Elevage : Le poumon vert d'altitude de l'élevage cantalien

P. OLIVIERI

Comme chaque année, des dizaines de milliers d'animaux ont rejoint leurs pâturages de montagne.

À l'heure où les automobilistes se pressent de rejoindre Aurillac, ses bureaux, commerces et services, elles sont 90 à s'impatienter elles aussi à quelques encablures de la ville préfecture. En cette fin de mois de mai aux allures estivales, ces mères acajou n'ont qu'une envie : rejoindre les hauts plateaux à l'herbe grasse. “Elles sentent qu'on prépare la montée en estives, d'ailleurs il ne faut pas leur mettre les cloches trop tôt”, conseille leur propriétaire Jean-Pierre Delserieys, qui ne manquerait pour rien au monde la montée en estives de son troupeau. Un rendez-vous auquel il est fidèle depuis 41 ans : d'abord aux côtés de son père, puis à la tête de l'exploitation familiale qu'il a reprise en 1981. C'est donc aujourd'hui le grand jour pour l'éleveur de Milly-Crespiat qui embarque, avec l'aide de collègues, une grande partie de son cheptel, 90 mères et 70 veaux - la FCO est aussi passée par là - direction : le lieu-dit Les Caves sur le plateau du Limon. Il faudra entre 1 h 30 et 2 heures au convoi pour rejoindre cette estive privée d'une centaine d'hectares située à plus de 1 250 mètres d'altitude. Et un autre aller-retour sera nécessaire dans la journée pour faire transhumer le reste des animaux en camions bétaillères de l'entreprise Meyniel. Dans les premiers temps de cette “villégiature estivale”, Jean-Pierre Delserieys rendra visite à ses vaches tous les quatre, cinq jours. “Puis une fois par semaine seulement, sachant qu'un ami sur place surveille un peu le troupeau”, explique l'éleveur salers. Des pertes ? “ça arrive qu'il y en ait, ça dépend des années”, répond M. Delserieys qui a prévu, fidèle à la tradition familiale, une “descente d'estives” encore appelée dévalade autour du 1er octobre.

Entre tradition et modernité

Comme lui, ils sont des centaines à avoir emprunté les routes du Cantal dès la mi-mai pour monter en estives privées ou collectives (voir encadré) tout ou partie de leurs animaux profitant d'une météo clémente. À l'image de Jean-Yves Meyniel, les transporteurs n'ont pas chômé durant une quinzaine de jours : “Cela représente environ 30 % de notre activité”, estime J.-Y. Meyniel dont l'entreprise, sise à Arpajon-sur-Cère, compte sur une quarantaine de clients agriculteurs “fidèles”, parmi lesquels nombre d'Aveyronnais. Une mainmise partielle sur les pâturages du massif cantalien par des voisins - vus souvent comme des “envahisseurs” – dont les Cantaliens ne se sont jamais vraiment remis. Mais au-delà de l'anecdote, des querelles de clochers et des fêtes scellant la tradition ancestrale de la transhumance, le recours aux estives fait partie intégrante de l'activité d'élevage dans le département et ces surfaces pastorales représentent pour nombre d'éleveurs une condition à l'équilibre de leur exploitation. Notamment pour les cheptels allaitants producteurs d'animaux maigres. Ainsi, selon les données de la Chambre d'agriculture, l'espace pastoral constitue une réserve considérable d'herbage - 58 000 hectares répartis sur 109 communes, soit près d'un dixième de la superficie du département - valorisé entre 130 et 150 jours par an en fonction de l'altitude et du chargement. Les estives et la pratique de la transhumance, entre modernité et tradition, s'avèrent ainsi un élément clé de l'élevage herbager du Cantal contribuant fortement à son développement touristique de par l'ouverture des paysages de montagne vantés par les brochures de promotion du volcan cantalien.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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