Environnement : Dans l'Avranchin, l'agriculture remodèle son bocage

Thierry Guillemot

Environnement : Dans l'Avranchin, l'agriculture remodèle son bocage

Du côté de St-James, Pontorson et Ducey (50), collectivités territoriales et agriculteurs (avec la Chambre d'Agriculture comme courroie de transmission) osent travailler main dans la main pour replanter des haies et réaménager des talus.

Replanter ne doit pas être un frein à l'activité agricole”. Un postulat de départ que partagent Daniel Lelièvre, agriculteur et président de l'ASL (Association Syndicale Libre) de Pontorson, Stéphane Pestel, technicien boisement à la Chambre d'Agriculture de la Manche et Albert Bardou, technicien Rivières & Bocages à la CDC (Communauté De Communes) de St-James. Une bonne base de réflexion pour réconcilier les contraintes de l'agriculture des années 2010 avec celles qu'impose le ceinturage d'une parcelle par une haie. Et s'il s'agissait d'un mariage d'intérêts ?

Remembrement : un gros mot

Remembrement : un gros mot que les aménageurs fonciers hésitent aujourd'hui à employer parce qu'il provoque à chaque fois des levées de boucliers. Un mot qui évoque les arrachages de haies, bulldozer à la manoeuvre. Dans le sud Manche, on a connu. Avec l'explosion des surfaces en maïs et l'accroissement de l'encombrement des ensileuses, le maillage bocager constituait un frein au débit de chantier. Alors on a coupé pour adapter la nature.
Plusieurs décennies plus tard, on joue à nouveau avec la pelleteuse en périphérie de certaines parcelles. Mais ce n'est plus pour arracher mais pour “retaluter” une bordure et y implanter une haie comme dans le village du Gué. Un village qui subissait régulièrement des inondations, “6 depuis 2004, explique Albert Bardou.Les habitants avaient de plus en plus de mal à supporter ces phénomènes et certains d'entre-eux ont même été amenés à quitter les lieux par désespoir de voir un jour la situation s'améliorer. Suite à cette situation d'urgence et à l'observation de ces phénomènes, notamment dans la soirée du 14 mai 2008 (ndlr : 37 mm de pluie en moins d'une heure), la CDC de St-James a décidé de trouver des solutions pour résoudre ce problème le plus rapidement possible”.

 

Comprendre avant d'agir

Le village du Gué (44 m d'altitude) se trouve au creux d'un bassin versant à forte vocation agricole (principalement du maïs) qui culmine à 86 m. Le secteur n'est pas complètement dépourvu en haies. Mais des haies, notamment plantées après les travaux liés à la construction de l'A 84, profilées dans le sens de la pente. Elles ne permettent donc pas de retenir les eaux de ruissellement.
L'analyse de la situation a permis à Albert Bardou d'identifier d'autres explications aux phénomènes d'inondation (lire ci-contre). Une fois le diagnostic posé, il a fallu élaborer un plan d'actions. La sensibilisation des agriculteurs aux problèmes d'érosion et de ruissellement des eaux, avec la plantation de haies (avec ou sans talus) en guise de réponse, s'inscrit dans cette stratégie de lutte.

 

La CDC a trouvé en la Chambre d'Agriculture de la Manche le partenaire technique privilégié. C'est elle qui instruit les dossiers, apporte son expertise et son savoir-faire, suit les travaux.
Sur le terrain, plusieurs centaines de mètres de talus, coiffés de jeunes pousses de différentes essences, ont été aménagés il y a quelques semaines. Un investissement subventionné par le Conseil général de la Manche. Le premier pas d'un marathon ? Peut-être parce que c'est à l'échelon de tout un bassin versant que la problèmatique de l'eau est à considérer. Daniel Lelièvre reconnaît que le chemin sera long et difficile “mais les mentalités évoluent dans le bon sens”.
Reste cependant que pour associer un maximum d'agriculteurs à ces différents programmes, certaines hypothèques seront à lever comme celle des conditions d'entretien des haies. A qui l'entretien incombera-t-il ? Sa mécanisation sera-telle autorisée (...)?
Il y a enfin le volet économique. Si la haie génère demain une plus-value au travers de sa valorisation en bois de chauffage (rondins ou bois déchiqueté), elle va faire des adeptes. “Là où existe un projet de chaufferie à bois, les esprits sont plus faciles à sensibiliser”, reconnaît Stéphane Pestel.

 

Reprendre la main sur la communication

Avec ces programmes de replantation et sous certaines conditions, l'agriculture dispose d'une formidable opportunité pour prendre la main sur une communication positive envers le grand public. Non seulement elle entretient le territoire mais, de plus, elle est capable de le remodeler.
Une démarche volontaire qui éviterait peut-être que l'étau ne se resserre trop vite et trop fort sur la haie.
Face à certains arasements de haies non justifiés, des communes les répertorient, les classent. Il existe deux types de classement: la loi paysage et l'espace boisé classé (EBC). Ils impliquent une obligation d'autorisation pour les coupes et abattages. Entre démarche volontaire et obligation, sans doute y a-t'il la place pour marier la haie avec l'agriculture des années 2010 !

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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