Gérer le risque et entreprendre : même longueur d’onde

Conseil National CERFRANCE PILIPENKO

Gérer le risque et entreprendre : même longueur d’onde

Chez Marie-Caroline Daniel, à Farceaux, dans l’Eure, on cultive du blé, du colza, des betteraves et du lin sur 230 hectares. La jeune dirigeante, dans sa volonté de développer sa stratégie d’exploitation, n’a pas oublié de passer par une étape essentielle : la mesure des risques.

Vous vous êtes installée en 2009, quelle a été votre première intention ?

Après des études commerciales et une expérience professionnelle dans l’industrie, je souhaitais m’investir dans un projet concret et à long terme, j’ai donc tout naturellement décidé de reprendre l’exploitation familiale. J’ai repris mes études et acquis le diplôme nécessaire, un BAC Pro Agricole, ce qui m’a permis de devenir co-gérante de l’exploitation (avec l’acquisition de 50 % des parts). Les deux premières années ont été une période d’observation et d’apprentissage, même si les activités de la ferme ont toujours fait partie de ma vie.

J’ai pris mes marques, en respectant le cadre défi ni par mes parents, puis petit à petit, j’ai endossé mon rôle de chef d’entreprise. Ce changement progressif m’a permis de gagner la confiance de mes parents, de mon employé et de mes confrères. Fin 2011, nous avons fait un bilan et j’ai pu définir les futures orientations et établir un plan d’actions pour notre exploitation familiale.

Gérer le risque et entreprendre : même longueur d’onde

Quel a été votre bilan et que s’est-il passé ensuite ?

Ces deux années m’ont permis de considérer la ferme comme une entreprise et non plus comme “ma maison”, car comme je vous le disais, j’ai grandi dans cette exploitation et je participais souvent aux activités agricoles.

Dans un souci d’objectivité, j’ai décidé de me faire accompagner par un conseiller afin d’établir un bilan global, tant sur l’entreprise que sur mon rôle et mes responsabilités. Vincent, mon conseiller, m’a proposé de travailler sur les grandes étapes clés de l’entreprise (les forces, faiblesses, opportunités et menaces) et aussi sur mes savoir-faire et compétences.

Cet état des lieux m’a permis de mettre en évidence un certain nombre de domaines de vigilance comme le respect réglementaire sur l’exploitation, la stabilité de mon salarié ou encore trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Nous avons également décelé des points forts : ma compétence technique, celle de mon salarié, la rentabilité du système, la proximité de la sucrerie… Ainsi, nous avons pu fixer des objectifs :

• à court terme : la mise en conformités de mon corps de ferme

• à moyen terme (pour 2015) : reprendre les parts de l’exploitation

• à long terme (en 2020) : me diversifier dans l’immobilier.

Donc vous avez fait un travail d’évaluation des risques dans l’exploitation…

Avec mon conseiller, l’étape suivante a consisté à évaluer la probabilité d’apparition de chaque risque recensé, à estimer la gravité des conséquences des risques sur mon entreprise, à les hiérarchiser, de manière à distinguer les risques acceptables des risques non acceptables pour l’exploitation, et enfin, à définir les actions prioritaires pour les maîtriser et en assurer le suivi et le contrôle. Par exemple, nous avons travaillé sur les risques d’exploitation, comme le changement économique : aujourd’hui, compte-tenu de sa volatilité, le marché agricole est difficilement contrôlable.

Nous avons aussi abordé d’autres domaines comme l’entreprise et le dirigeant, l’environnement, l’économique et le financier, le social, le juridique et enfin les risques liés à l’activité et à la production. Nous avons donc balayé tous les aspects de mon entreprise et j’ai pu constater qu’ils sont des sources potentielles de risques. Nous avons en fait répertorié, de la manière la plus exhaustive possible, tous les risques.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Bien sûr. Un des premiers risques identifiés lors du bilan est la non-conformité du local phytosanitaire pour les aides PAC. Un autre risque concerne le départ de mon salarié, qui est une personne clé dans mon organisation : quelles serait les incidences de son départ sur l’exploitation ? Autre question sortie de l’inventaire des risques : en cas de contrôle, quelle incidence aurait la non-conformité en tant qu’employeur de main-d’œuvre ?

Quelle suite avez-vous donné à cette étape de diagnostic ?

Nous avons mis en place un tableau de bord sur une plate-forme internet où nous pouvons partager les informations et suivre les plans d’actions. Concernant le risque social et ma responsabilité en tant qu’employeur de main-d’œuvre, je vais faire le point sur l’affichage des documents obligatoires relatifs au droit du travail et mettre à jour mon document unique de prévention des risques professionnels. Pour traiter le risque économique et financier par rapport à la volatilité du marché, je vais mettre en place une matrice d’aide à la décision qui tient compte de la variabilité des prix, des aides, des annuités…

Et au sujet des risques liés à la direction de l’entreprise, c’est-à-dire à votre employé, et à votre équilibre de vie ?

Je réfléchis à une meilleure organisation de travail avec mon salarié, pour qu’il s’épanouisse et progresse. En ce qui me concerne, l’exploitation est à plus de 100 km de mon domicile où m’attendent mon mari et ma petite fille. Pour gagner en efficacité, en période de production, je reste à la ferme 3 jours par semaine. L’année prochaine, ma fille rentre à l’école, une nouvelle organisation dans mon travail m’attend.

Quels bénéfices avez-vous tiré de cette démarche ?

Cette démarche ne m’était pas inconnue, car j’ai travaillé dans l’industrie et dans de grandes entreprises, où la gestion des risques et la démarche qualité sont bien intégrées. Mais ce n’est pas parce que je suis à la tête d’une petite entreprise que je ne dois rien faire et piloter à l’aveugle. J’ai ainsi pu constater que mon entreprise est porteuse de risques qui peuvent la mettre en péril. Aujourd’hui, je me suis inscrite dans cette démarche, qui demande des efforts et de l’exigence. Je suis convaincue que si je traite correctement les quelques risques que j’ai déjà identifiés et évalués, les chances d’atteindre mes objectifs seront améliorées.

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