Développement des jardins associatifs : quand les urbains s’improvisent agriculteurs

MB

Développement des jardins associatifs : quand les urbains s’improvisent agriculteurs

Depuis les années 2000, on observe une augmentation du nombre de citadins cherchant à produire leurs propres fruits et légumes et ce notamment dans des jardins associatifs urbains. Ce phénomène de société a intéressé les chercheurs de l’Inra qui se sont penchés sur ces petites parcelles pour connaître leurs fonctions, leur productivité, et déceler les risques éventuels de cultiver dans des zones polluées.

En 2003, Paris comptait 5 jardins partagés, dix ans après le nombre s’est élevé à 80, et pourtant les listes d’attentes pour y accéder ne cessent de s’allonger.  Ce phénomène se développe dans toutes les grandes villes de pays industrialisés, prenant de court les mairies, qui cherchent avec ardeur des surfaces à transformer en potagers, des interstices urbains aux toits des bâtiments.

Mené par le laboratoire Sciences action développement : activités produits territoires (SAD-APT) de l'Inra Versailles-Grignon et le laboratoire Sols et environnement de Nancy1, le projet JASSUR (Jardins associatifs urbains, pratiques, fonctions et risques dans les villes durables) s’intéresse ainsi aux usages, aux modes de fonctionnement, mais aussi aux dangers potentiels de cette agriculture intra-urbaine dans 7 grandes villes françaises et à Montréal.

Du « picoreur » de fraises au producteur autosuffisant

 A la vue de ce phénomène, la première question qui se pose concerne les motivations de ces citadins-agriculteurs. « Le plaisir de produire soi-même ce que l’on va déguster - que l’on cherche ou pas à produire beaucoup - est l’une des premières raisons que mentionnent les jardiniers. Il y a ensuite le plaisir d’une activité de nature, le lien avec la terre, retrouver le rythme des saisons. Il y a aussi d’autres motivations comme celles d’une activité de loisir et la recherche d’un lien social avec les autres jardiniers », répond Christine Aubry, chercheuse du SAD-APT. Si les motivations sont multiples, on observe également une diversité des surfaces qui peuvent passer de 70 à 150m² dans la petite couronne parisienne à 15 ou 20m² dans Paris intramuros, ainsi qu’une diversité des savoirs faire. En effet, certains jardinier, notamment les retraités, ont eu dans leur enfance un lien fort avec la terre, et sont de ce fait plus compétents, tandis que d’autres, en majorité les plus jeunes, recherchent dans les livres ou sur Internet, les gestes ancestraux de l’agriculture.

Ces diversités font apparaître une disparité des productivités. Alors que la parcelle de certains leur permet juste de « picorer » quelques fraises, souvent consommées sur place, d’autres jardiniers parviennent à être autosuffisants en légumes, allant jusqu’à pouvoir mettre en conserve leurs surplus pour passer la mauvaise saison. Les chercheurs de l’Inra pointent également la fonction alimentaire du point de vue qualitatif, y compris pour les « picoreurs » car ces jardins permettent de cultiver des produits (myrtilles, framboises) que l’on ne s’offre pas forcément à cause de leur prix, ou encore, de produire des légumes de son pays d’origine (fèves algériennes, choux portugais…).

Cultures polluées ?

Une question importante se pose pour tous les jardiniers : le fait de cultiver dans un espace pollué a-t-il un impact sur la qualité du produit ? « On manque encore de données », admet Christine Aubry. Le projet JASSUR tente en effet de déterminer si ces récoltes peuvent présenter un excès pour certains polluants, mais aussi quelle est la part du sol et quelle est la part de l’atmosphère dans ces éventuelles contaminations. Les réponses à ces questions permettront de savoir si l’agriculture urbaine ne sera qu’une mode passagère ou bien une source d’alimentation saine et durable pour le futur.

Source Inra

Publié par MB

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