Expériences dans un champ de fleurs

Yannick Groult

Expériences dans un champ de fleurs

Matériel, cultures, couverts végétaux : Denis Laizé multiplie les essais sur la ferme familiale. Dans la vallée de l’Authion, il y produit des semences potagères, de maïs et de fleurs.

Giroflée, lin bleu, pied d’alouette, godétia… Des noms exotiques pour des cultures de fleurs atypiques? Au contraire, « c’est typiquement ce qui se fait ici », lance Denis Laizé. Cet agriculteur de 28 ans cultive en plein champ des semences potagères et de fleurs à La Bohalle (Maineet- Loire). Il a lancé cette activité lorsqu’il s’est installé avec son père Pascal en 2008. Celui-ci était spécialisé dans le maïs semence, une culture largement répandue dans la vallée de l’Authion. Ce qui est moins commun, ce sont les expérimentations que mène Denis dans ses champs.

Prenons le lin, par exemple. Habituellement semé en août, il est récolté un an plus tard et reste trois ans. Denis le sème en avril, en même temps et dans la même parcelle qu’un tournesol. « Le lin aborde l’hiver en étant bien implanté », détaille le jeune producteur, qui s’est « inspiré des producteurs de semences de luzerne ». Autre avantage : « La parcelle est exploitée la première année ». Le tournesol est récolté normalement et ses tiges sont broyées. Denis a aussi observé un effet positif sur le rendement du lin. « La parcelle exprime son potentiel dès la première année. »

Malgré tout, la culture des fleurs semence reste « très risquée », estime l’agriculteur. Le lin doit être récolté en deux fois. Après une pré-coupe à la faucheuse, il sèche sur place, en andains, pendant quatre jours, à la merci de la moindre pluie. Les andains sont repris à la moissonneuse équipée d'un pick-up pour récupérer les graines. Payées en moyenne 7€ le kilo, elles sont conditionnées par la société Plan Ornemental puis distribuées en jardineries. 

Une production rentable mais risquée

La principale difficulté des cultures de fleurs? Déterminer la bonne date de récolte pour les espèces à floraison indéterminée. Toutes les graines d’une plante n’arrivant pas à maturité en même temps, il faut viser ni trop tôt ni trop tard. «Il est déjà arrivé que les fleurs soient trop basses et que j’en laisse la moitié dans le champ, se rappelle-t-il. L’expérience rentre petit à petit…»

Qui dit essai ne dit pas toujours réussite. Cette année, Denis a testé le strip-till (travail du sol localisé sur le rang) sur une parcelle de giroflée, une fleur de la famille du colza. Le champ d’un jaune éclatant est parsemé de quelques vides, témoignant de difficultés à régler le semoir pour ces toutes petites graines. Les résidus de la culture précédente entre les rangs ont gêné le binage. «Je reste convaincu de cette technique, insiste Denis. Mais sa mise en œuvre est délicate pour les cultures spécialisées.»

Sur les 120ha de la ferme familiale, les semences de fleurs occupent 6ha et les potagères 10ha. Les rendements sont très variables: entre 300 kilos par ha pour la giroflée et… 1,5 tonnes de graines pour la betterave potagère! Pour ces cultures, le chiffre d’affaires fluctue « entre 0 et 4000€ par ha». Mais la marge nette peut atteindre «de 1200 à 1600€ parha», confie le cultivateur. Ce qui en fait une production rentable, mais très aléatoire : le lin et la giroflée ont des cycles longs, d’un an. «Quand je sème, je ne connais pas le résultat de l’année précédente», résume Denis.

Remorques à double fond et semoir maison et

C’est le maïs semence qui constitue en réalité le poumon économique de la ferme familiale. Cultivée sur 35ha, cette production rapporte la moitié du chiffre d’affaires de l’exploitation. Une culture très rémunératrice, qui peut dégager jusqu’à 2200€ bruts par ha. Denis ne cantonne pas ses essais aux seules cultures de fleurs. Sa formation en machinisme lui permet d’adapter ses outils à son exploitation. Il s’est fabriqué un semoir maison pour le maïs semence et des remorques à double fond pour ventiler ses récoltes. Dans ses champs, il a semé du colza associé à du lin, du fenugrec, du trèfle et de la lentille. Les légumineuses nourrissent le sol en azote. Le mélange occupe le terrain, empêchant le développement des mauvaises herbes, ce qui économise un traitement désherbant. Cerise sur le gâteau: le couvert est détruit par le gel et laisse ensuite place nette au colza. Plus généralement, Denis Laizé implante des couverts végétaux entre ses céréales à paille et ses cultures de printemps. «Je leur fais jouer tous les rôles possibles: piège à nitrate, travail du sol, abri à petit gibier, etc.»

Depuis son arrivée sur la ferme familiale, Denis s’est lancé plusieurs défis. Il a investi dans un nouveau pulvérisateur et applique la technique des bas volumes. Le principe ? Traiter avec un mélange plus concentré (moins d’eau et moins de produit phytosanitaire). Denis passe dans ses champs quand les conditions d’application sont optimales: de 6 à 9h du matin, «quand il n’y a pas de vent et que l’hygrométrie est suffisamment élevée».

Mais le véritable dada de Denis, c’est l’agriculture de conservation. «Moins de travail du sol, moins de temps sur le tracteur, un sol plus vivant… ça, ça me plaît !, s’enthousiasme-t-il. Le potentiel d’économie est là », renchérit celui qui se targue de ne passer que deux heures dans chaque hectare de blé récolté. «Labourer serait plus facile pour certaines cultures, reconnaît-il. Mais j’essaie de travailler au maximum en non labour, voire en semis direct. » Son objectif ? Généraliser cette pratique à toute l’exploitation. Un but qu’il pourra atteindre à force d’expériences.

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