Energie éolienne : Une exploitation dans le vent

Arnaud Carpon

Energie éolienne : Une exploitation dans le vent

Viticulteur installé au pied du Mont Ventoux, Stéphane Saurel a installé une petite éolienne à quelques mètres de son chai. Grâce à elle, il est quasi-autonome en énergie électrique et réduit sensiblement l'empreinte carbone de son activité.

De ses parcelles de vignes en terrasses, Stéphane Saurel peut contempler un Mont Ventoux qui porte bien son nom. Car au sommet de cette montagne mythique comme dans toute la Provence soufflent pas moins de 32 vents différents en fonction de leur direction. Pour ce viticulteur installé à Mazan, il est apparu évident qu'une telle énergie devait être utilisée. D'où l'idée de monter une éolienne pour produire de l'électricité. Grâce à sa machine de 12m de hauteur, il espère produire 20000kWh et ainsi couvrir jusqu'à 80 % des besoins de son exploitation. « L'installation de cette éolienne est une longue histoire », prévient le jeune vigneron. Une histoire qui commence dès son installation en 1998, lorsqu'il s'associe avec ses parents sur le domaine familial. « Mes parents travaillaient depuis toujours avec une cave coopérative. Mais au retour d'un stage dans un domaine à Chateauneuf du Pape, j'ai décidé de quitter la cave pour élaborer moi-même mon vin. » Jouant sur la configuration des parcelles de vignes et sur l'omniprésence du vent, Stéphane donne au domaine un nom qui coule de source Les Terrasses d'Eole. Le chai familial est construit dans la foulée pour que la première vendange puisse être vinifiée.

En 2004, il décide d'installer une première éolienne permettant de pomper les effluents de cave stockés dans une cuve enterrée pour ensuite les épandre. Une première utilisation du vent qui fait cogiter l'agriculteur. « Cette éolienne m'a permis de ne plus consommer d'électricité pour récupérer mes effluents. Pourquoi ne pas envisager une structure qui me fournisse l'électricité nécessaire au fonctionnement du chai ? » Trois ans après la première, une nouvelle installation sort de terre. A cinquante mètres du bâtiment, Stéphane fait ériger une éolienne de 12 m de hauteur pour une capacité de production de 10 kW. In extremis, il dépose son dossier via son constructeur France Eoliennes avant le 15 juillet 2007 pour bénéficier d'une garantie de rachat de l'électricité par EDF pendant quinze ans au tarif que paie le consommateur.

Un financement participatif

« L'investissement à prévoir était de l'ordre de 35 000 €. Je n'ai même pas pris la peine d'aller voir les banques car je savais qu'elles ne me suivraient pas. De mon côté, il m'était impossible d'en supporter totalement la charge. » Le viticulteur n'a pas les fonds nécessaires mais l'idée pour y remédier : faire participer ses clients à son projet. « Un tiers de mes clients viennent acheter mes vins directement au caveau.La plupart étaient tenus informés de mes projets. Il n'a pas été difficile de les y associer.» Stéphane envoie un courrier à 2500 clients référencés pour leur proposer un « abonne'Vent ». « Il s'agit d'un abonnement de 100 € qui donne droit, pendant cinq ans, à un bon d'achat en vins du domaine d'une valeur de 25 €, avec la garantie que ces 100 € sont exclusivement destinés au financement de l'éolienne.» Les clients sont séduits par le concept. En moins de trois mois, Stéphane enregistre les 350 souscriptions d'abonnement nécessaires au financement de son éolienne. « J'en ai refusé une bonne soixantaine. » Pour le viticulteur, la solution ne présente que des avantages : il n'a pas eu besoin de faire appel aux banques, il fidélise et fait participer sa clientèle au développement de son exploitation. Il divise par deux le coût réel de son investissement. « Grâce à ce système, je supporte uniquement le coût de production des bouteilles, soit environ 18 000 € sur cinq ans. » La mise en route et le rodage technique de la machine ont malheureusement été moins évidents. Stéphane n'hésite pas à évoquer ses déboires avec la société France Eoliennes.

