Foncier : Vous avez besoin de terres ? Nous avons besoin d’eau

Rédaction Vendée agricole

Les parcelles des nouveaux lotissements réduisent leurs surfaces, pourtant la consommation de foncier ne ralentit pas en Vendée. Aux nouvelles menaces qui se profilent, la chambre d’agriculture va opposer une charte et des mesures d’amélioration et de classement de la valeur agronomique des terres. Entretien avec son président.

 La chambre d’agriculture veut mettre un frein à la consommation des espaces agricoles. Où en est-on ?

Christian Aimé :  Il faut d’abord dire que nous nous réjouissons de voir que notre département est attractif et nous apprécions aussi que maintenant, l’idée de ne plus gaspiller le foncier est admise par tous. On l’a bien vu avec le Grenelle de l’Environnement. Et puis en Vendée cette prise de conscience ne date pas d’hier. Nous avons déjà mis en place une charte de gestion économe du foncier en Vendée depuis 2006. Mais cette charte n’est basée que sur la bonne volonté. On a cependant noté une réduction de 20 à 25 % dans la taille des parcelles des nouveaux lotissements. Nous avons donc été entendus et il y a un progrès de la part de nos concitoyens même si au final la consommation de foncier agricole n’a, elle, pourtant pas diminué d’un seul mètre carré.

 

Comment est-ce possible ?

CA : Parce que le rythme qui s’est ralenti pour les particuliers ne s’est pas du tout ralenti pour ce qui est des espaces publics qui sont autour avec l’obligation de créer plusieurs places de parking pour chaque logement, les parkings pour les salariés et les flottes de voitures de fonction, les espaces verts... Plus il y a de routes et de surfaces bitumées - donc imperméabilisées - plus il faut de bassins d’orage à mettre en face.

En fait c’est l’Etat lui-même qui a mis en place des mesures qui aboutissent à accélérer le gaspillage. Prenez par exemple la loi Barnier de 1995 qui a pour but d’en finir avec le désordre constaté dans les zones d'activités commerciales ou économiques le long des voies routières aux entrées de ville. Un article de cette loi instaure un principe d'inconstructibilité le long des voies et en dehors des espaces urbanisés, soit 100 m pour les autoroutes, les voies express et les déviations et 75 m pour les routes à grande circulation. Seize après voyez le résultat en Vendée ! Ne serait-ce que le long de chacune des voies d’accès à La Roche-sur-Yon. C’est une bêtise monumentale.

On nous oppose aussi l’argument de la création d’emplois pour estimer légitime de s’étendre sur nos terres. Les services et l’industrie en créeraient davantage à l’hectare que l’agriculture. Mais c’est de la courte vue parce qu’il faut prendre aussi en compte le fait stratégique des terres qui produisent des biens alimentaires.

Et puis d’autres menaces se profilent à l’horizon...

CA : Oui. L’inventaire des zones humides dont on nous dit qu’il n’est pas lié à des prescriptions, est cependant l’objet de beaucoup de craintes. Surtout quant on voit que certaines communes qui n’apparaissent pas comme particulièrement humides voient près du cinquième de leur territoire classées « zones humides » sur une carte. Ça peut déboucher à terme sur une diminution de la production agricole dans ces zones avec des réductions de fertilisation, de traitements et pas de culture de maïs...

Et puis il y a aussi les compensations environnementales avec l’obligation des recréer des zones humides dès lors qu’on touche à l’une de ces zones.

Qu’envisagez-vous pour faire face à ces menaces ?

CA : Il nous faut poser les choses autrement pour un meilleur raisonnement si on ne veut pas que les terres agricoles soient indéfiniment considérées comme un réservoir de terres disponibles. Et puis payer des primes à l’éviction aux agriculteurs pour compenser la perte de terres qui vont au développement économique, ce n’est pas sain.

On veut bien admettre de perdre encore un peu de terres agricoles mais nous refuserons désormais les déclassements tant que toutes les autres solutions n’auront pas été épuisées. Ce qu’on appelle les « dents creuses » dans les bourgs devront être réoccupées avant d’envisager de bâtir à l’extérieur et nous voulons voir une évolution de tous – y compris des agriculteurs -dans leur mode d’habitat.

Et puis après densification, s’il y a inévitable perte de surfaces il faut qu’on la compense par une amélioration de la valeur agronomique des terres restantes. Parce que si, jusqu’à présent les intrants et les progrès techniques ont permis des progrès de productivité qui compensaient la perte de terre, ce n’est désormais plus possible avec des restrictions de toutes sortes en fertilisation et interdiction de produits phytosanitaires. Il nous faut donc employer d’autres voies de développement.

Quelles pourraient être ces voies ?

CA : Le plus facile à réaliser pour améliorer la valeur agronomique c’est le drainage, l’irrigation et les plates-formes de compostage qui permettent d’élargir ou en tout cas de pas perdre en surfaces d’épandage. Il faudra aussi que l’on classe les terres pour leur valeur économique. C’est ce que font par exemple les Allemands qui consomment moitié moins de terres agricoles que nous pour leur développement.

 

Pour en revenir à la charte départementale de gestion économe du foncier, où en êtes-vous ?

CA : On travaille à son évolution. Nous avons eu de premières rencontres avec la Direction des territoires et de la mer, avec l’association des maires et des communautés de communes et aussi avec le conseil général. Nous en sommes aux réunions techniques. La version 2006 de cette charte n’était pas opposable aux tiers. Celle-ci servira de base de travail à la commission départementale de consommation des espaces agricoles issue du Grenelle de l’environnement. Au final, en gaspillant moins de foncier, entre élus et profession agricole, ce sera gagnant gagnant.

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