Et si la ville était l'avenir de l'agriculture ?

Jardin communautaire au Québec

Face à l’urbanisation croissante, une des solutions serait-elle de mettre plus d’agriculture dans les villes ? Aujourd’hui, l’agriculture urbaine nourrit déjà 700 millions de personnes dans le monde.

"Un bassin de 100 000 consommateurs à 10 minutes de la ferme"

Benjamin Vérollet, éleveur laitier à Chambéry (Savoie) : "Je me suis installé en mars 2011. Avec mon père et ma soeur, nous élevons 43 vaches montbéliardes sur les hauts de Bissy, dans la commune de Chambéry. Quand ma famille a acheté la ferme dans les années 30, il n’y avait rien autour. Aujourd’hui, la ville s’étend jusqu’au pied de la colline. Sans possibilité de s’agrandir, nous nous sommes demandé comment dégager de la valeur ajoutée.Nous avons monté un atelier de vente directe de lait cru en vrac, et installé quatre distributeurs automatiques sur des parkings de supermarché. Chambéry représente un bassin de 100 000 consommateurs à 10 minutes de la ferme. Evidemment, la proximité de la ville a aussi des inconvénients : un coût du foncier très élevé, des contraintes pour l’épandage avec la proximité des maisons. Et comme des sentiers de balade traversent nos terres, les gens garent leur voiture ou pique-niquent dans nos champs."

C’est une première dans l’histoire de l’humanité : depuis avril 2008, la planète compte plus d’urbains que de ruraux. D’ici 2030, les villes concentreront les deux tiers de la population mondiale, d’après les Nations unies. Une véritable lame de fond qui fait de l’agriculture urbaine et périurbaine une incontestable piste d’avenir.

En France, 230 000 exploitations ont leur siège situé en zone périurbaine. Mais seules 55 à 60 000 sont « tournées vers la ville et directement confrontées à l’étalement urbain », selon André Torre. D’après ce directeur de recherche à l’Inra et Agro-ParisTech, « de nombreuses collectivités ont pris conscience des vertus de l’agriculture périurbaine ». Comme l’agglomération de Nantes, qui a sanctuarisé ses 16 000 hectares de terres agricoles.

A travers le monde entier, les exemples ne manquent pas. Reconversion des friches industrielles à Detroit (Etats-Unis), mise en culture de 2 000 hectares dans la capitale indonésienne, Jakarta, potagers sur les toits à Tokyo…. Au-delà de l’enjeu alimentaire, « l’agriculture périurbaine permet de réduire l’empreinte écologique et favorise la mixité sociale », énumère André Torre. Sans oublier le cadre de vie agréable qu’elle fournit aux urbains. Par contre, dans les pays en voie de développement, elle répond surtout à une nécessité vitale : nourrir la population et maintenir une activité économique.

D’après la FAO, la production agricole des villes nourrit 700 millions de personnes dans le monde, soit un quart de la population urbaine.

Sensibiliser les citadins

Mais de quelle agriculture s’agit-il? Avant tout de maraîchage et d’arboriculture, voire de petits élevages. Des exploitations de taille modeste, ayant souvent recours à la vente directe par souci de dégager de la valeur ajoutée. Paysans des villes et paysans des champs restent soumis aux mêmes problématiques. Ainsi, le coût de l’énergie et le degré de libéralisation des échanges détermineront en grande partie l’avenir de l’agriculture urbaine, d’après un rapport du ministère de l’Agriculture. Sans oublier la pression foncière, particulièrement autour des villes.

C’est pourquoi, pour Thomas Diemer, administrateur national de JA, en charge du dossier foncier, «il faut sanctuariser les terres agricoles». Eleveur à Hurtigheim, à 10 kilomètres de Strasbourg, il veut «inciter les collectivités à construire en hauteur plutôt que de s’étaler». L’agriculture urbaine permet justement de sensibiliser les citadins. Pour ce jeune agriculteur, les villes et leurs bassins de consommation constituent « aussi un atout pour l’agriculture de demain».

«Quand le pétrole sera très cher, les ceintures vertes légumières et fruitières redeviendront des ceintures de sécurité», prédit le journaliste Gérard Le Puill. Dans son livre Bientôt nous aurons faim !, il propose à JA de prôner «une conversion partielle des fermes céréalières en cultures maraîchères et fruitières». «La diversification est effectivement le premier levier de régulation que nous pouvons appliquer sur nos exploitations, répond Thomas Diemer. Mais il ne faut pas oublier que chaque territoire présente ses spécificités et son histoire.»

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