 

« Outre un retard dans la livraison, un jeu dans l'axe principal de l'éolienne est apparu dès sa mise en route. Sans même avoir fonctionné correctement, elle est tombée en panne début 2008. » L'agriculteur met en évidence « du matériel chinois de mauvaise qualité peu fiable », « des méthodes douteuses » et un service après-vente « catastrophique » de la part du constructeur. « Après avoir été mise en redressement judiciaire, la société France Eoliennes a été liquidée en juillet 2009, me laissant avec une éolienne qui ne tourne pas. » Fin 2009, deux jeunes vauclusiens spécialistes des pâles d'hélicoptères et intéressés par le marché de l'éolien viennent à la rencontre de l'agriculteur. « Ils m'ont proposé d'utiliser le mat de mon éolienne pour monter un prototype de leur propre fabrication. J'ai accepté car, mis a part quelques mois supplémentaires sans production, je n'avais rien à perdre. » Julien Hugues et Simon Durand, associés au sein de Eole Système, ont donc monté une nouvelle éolienne et multiplient les réglages pour optimiser son fonctionnement. « Avec un vent moyen de 4 à 5 m à la seconde, je devrais produire 20 000 kW par an. »

Réduire son empreinte carbone

Quand ses clients lui posent des questions sur son éolienne, Stéphane leur explique que, grâce à elle, il évitera le rejet d'environ 2000kg de CO2 dans l'atmosphère. « J'économise l'équivalent de 3 000 l de gasoil ou de 18 000 km parcourus avec une Clio. » Et pourquoi ne pas avoir couvert la toiture de panneaux photovoltaïques? « Pour plusieurs raisons, explique-t-il. Ici, il y a une moyenne de 2 000 heures de vent par an, contre 1 300 à 1 500 heures de soleil. Le potentiel n'est donc pas le même. Ensuite, l'énergie photovoltaïque coûte cher. A capacité de production égale, l'investissement en panneaux serait de 75 000 €, contre 35 000 € pour mon éolienne. De ce fait, la rentabilité de l'énergie photovoltaïque est artificielle car conditionnée à un tarif de rachat par EDF supérieur à son tarif de vente. Enfin, des panneaux rejettent 90 grammes de CO2 par kWh alors qu'une grosse éolienne n'en rejette que 3 grammes. » Si Stéphane était encore administrateur national de JA, sans nul doute il ferait de la promotion de l'éolien un combat syndical. Le vigneron compte d'ailleurs poursuivre ses efforts pour réduire son empreinte carbone. Au regard du bilan carbone qu'il a réalisé en 2008, son domaine rejette 45 t de CO2 par an. A défaut de pouvoir réduire à zéro ces rejets, il a récemment planté cinquante pacaniers sur une parcelle difficilement exploitable. Lorsqu'ils seront de bonne taille, chacun des arbres fixera 500kg de CO2 par an, soit, pour l'ensemble de la plantation, plus de la moitié du carbone rejeté par le domaine. Et Stéphane de souligner : « la meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas ».

 

Bientôt de la com' sur son bilan carbone

Stéphane Saurel est soucieux de la dépense énergétique de son activité. Il l'est tout autant de la sensibilisation de ses clients sur cette thématique et de la communication concernant son domaine. « Lorsque j'aurai un peu plus de recul sur les économies d'énergie réalisées et la réduction des rejets de CO2 qui en découle, j'en informerai mes clients », assure le vigneron. En termes de communication, ce ne sera pas un premier coup d'essai pour lui. En 2005, il a travaillé avec une agence de communication pour définir une offre marketing dynamique. En utilisant le nom de son domaine – Les Terrasses d'Eole – c'est logiquement la thématique du vent qui a été déclinée dans toute sa gamme : chaque vin porte le nom provençal de l'un des 32 vents qui souffle dans la région. Le viticulteur a laissé ses étiquettes traditionnelles dans les cartons pour les remplacer par des étiquettes modernes et colorées. En guise de présentation du domaine, les clients se voient remettre une rose des vents. Le tout est présenté sur un site Internet, lui aussi dynamique : http://terrasses-eole.fr
Les efforts de communication de Stéphane ont été récompensés. L'agriculteur a reçu, en 2006, le prix produit Imagri (Innovation marketing en agriculture) organisé par les étudiants de l'école d'ingénieurs LaSalle-Beauvais.

Source Ja Mag

Publié par Arnaud Carpon

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