Directive Nitrates dans le collimateur

Propos recueillis par Guillaume de Werbier

« Nous sommes aujourd’hui victimes de l’« escrologie » », déplorent les responsables agricoles.
« Nous sommes aujourd’hui victimes de l’« escrologie » », déplorent les responsables agricoles.

Plusieurs responsables agricoles expriment leur mécontentement contre le durcissement de diverses règles environnementales.

« L’accumulation des rÉglementations n’est plus tolérable »

Parmi les manifestants de ce 16 janvier, beaucoup d’éleveurs, bien sûr, particulièrement concernés par la directive Nitrate, emblème s’il en est, des réglementations contraignantes. Mais ils étaient loin d’être les seuls ! Dans les rangs des troupes rassemblées par la FNSEA 44 et JA 44, on trouvait aussi des céréaliers, des horticulteurs, des viticulteurs… Comme l’a souligné Christophe Labour, responsable « environnement » à la FNSEA 44, « toutes les productions sont solidaires de ce combat ».
Tels les horticulteurs, une profession que l’on entend généralement peu, mais qui, dans ce cas, a souhaité exprimer tout son ras-le-bol face aux réglementations diverses. Didier Delhommeau, président de l’Union des producteurs horticole 44, et son collègue, José Guervel, ont pris la parole en tribune pour raconter ce qu’ils vivent au quotidien : « L’accumulation des réglementations de tout ordre, environnementale, liée au travail (on peut croire que bientôt les marteaux seront interdits !), liée à la protection des végétaux, au transport routier, au code des marchés publics, n’est plus tolérable… Beaucoup d’entreprises arrivent au point de rupture et il est fortement probable que si rien n’est fait, il n’y aura plus besoin ni de contrôleurs, ni d’inspecteurs puisque toutes les entreprises auront disparu par la faute d’un stalinisme administratif ! »
Même consternation du côté des viticulteurs : l’empilement des réglementations et contraintes a de quoi décourager les meilleures volontés du monde de préserver l’environnement : « Les viticulteurs se sont lancés dans le plan Ecophyto 2018. Cela représente beaucoup d’engagement, beaucoup de travail avec des techniciens… », présente Carmen Suteau, présidente des vignerons indépendants des Pays de la Loire, et vigneronne très impliquée sur son territoire. « Nous avons aussi participé au recensement des zones humides sur les communes… mais quand on voit ce qui nous arrive encore, avec les trames vertes et bleues, ou encore cette notion floue de « tête de bassin », on se demande où on va, si on ne va pas devoir reculer toutes nos vignes de 15 mètres… Impossible de piloter nos entreprises dans ces conditions. »

ils ont dit

Christophe Labour, en charge du dossier Environnement à la FNSEA 44

« Jusqu’ici la profession agricole a accepté tant bien que mal les évolutions réglementaires environnementales successives. Mais aujourd’hui nous sommes définitivement passés de la responsabilisation à l’idéologie. On a affaire à une accumulation de textes inapplicables, injustifiés et parfois contradictoires, et dont la seule réelle victime est l’agriculture. Les agriculteurs n’ont aucun intérêt à dégrader l’environnement. Ils le connaissent mieux que quiconque. Notre activité, nos filières, nos emplois sont en danger. Le quatrième programme d’actions de la directive Nitrates se termine. Aucune évaluation des résultats n’est effectuée, mais déjà les mesures ont été renforcées. On nous met une seconde couche de peinture verte alors que la première n’est pas sèche. L’espace rural est devenu un vaste puzzle où chaque pièce possède sa réglementation propre relevant du véritable casse-tête. L’accumulation de contraintes environnementales, souvent franco-françaises, handicape nos filières. »

Vincent Février, producteur laitier à Nozay
« Je viens manifester notamment contre la nouvelle directive Nitrates qui se met en place. On ajoute tout le temps des couches supplémentaires à cette directive. Ça commence à bien faire. On tombe dans des aberrations complètement folles. Aujourd’hui, la cinquième directive Nitrates obligerait à baisser encore le taux de nitrate dans l’eau. Ça nous horripile. Tout le système administratif est aussi lourd à gérer, avec en plus tous les contrôles auxquels nous sommes soumis. »

François Guyot, président de JA 44
« Demain, comment va-t-on installer avec toutes ces réglementations qui nous tombent dessus, comment va-t-on intéresser des jeunes au métier d’agriculteur. Ça nous inquiète pour le renouvellement des générations. En France, on a une activité qui a une balance commerciale positive, c’est l’agriculture. C’est étrange, c’est elle que l’on charge ! »

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