Editorial

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Dans les derniers jours de juin 2013, l’Europe a tourné la page d’une Politique Agricole Commune (PAC) née à Stresa, il y a cinquante-cinq ans. Durant toute cette période, le monde agricole européen a vécu à l’abri de barrières qui l’ont protégé des intempéries des marchés mondiaux.

1.1

La Chine, premier importateur mondial de soja, le sera aussi en 2013 pour le riz

❙ Certes, au fil du temps la protection se fit moins efficace, présentant de plus en plus de brèches que les politiques avaient bien du mal à colmater. Au fil des négociations du GATT et des réformes, l’approche de la PAC se modifia peu à peu, la garantie des prix cédant le pas à la logique des soutiens directs. Depuis 2006, dans les faits, les marchés des céréales ne sont plus administrés. Les quotas laitiers vont disparaître tout comme – en 2017 – les quotas sucriers. Des mots qui ont bercé toute l’histoire de la PAC, comme prix d’intervention ou restitutions, vont disparaître de notre vocabulaire. L’agriculture en Europe va vivre, à nouveau, à l’heure pleine et entière des marchés et surtout des marchés mondiaux.

❙ Cette véritable révolution culturelle européenne intervient en une période de fortes tensions sur les marchés agricoles : la campagne 2012/2013 a été marquée pour les grains (céréales et oléoprotéagineux) par la troisième crise en cinq ans, provoquée cette fois-ci par une sécheresse historique aux États-Unis et des problèmes dans la région de la mer Noire. Au printemps 2013, une autre sécheresse, mais en Nouvelle-Zélande, a entraîné une flambée du prix des produits laitiers. Malgré des perspectives favorables – aux aléas climatiques près – pour la campagne 2013/2014, il est clair que le monde est depuis plusieurs années sur le fil du rasoir des déséquilibres alimentaires mondiaux et les quelques excédents à venir ne peuvent masquer la montée en puissance de la demande des pays émergents et en développement : la Chine, déjà premier importateur mondial de soja, le sera aussi en 2013 pour le riz, alors qu’augmentent ses achats de maïs en Ukraine, de blé aux États-Unis et même en France.

❙ Tensions donc, incertitudes certainement et de ce fait instabilité : une instabilité que doivent apprendre à gérer tous les maillons des filières agroalimentaires, des producteurs agricoles jusqu’à la distribution sans oublier même les banquiers... On ne refait pas l’histoire. La PAC a été une belle aventure et a permis l’extraordinaire bond en avant de l’agriculture européenne. Mais la page est tournée. Voici venu le temps des marchés, de leurs incertitudes et de leurs défis.

Philippe Chalmin, Professeur à l'Université Paris Dauphine

Président de CyclOpe

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