France : évolution silencieuse

Georges Châtain

France : évolution silencieuse

Les premiers résultats du recensement décennal de l'agriculture mettent en lumière des évolutions de long terme.

La France dans l'Europe

La France est le premier producteur agricole en valeur de l'UE : 66 mds € sur un total de 330 (20 %). En population active agricole (2,65 % de la population active totale), elle se situe au 21e rang ; devant l'Allemagne (2,09 %), le Luxembourg (1,74), le Royaume-Uni (1,65), la Belgique (1,59), Malte et la Slovénie (1,26). En productivité, avec 66 000€ par UTA (Unité de travail annuel), elle est au 7e rang derrière les Pays-Bas (150 000€), le Danemark (150 000), la Belgique (110 000), le Luxembourg (85 000), l'Allemagne (78 000), la Grande-Bretagne (69 000). (sources : Eurostat et Agreste)

«Professionnalisation, féminisation, nouveaux usages technologiques et environnementaux, diversification des modes de commercialisation, développement des labels de qualité», le constat du ministère de l'Agriculture, sur la décennie 2000-2010, qui sépare le recensement actuel du précédent, prend acte de tendances lourdes.

La concentration, d'abord, se poursuit. Le recensement 2010 a comptabilisé 490 000 exploitations, soit une baisse par rapport à 2000 de 26%. Alors que la surface dédiée à la production agricole (26,9 millions d'hectares) n'a régressé que de 3%. Concentration, donc : la taille moyenne des exploitations, 55 hectares, s'est accrue de 31 %. Avec néanmoins de forts contrastes persistants, qui singularisent la France de ses partenaires européens les plus productifs concentrés. «L'agriculture revêt bien des facettes, note le service de la statistique du ministère ; un quart des exploitations a une surface de moins de 6 hectares, un quart en a plus de 82», et «10% des exploitations les plus importantes dépassent 143 hectares ».

Portrait de la Ferme France

Le nombre des actifs agricoles, quant à lui, reste plus élevé : 604 000 chefs d'exploitation et co-exploitants (une baisse de 21 %) plus 155 000 salariés permanents (moins 6%). Cette baisse, estime le ministère, «est limitée par l'essor des formes sociétaires » ; et notamment par les progrès de la reconnaissance du rôle des femmes dans l'exploitation, de plus en plus déclarées coexploitantes. Le recensement 2010 relève 37 500 conjoints-coexploitants (quasi-exclusivement des femmes), contre 26 800 en 2000. Une progression de plus de 4%. 27% des exploitants et co-exploitants sont aujourd'hui des femmes.

Autre progression : celle des salariés permanents, qui assurent maintenant 17% du travail agricole, contre 14% en 2000. Une évolution à rapprocher bien sûr de l'accroissement de la taille des exploitations. Autre constat: l'amélioration de la formation. «Au niveau baccalauréat, note l'étude du recensement, ils sont même plus formés que la moyenne de la population française. 34% des moins de quarante ans sont issus de l'enseignement supérieur, BTS en majorité». Pratiquement le double en dix ans : en 2000, ils n'étaient que 18%.

Autre évolution d'importance, en un temps où les conflits agriculteurs-grande distribution reviennent périodiquement à la une de l'actualité : la reconquête de l'aval. 25 % des exploitations ont au moins une production sous signe de qualité (AOP, label, IGP...), et 18% (90 500) pratiquent la vente directe ou le circuit court (un seul intermédiaire de proximité). Les mois qui viennent devront affiner ce premier constat par des études plus ciblées : productions et filières, formation, montagnes et plaines, etc. Il y a pour les analystes, les professionnels et... les syndicalistes encore bien du pain sur la planche.

Publié par Georges Châtain

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