GRANDANGLE : Un JA qui va loin

Annie Dennequin

GRANDANGLE : Un JA qui va loin

Vincent Touzot, JA dans les Deux-Sèvres, a été voir ailleurs, ses expériences l'ont conforté dans le combat qu'il mène pour sauvegarder son métier.

Avant de s'installer dans les Deux-Sèvres, Vincent Touzot a envie de voir ce qui se passe ailleurs. Dans le cadre de son stage six mois, il décide de partir à l‘étranger. « C'est un choix personnel, affirme-t-il, J'ai entrepris de nombreuses démarches et commencé à envoyer des CV partout, en Chine, en Inde, en Indonésie… avant de recevoir une offre pour le Viêt-nam. L'Asie et sa culture m'attirait, je n'avais que très peu voyagé auparavant, sauf en Inde avec mon frère ou encore au Canada où mes parents m'ont emmené car mon grand-père s'y était installé agriculteur en 1980. » En 2005, Vincent Touzot part donc à Hanoï pour collaborer avec un chercheur du Cirad qui travaille sur des systèmes agraires de couvert végétal afin de pallier les problèmes d'érosion des sols, causés par la sédentarisation des Hmongs, un peuple nomade émigré de la Chine du Sud. « J'ai touché un peu à tout et j'ai beaucoup apprécié cette période de “liberté“, avec peu de contraintes. Et puis, avec mon maître de stage j'ai découvert l'escalade, que je continue à pratiquer tous les week-ends. »

En mars 2006, Vincent rentre en France car il était prévu qu'il s'installe en EARL avec son père sur l'exploitation familiale, à Melle. L'année suivante, il s'engage chez les JA, et devient le représentent JA à Afdi des Deux-Sèvres qui coopère avec le Togo. La philosophie d'Afdi : aider à l'émancipation des acteurs locaux, avec un premier objectif : la structuration des agriculteurs togolais, puis la vulgarisation sur place des techniques nouvelles, la mise en place de microcrédits et d'outils d'aide à la gestion des exploitations. Et aussi aider les agriculteurs à organiser leurs filières, en partant du constat que l'offre atomisée des agriculteurs togolais, chacun de leur côté, ne leur permet pas de vendre à bon prix. Regroupés avant la mise en marché, ils peuvent obtenir un juste prix de leur production. Vincent Touzot, représentant les JA, est allé au Togo une quinzaine de jours. Les agriculteurs togolais ont ensuite été accueillis en France. «Ces opérations sont basées sur l'échange, chacun en retirera quelque chose, que ce soient eux ou nous, assure-t-il. Il est important d'avoir une autre vision de l'agriculture, de savoir comment on la pratique ailleurs.»

Sommes-nous responsables ?

Après cette expérience, Vincent s'interroge : « Est-ce que l'agriculture européenne est responsable de l'état des pays comme l'Afrique, sommes-nous responsables de la faim dans le Monde ? » Pour lui, des constats s'imposent : « Quand les agriculteurs ne sont pas soutenus par les Etats, l'agriculture ne se développe pas. La différence entre le Viêt-nam et l'Afrique est énorme, car même sous un régime communiste comme celui du Viêt-nam, la réforme agraire entreprise par l'Etat, a permis le développement de l' agriculture alors qu'en Afrique, où le gouvernement n'a rien fait, la production est inerte. » Autre enseignement pour le jeune agricullteur, président de la région Poitou-Charentes, « Quand je vois ce qui se passe ailleurs, ça donne encore plus de sens aux combats que nous menons en France ou au niveau européen pour défendre notre agriculture mais aussi celle des autres pays en voie de développement. » Et Vincent de rappeler les propos du rapport d'orientation des JA, présenté en 2007 au congrès d'Epinal, “Vers une nouvelle organisation agricole mondiale”: « Les ensembles régionaux se ravitailleront en partie à partir de leur propre production (…). il faut permettre la mise en place d'une politique agricole qui maintienne les agriculteurs partout en Europe et dans le monde. »

 

Source Ja Mag

Publié par Annie Dennequin

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Commentaires 1

freetown

c'est dommage de faire de si long voyage pour finir par penser comme papa

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