Environnement : Algues vertes en Bretagne, l'agriculture mise en cause

B.BOUCHOT d'après Le Monde

La mort d'un cheval sur le littoral des Côtes-d'Armor dans une zone où prolifèrent des algues vertes et où plusieurs incidents ont déjà eu lieu, a ramené le projecteur sur le phénomène des marées vertes, sensible depuis les années 1970 dans plusieurs régions du monde, notamment en Bretagne.

Appelée laitue de mer, ou ulve, ce végétal invasif se plait dans les baies semi-ouvertes, pourvues d'un ou de plusieurs cours d'eau, comme il en existe notamment dans les régions de Lannion et de Saint-Brieuc. Naturellement présentes dans l'environnement, les algues vertes se développent surtout entre mai et octobre, lorsque les eaux se réchauffent. Comme tout végétal, cette algue a besoin de soleil, mais aussi de deux nutriments : le phosphore et l'azote.

La Bretagne, importante zone de production agricole

Ce dernier se trouve au coeur du problème et avec lui la question de l'agriculture intensive et de la surfertilisation des sols. Lessivant les nitrates des sols, les pluies printanières transportent ces nutriments azotés vers les zones littorales. La Bretagne est particulièrement touchée, à cause de sa forte concentration de zones agricoles.

« Sur le sol breton se trouvent 5 % de la surface agricole utile française, mais aussi 60 % des élevages de porcs, 45 % de volailles, et 30 % de veaux, explique Jean-François Piquot, porte-parole de l'association Eau et rivières de Bretagne. Il y a eu une telle concentration de bétail que la terre et l'eau se trouvent chargées en nitrates à un taux bien supérieur à ce qu'elles peuvent supporter. »

En se décomposant, l'algue verte dégage un gaz nocif

Les algues vertes ne sont pas nocives du moins lorsqu'elles restent vivantes. Car lorsqu'elles s'échouent sur les plages et commencent à s'y décomposer, une croûte blanchâtre se forme sous laquelle l'hydrogène sulfuré qu'elles dégagent est emprisonné. Dès qu'il y a rupture de la croûte, ce gaz nauséabond, mortel en cas de fortes inhalations, est libéré. D'après les analyses effectuées par Air Breizh, organisme agréé pour la surveillance de la qualité de l'air en Bretagne, les émissions d'hydrogène sulfuré sur le littoral sont régulièrement supérieures aux seuils fixés par l'Organisation mondiale de la santé.

« L'idéal serait de changer les pratiques agricoles, estime Jean-François Piquot. Notamment en évitant la concentration des terres destinées aux bétails ». Ce qui a déjà été fait dans certaines zones proches des points de captage d'eau potable.

Le même phénomène de marée verte dans d'autres pays

En attendant, les algues sont ramassées, mais cela a un coût. Pour la commune d'Hillion, il s'est élevé en 2008 à 100 000 euros, auxquels se sont ajoutés 400 000 euros apportés par le conseil général des Côtes-d'Armor. Pour les recycler, l'épandage à base uniquement d'algues est une solution.

Le même phénomène de marée verte s'était produit en Chine, en 2008. L'ulve n'est pas la seule à provoquer des dégâts : Ostreopsis ovata sévit actuellement sur la Côte d'Azur. Cette algue, invisible à l'oeil nu, vit fixée sur les grandes algues.

L'Italie, l'Espagne ou l'Algérie ont, elles aussi, été touchées : plus de deux cents intoxications ont été recensées en juillet sur les plages d'Alger. Ostreopsis ovata a également été repérée en Nouvelle-Zélande. L'inquiétude plane par ailleurs quant à l'arrivée en Europe d'une micro-algue bien plus toxique : Gambierdiscus toxicus pose depuis des années un énorme problème sanitaire sous les tropiques. Certains poissons infectés par cette algue sont susceptibles de provoquer un empoisonnement chez l'homme et sont donc interdits à la consommation. En 2008, Gambierdiscus toxicus a été localisée en Grèce. Le réchauffement climatique est, encore une fois, la cause la plus plausible de cette migration.

Source Le Monde 10.08.09

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