gueule - ça c'était son ADN personnel", se souvient-il.

"Il a marqué son époque en incarnant un nouveau visage du syndicalisme agricole: après les Trente Glorieuses dans les années 60 à 90, avec une vraie révolution verte dans les années 60-65, s'est ouvert un nouveau cycle dans les années 90-2000 avec de nouveaux enjeux internationaux et de nouvelles problématiques sociales et environnementales, de nouvelles contingences internationales", relève-t-il.

"Il a incarné ce syndicalisme actif et responsable: sa grande force a été de faire en sorte que nous soyons reconnus comme des interlocuteurs crédibles", poursuit M. Beulin.

Rappelant que son prédécesseur avait "vu naître les quotas laitiers" en 1984 avec les conflits de l'époque, M. Beulin se souvient qu'il avait su aussi sortir "d'un conflit très dur sur le prix du lait en 1997 entre les producteurs et la grande distribution": "C'est comme ça que sont nés certains indicateurs de marché et de performance qui servent encore aujourd'hui à établir le prix du lait" souligne-t-il.

Source AFP

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Commentaires 6

1584

l'agriculture vient de perdre un Grand Homme ceux qui ne reconnaissent pas l'immensité de sa tâche ne lui arriveront jamais à la cheville.

Benoit

Un grand bonhomme et un ami.. Une grande tristesse aujourd hui mais une grande fierté d avoir essaye d œuvrer avec lui pour notre agriculture .
A dieu jean michel

geo

Il a surtout cherché à défendre, du fait de la place qu'il occupait, la place de l'agriculture française sur la scène internationale, en cherchant à dynamiser l'exportation et à conserver la compétitivité du secteur céréalier.D'ailleurs son poste récent prouve bien qu'il s'était fait son réseau dans ce domaine.
On ne peut pas lui reprocher d'être resté fidèle aux valeurs du syndicat majoritaire qui n'a jamais caché ses préférences: il faut s'agrandir (éliminer les plus petites exploitations) pour qu'il ne reste que de grosses fermes compétitives à l'export. En contre-partie, durant sa gouvernance, la chute libre du nombre d'exploitations s'est poursuivie (-26%, source RA 2010)et les problèmes à l'intérieur même de la campagne française n'ont pas eu tendance à s'améliorer.
Ceci dit, comme toute personne prête à donner de son temps pour défendre les intérêts d'une profession (bien ou mal n'est pas la question), il mérite d'être salué et de reposer en paix.

jememare

ah bon et qu'est ce qu'il a fait pour défendre les agriculteurs ? .
l'éternel jugera:"requiem in pace".

steph 85500

oui , un grand homme de la terre, suis pas du meme syndicat que lui , mais je respect se qu il a fait pour nous defendre

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