Femmes en agriculture : des inégalités persistent

Lise Monteillet

Femmes en agriculture : des inégalités persistent

Un quart des exploitations agricoles sont dirigées par des femmes. Pour autant, des discriminations perdurent entre elles et leurs homologues masculins.

« Longtemps, les femmes travaillant dans les exploitations agricoles ont été vues comme des femmes d’agriculteurs et non comme des agricultrices à part entière », commente Gérard Larcher, le président du Sénat. Pourtant, « les femmes ont joué un rôle essentiel dans l’histoire du développement agricole », reconnaît-il.

Celui-ci ouvre un colloque consacré aux agricultrices, le 22 février, au Sénat. Le « début d’un travail de fond », selon Chantal Jouanno, présidente de la délégation aux droits des femmes. Face à eux, la salle est archicomble. Agricultrices et militantes pour les droits des femmes sont venues en nombre assister à ce premier échange. 

Les premières à partir

Les femmes en ont fait, du chemin, en agriculture. Leur place est aujourd’hui mieux reconnue depuis la création des EARL en 1985, puis la mise en place du statut de conjoint collaborateur, en 1999. Mais bien avant cela, pendant les guerres, elles se sont illustrées à la tête d’exploitations agricoles. Sans qu’elles aient toujours été considérées à leur juste valeur.

Aujourd’hui encore, des inégalités perdurent. Moindre accès à la formation, moindre représentation dans les structures de gouvernance, accès plus difficile au métier… « ll ne faut pas qu’on s’endorme sur nos lauriers », met en garde Catherine Faivre Perret, membre de la commission nationale des agricultrices à la FNSEA. Les femmes sont notamment les « premières à partir de l’exploitation en ces temps difficiles », rappelle-t-elle, obligées de trouver un nouvel emploi pour nourrir leur famille. Même constat de la part de Catherine Laillé, secrétaire générale de la Coordination rurale. Celle-ci regrette que les femmes, pas plus que les hommes, n’aient « la reconnaissance de leur travail », faute d’une juste répartition des marges entre les différents maillons de la filière. 

Combattre les mentalités

Les femmes rencontrent des difficultés dès leur installation. « L’accès aux prêts bancaires n’est pas chose aisée pour les femmes, d’autant plus qu’elles manquent de ressources propres. L’effort à fournir pour convaincre les banquiers est important car ces derniers émettent souvent des réserves sur la viabilité et la pérennité des projets d’installation », observe le ministère de l’Agriculture, dans un rapport consacré au sujet.

L’accès au statut d’exploitante a été un vrai parcours du combattant pour Ghislaine Dupeuple, viticultrice dans le Rhône. Salariée depuis 1997, elle n’est parvenue à obtenir le statut de chef d’exploitation qu’en 2012. « Je me suis battue contre mes oncles pour faire valoir mes droits sur l’exploitation familiale », raconte-t-elle. Celle-ci confie qu’elle n’avait, au départ, pas même le droit de venir au cuvage, de peur que le vin tourne… 

Pour trouver leur place sur une exploitation existante, les femmes fabriquent souvent leur propre poste, en mettant en place une activité de diversification ou d’agrotourisme. Des domaines de compétence dans lesquels elles semblent exceller. Cependant, « il faut arrêter de nous cantonner dans la diversification, nous sommes aussi des professionnels de l’environnement et de l’élevage », prévient Nathalie Marchand, agricultrice en Bretagne.

Manque de temps et de reconnaissance

La condition sociale des agricultrices reste précaire. « Encore 5000 à 6000 femmes travaillent en agriculture sans statut », détaille Jacqueline Cottier, présidente de la commission agricultrices de la FNSEA. Pour ces femmes invisibles, pas de protection sociale ni de droit à la retraite. Par ailleurs, seulement 55 % des agricultrices utilisent leur droit au congé maternité.

Entre le travail et les enfants, les agricultrices manquent de temps et délaissent la formation continue. Si elles représentent 38 % des élèves en formation agricole initiale, elles retournent peu sur les bancs de l’école, une fois entrées dans la vie active. Seulement 8,6 % des agricultrices bénéficient de formations continues, contre 13,5 % des agriculteurs.

Peu de femmes à la tête des organisations agricoles

Nathalie Marchand milite en faveur de « 30 % de femmes, pas seulement sur les listes électorales des chambres d'agriculture, mais aussi dans les bureaux et à la présidence de toutes les structures agricoles ». Elle s’insurge par ailleurs contre « les femmes potiches, mise là pour ne pas faire de l’ombre aux hommes ».

Dans les Chambres d’agriculture, un quota minimum de femmes a été instauré en 2012 sur les listes électorales.  « C’est important que les législateurs aident les femmes à prendre leur place réelle dans l’agriculture », approuve Émeline Laffon, élue à la chambre d’agriculture du Gers. « Je trouve que c’est une force d’être une femme, car nous sommes moins dans le rapport de force. Néanmoins, le jour où il faut écrire des noms sur une liste, on est un peu désarmés car on n’a pas envie de taper sur les gens autour… Je suis élue parce qu’il y a eu la loi », insiste-t-elle. 

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Commentaires 4

geronimo

Installé en 78, en 88 ma future épouse a repris les part du gaec suite au départ de mon associé. Il a fallu plus d'un an pour que l'on arrive à avoir le financement des banques. A l'époque on nous prenait pour des fous, une fille qui s'installe de plus sans etre marié. Maintenant ma fille veut reprendre mes parts. Au début qu'elle allait au réunion pour la gte de l'élevage, on se moquait un peu mais elle a réussit à faire sa place. Qu'en sera t il pour son installation?

IDEALE44

Autre exercice, prenez n'importe quelle revue professionnelle (france Agricole, Eleveur Laitier, Réssir Lait ou Culture) je vous défie de trouver deux articles ou l'on demande l' avis technique ou économique d'une femme sur son exploitation agricole (sans son conjoint ou son frêre ou son père).

IDEALE44

Enfin un article lucide et réaliste. Je suis agricultrice depuis deux ans et je suis fatiguée d'entendre que la profession se féminise quand je ne vois aucune femme aux AG des coopératives, des CUMA, des OP, aux formations sur les cultures et très peu aux réunions sur l'élevage et encore elles se sentent obligés de venir avec leurs maris (mais je comprend, tellement la pression est lourde quand on nous attend à la moindre faille...). Mon propriétaire m'a dit que j'avais besoin d'un Homme sur l'exploitation! Je vois des jeunes commerciaux demander "il est où, le patron?". Alors tombe la sentence, tu exagères! C'est parce que tu es une Féministe (ce qui n'est pas du tout une insulte). M

Acis

Je le dis en tant Qu homme Oui les femmes doivent avoir plus de place dans l agriculture ça change bcp les comportements dans les réunions déjà plus de blague grasse , plus de propos raciste ou homophobe tellement courant en agriculture et surtout une autre vision plus efficace moins de copinage

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