Filière viande bovine : A la recherche d'un second souffle

Jacques Mathé, économiste

Filière viande bovine : A la recherche d'un second souffle

Qu'il est loin le temps des frigos européens encombrés de carcasses de viande de boeuf ! Pour la cinquième année consécutive, l'Union Européenne sera importatrice nette de viande. En 2010, il manquerait même plus de 400 000 tonnes pour satisfaire la demande intérieure.

La France, qui héberge pourtant le premier troupeau allaitant de l'Union Européenne, importe de la viande bovine. L'Institut de l'élevage prévoit un déficit de production annuel de 9 % environ, et ce, malgré la baisse continue de la consommation. Preuve que la chute de la production est encore plus rapide que le recul de la consommation.

Malgré ce déséquilibre, les prix à la production ne se redressent pas. La situation dans les élevages n'est guère florissante. Il en va de même dans les outils industriels, notamment les abattoirs. Le secteur bovin se trouve confronté à de multiples phénomènes qui pénalisent sa compétitivité.

Une industrie lourde

D'une part, cette industrie lourde mobilise énormément de capitaux, que ce soit dans les fermes ou dans les entreprises de transformation. D'autre part, les gains de productivité sont faibles en raison d'une consommation élevée du facteur travail. Malgré de vrais efforts de modernisation, les élevages et les abattoirs sont “plombés“ par un mode de production peu automatisable. En conséquence, malgré des prix à la production peu rémunérateurs, les prix à l'étal sont de plus en plus élevés. Ils pèsent directement sur le niveau de consommation. Toute la filière est concernée par une valeur ajoutée très faible, à l'exception de la distribution qui arbitre plus facilement son taux de marge.

Des leviers de progrès

Alors, comment sortir de l'impasse ? Au niveau des exploitations, deux leviers de progrès peuvent être actionnés : la compression des coûts de production et l'innovation. La modernisation des bâtiments et la mécanisation sont les facteurs principaux de la hausse des coûts. La diminution de la main-d'oeuvre dans les élevages, l'augmentation de la taille des troupeaux, le confort de travail, les réglementations, sont autant de facteurs qui incitent à investir. Il reste pourtant des marges de manoeuvre, par exemple dans la production de fourrages et la conduite des prairies, facteurs de l'autonomie alimentaire.

Peut-on imaginer des conduites d'élevage à l'ultra économie avec des troupeaux à l'extérieur toute l'année ? Contrairement à d'autres productions (lait, porcs, fruits et légumes...), l'élevage bovin souffre d'un déficit chronique d'innovation technique, ce qui limite la performance des éleveurs. L'autre défi concerne la filière toute entière qui, pour rebondir, doit mieux valoriser l'ensemble de la carcasse. L'essentiel de la valorisation de la carcasse se fait sur les morceaux “arrières“ des bovins, les morceaux à griller. Les “avants“ sont sous valorisés, alors qu'ils représentent le tiers de la carcasse. Leur transformation est un gisement de valeur ajoutée qui, jusque là, était faiblement exploité chez les transformateurs. Les deux principaux groupes français Bigard-Socopa et Elivia ont lourdement investi dans la transformation des avants, en proposant dans les linéaires des grandes surfaces des produits préparés prêts à cuire. Serait-ce le signal du réveil d'une filière plongée, malgré elle, dans un profond sommeil ? Serait-ce le second souffle tant attendu pour sortir la filière de l'apnée ?

 

Source CER France, Gérer pour gagner

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